Présentation des résultats d’un projet de recherche interdisciplinaire sur l’argent en tant que métal et monnaie.

Avec ce livre, Francis Albarède, géochimiste à l’ENS de Lyon au sein du laboratoire de Géologie de Lyon – Terre, Planètes, Environnement – et membre de l’Académie des sciences, propose à la fois le bilan d’un grand projet de recherche interdisciplinaire et une analyse à grande échelle, mais accessible à chacun, d’une question dont la simplicité n’est qu’apparente : pourquoi utilise-t-on de la monnaie et, plus spécifiquement, pourquoi a-t-on, jusqu’à récemment, utilisé un métal bien précis, l’argent, pour produire cette monnaie ?.
Cette question amène à un panorama plus vaste, alliant archéologie, histoire, économie, géologie et géochimie. L’auteur aborde toutes ces disciplines, sans aller au-delà de ce que peut en saisir un lecteur cultivé mais profane pour chacune. La géochimie n’y est présentée que comme une source d’informations parmi les autres, porteuse d’éclairages spécifiques et originaux, mais complémentaire plutôt que révolutionnaire.
Le propos du livre se concentre géographiquement sur le pourtour méditerranéen, mais se permet aussi des excursions vers la Chine. De même, historiquement, l’étude se penche principalement sur les civilisations antiques : empires mésopotamiens puis perse, cités grecques et empire macédonien, enfin période romaine, mais explore aussi l’époque médiévale et va finalement comparer le fonctionnement de ces économies anciennes, aux principes conservés pendant des siècles, à l’économie actuelle financiarisée, où la monnaie a perdu sa matérialité.
L’ouvrage commence par expliciter les raisons qui ont amené les civilisations antiques à utiliser des métaux, et un tout particulièrement – l’argent (Ag, numéro atomique 47, masse atomique 107,8681 g/mol), pour leurs échanges commerciaux ou pour payer les impôts et les tributs exigés des vassaux par les suzerains, puis pourquoi aux échanges d’argent au poids s’est substitué le monnayage, c’est-à-dire l’utilisation de morceaux de métal de poids et de teneur en argent convenus, portant des poinçons par lesquels l’instance étatique garantit leur valeur. À travers l’épisode historique de la conquête de la Perse par Alexandre le Grand en 330 av. J.-C., l’auteur oppose les deux stratégies étatiques de circulation de l’argent : la thésaurisation, sous forme d’immense trésor blotti dans les coffres des capitales perses, somme des impôts prélevés par la Perse sur ses vassaux, et par lesquels, en limitant leurs moyens monétaires, elle réduit leur activité économique et par là assure leur dépendance. Alexandre, en mettant la main sur cet « Everest d’argent » (p. 25), va financer ses opérations militaires mais aussi alimenter l’économie de son empire naissant par l’émission massive de monnaie, les tétradrachmes à son effigie.
La suite du livre s’intéresse à l’histoire de cette utilisation de l’argent, aux changements des sources d’approvisionnement en argent et aux conséquences sociales et économiques de cet usage. Il discute notamment de la concurrence que lui fait l’or avec le choix, dès Crésus puis par nombre d’autres états, du bimétallisme (or et bronze) au lieu de l’argent seul. Le bimétallisme semble notamment accompagner, ou susciter, une creusement des inégalités et la séparation d’une élite riche, utilisant l’or, et d’une population majoritaire moins aisée, échangeant des monnaies de bronze.
Le dernier chapitre, quant à lui, se concentre sur l’économie et sur la transformation consécutive à l’abandon du métal comme étalon de valeur de la monnaie.
Les explications de ce livre sont donc accessibles à quasiment tous les lecteurs et encore facilitées par un glossaire, court mais utile, et plusieurs frises chronologiques qui permettent de faire les liens nécessaires entre les histoires antiques mésopotamiennes, grecques, égyptiennes et romaines. Mais on peut a contrario reprocher à l’auteur de n’en dire que très peu sur le programme de recherches pluridisciplinaires SILVER, évoqué en avant-propos et dont l’ouvrage constitue une sorte de résumé conclusif. De même, le géochimiste comme le géologue paraissent s’être réfrénés, ou s’être volontairement mis en retrait en écrivant ce texte : si les isotopes de l’argent ou du plomb, et leur intérêt dans cette recherche des usages de l’argent au cours de l’histoire, sont bien mentionnés, le lecteur ne trouvera pas ici les principes de base de leurs fractionnements, ni le moindre détail des longues procédures de purification chimique et de mesures spectrométriques nécessaires pour les « faire parler ». Et pas grand-chose non plus sur les hypothèses effectuées ou les modèles privilégiés dans ces recherches. Ce qui, finalement, fait de ce livre un objet un peu étrange, touche-à-tout sans aller vraiment dans les détails, utile comme une introduction vers des champs d’étude plus vastes, mais peut-être un peu court pour le novice intéressé et trop léger ou trop simplificateur pour le connaisseur de l’un ou l’autre des domaines. Évidemment, la bibliographie en fin d’ouvrage permet à chacun d’aller plus loin. Si, donc, un expert peut rester sur sa faim concernant son domaine, c’est pour tous une vision interdisciplinaire intéressante qui permet d’appréhender la richesse d’une telle combinaison d’approches et d’aborder les bases de disciplines diverses.
F. Albarède, 2026. La Naissance de l’argent – Le métal qui a changé le cours de l’histoire, Armand Colin, 336p (livre et ebook)
Pour compléter cette lecture, on pourra visionner une présentation de ce travail lors d’un séminaire à l’ENS de Lyon fin 2023, suivie de la reproduction d’un entretien donné par l’auteur sur le projet de recherche, en consultant la ressource : Quand l’argent devint monnaie.

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Un livret géologique du Tour 2026 : pour les médias, les diffuseurs et tous les amateurs de géologie

Vous découvrirez, lors des étapes du Tour de France 2026, de magnifiques paysages qui racontent une histoire : celle de notre planète, du vivant et des habitants. Roches et reliefs renferment des indices pour lire l’histoire de la Terre et de la vie, et montrent les ressources et particularités géologiques locales qui expliquent certaines implantations historiques ou industrielles.
Pour accompagner cette épreuve cycliste de 21 étapes, du 4 au 26 juillet, un livret d’aide au commentaire géologique a été réalisé par Patrick De Wever (MNHN) avec la collaboration de Pierre Thomas (ENS de Lyon) et l’aide d’une quinzaine de géologues connaissant particulièrement certaines portions du parcours. Pensé initialement pour les médias et diffuseurs, il facilite l’insertion de commentaires géologiques lors des retransmissions, en complément des commentaires toponymiques, géographiques et historiques. Il intéressera aussi le grand public curieux de géologie et s’intéressant aux paysages et particularités naturelles de leur lieu de vie, de loisir ou de vacances.
Alors, journalistes, commentateurs et amateurs, emparez-vous du livret « Tour de France 2026 – Aide au commentaire géologique" (pdf)
La Société géologique de France propose aussi une carte interactive des 21 étapes du Tour de France 2026, permettant de visualiser ou télécharger ce livret par étape ou en intégralité.»

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Cet événement s'inscrit dans un cycle de webinaires « Matériaux» coorganisé par la FFM et l’AFAS
Jeudi 26 juin 2026 à 13h en visioconférence Zoom.

Avec Katia Araujo da Silva, Institut de Chimie de Clermont-Ferrand (ICCF), Aubière et Emmanuel Guilmeau, Laboratoire de Cristallographie et sciences des matériaux (CRISMAT), Caen
Modérateurs : Sylvie Lartigue, Daniel Neuville, Jean-Paul Itié FFM, AFAS
La chimie du fluor constitue aujourd’hui un levier transversal de conception des batteries lithium-ion et sodium-ion, bien au-delà du seul électrolyte. Dans les deux technologies, elle intervient dans les liants fluorés tels que le PVDF , encore très utilisés pour leur stabilité chimique et leur aptitude à former des électrodes robustes, même si leurs limites d’adhésion, de conduction ionique ou de réactivité interfaciale font désormais l’objet d’une réévaluation. Elle joue également un rôle majeur dans les cathodes fluorées et fluorophosphatées, où la liaison M–F accroît le caractère ionique et élève le potentiel redox par effet inductif, ce qui explique l’intérêt durable pour des composés comme LiVPO₄F côté lithium-ion et NaVPO₄F ou Na₃V₂(PO₄)₂F₃ côté sodium-ion. Enfin, le fluor est devenu un outil d’ingénierie interfaciale, notamment via la fluoration surfacique, qui permet de former des couches minces riches en LiF ou en fluorures alcalins, de réduire les réactions parasites et d’améliorer la tenue au cyclage sans modifier profondément le matériau massif. Les convergences entre les deux filières sont donc claires : dans les deux cas, le fluor sert à stabiliser les interfaces, à soutenir les architectures haute tension et à outiller le réglage fin des électrodes. Les divergences résident surtout dans la fonction dominante qu’il remplit. En lithium-ion, la chimie du fluor s’inscrit dans une filière déjà mature, où elle renforce des systèmes largement établis. En sodium-ion, elle reste plus structurante, car elle participe encore au choix même des matériaux pertinents : l’anode de référence n’est plus le graphite mais le hard carbon, et la fluoration ou le dopage au fluor y modifient directement l’espacement interfeuillets, les défauts et les mécanismes de stockage du sodium, tandis que les fluorophosphates occupent une place particulièrement stratégique pour compenser la tension intrinsèquement plus faible de la chimie sodium. Dans cette perspective, le sodium-ion apparaît non comme une simple transposition du lithium-ion, mais comme un champ où la chimie du fluor peut encore redéfinir à la fois les matériaux, les interfaces et, de façon prospective, les architectures polymères ou tout-solide à base de matrices fluorées.
ID de réunion: 845 8428 9043
Code secret: 669671
Jeanne Brugère-Picoux
Professeur honoraire de pathologie médicale du bétail et des animaux de basse-cour (Ecole nationale vétérinaire d’Alfort), membre de l’Académie nationale de médecine, présidente honoraire de l’Académie vétérinaire de France
La fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC), seule fièvre hémorragique rencontrée en Europe, est due à un Orthonairovirus, le Crimean-Congo hemorrhagic fever virus (CCHFV), principalement transmis aux animaux et à l’Homme par la morsure d’une tique du genre Hyalomma, le plus souvent H. marginatum (photos 1 à 3). Cette tique est qualifiée de « géante » car elle est deux fois plus grosse que Ixodes ricinus. A jeun, la femelle mesure 5 mm de long pour atteindre 2 cm lorsqu’elle est gorgée. Hyalomma présente un cycle à deux hôtes (et non trois comme la plupart des tiques dures) (Figure 1). Leurs larves infestent des petits vertébrés (lièvres, lapins, hérissons, oiseaux souvent présents au sol…) alors que les adultes seront retrouvés chez les grands vertébrés (sangliers, ruminants domestiques et sauvages et surtout les chevaux). La particularité de ces tiques est d’être chasseuses. Contrairement à Ixodes ricinus qui se positionne sur des végétaux pour tomber sur l’hôte pour se fixer, H. marginatum se cache dans le sol, repère sa proie et se dirige vers celle-ci. Cette tique géante peut poursuivre sa cible pendant 10 mn, voire plus sur une distance jusqu’à 100 m..

photos 1 et 2 : : Hyalomma marginatum. Tique à jeun sur une main et tique gorgée de sang (photos 1et 2: © M Barbier).
Figure 1 : Cycle du virus de la fièvre de Crimée Congo. Le virus se propage par la voie trans-ovarienne (par les œufs) et par la voie transtadiale (le virus reste présent pendant les transitions larves-nymphes et nymphes adultes). Alors que les animaux sont généralement asymptomatiques (en dehors de l’atteinte cutanée), leur importance est majeure car ils peuvent répliquer le virus et devenir une source d’infection pour l’Homme, en particulier le cheval et les bovins.
Les Hyalomma peuvent transmettre d’autres agents pathogènes zoonotiques (virus du Nil occidental, Coxiella burnetii, Rickettsia aeschlimannii, agent de la fièvre boutonneuse…). Dans les pays où les Hyalomma sont endémiques (cf figure 2) on ne connaît pas toujours la date de leur première détection. Par exemple le Danemark fut le premier pays à suspecter une importation de nymphes par des oiseaux migrateurs dès 1939 ce qui fut confirmé plus tard en Norvège (1964) et en Allemagne (1975). La présence de Hyalomma a été signalée dans d’autres pays européens dont la France (dès 1954 en Camargue).

Figure 2: Répartition géographique de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (FHCC) en 2022. Du plus clair au plus foncé : présence du vecteur ; présence du vecteur et du virus ou sérologie positive ; 5 à 49 cas de FHCC par an ; plus de 50 cas de FHCC par an (modifié de https://www.who.int/multi-media/details/geographic-distribution-of-crimean-congo-haemorrhagic-fever).
La circulation des Hyalomma dans les pays européens comme le Portugal, l’Espagne, la France et l’Italie est la conséquence d’un environnement climatique favorable à leur installation sur les lieux de passage d’oiseaux migrateurs favorisant la dissémination du virus par le transport des nymphes de ce parasite infectées depuis l’Afrique du Nord vers le pourtour méditerranéen européen (principal mode de diffusion du virus). Ces nymphes relâchées par les oiseaux muent en adultes pour rechercher un nouvel hôte, un grand mammifère domestique ou sauvage (équidés, ruminants …). Les mammifères (le cheval étant le plus fréquemment infesté) joueront un rôle d’hôte amplificateur en répliquant le virus qui peut ainsi infecter d’autres tiques (transmission virémique) mais aussi en permettant aux tiques regroupées de transmettre le virus présent dans leur salive à d’autres tiques voisines lors du nourrissage sur l’animal (co-feeding). La virémie chez les mammifères infectés explique la contamination possible dans le cadre d’activités professionnelles (personnel d’abattoir, bouchers, vétérinaires, chasseurs, éleveurs, personnel de laboratoire…) par contact. Le risque d’une contamination nosocomiale est aussi important pour le personnel soignant lors d’une maladie humaine.
La FHCC est connue sous une forme endémo-épidémique en Afrique, dans les Balkans, le Moyen-Orient et l’Asie, mais elle a progressé vers ces dernières années dans l’UE, notamment dans le bassin méditerranéen après la découverte de la présence du vecteur puis celle du virus avec par la suite la preuve d’une infection humaine ou d’un portage asymptomatique de l’animal (sérologie, isolement du virus).
L’apparition d’une forme aiguë mortelle de FHCC en Espagne en 2016 fut le signal d’alerte d’un risque d’émergence de la FHCC en Europe occidentale jusqu’alors considérée comme indemne de cette maladie. Ce premier cas humain (suivi d’un second cas par contamination nosocomiale d’un soignant) fut signalé seulement six ans après la détection en 2010 d’une tique infectée. Un autre cas fut reconnu rétrospectivement en 2013. Il y a eu moins d’une vingtaine de cas en Espagne dont cinq avec une issue fatale. Le Portugal et la Grèce ont signalé un décès dû à la FHCC en 2024 et 2025 respectivement et aucun cas n’a été rapporté par l’ECDC de Stockholm à la date du 10 mai 2026 (figure 2). Ainsi, en Europe occidentale les formes graves de la FHCC sont rarement rencontrées. C’est le contraire dans les pays où elle sévit avec une circulation soutenue du virus au sein des espèces animales. Dans ces pays des flambées de FHCC peuvent atteindre un taux de létalité de 30%.

Figure 3. Premiers cas observés de FHCC dans divers pays européens (le cas observé au Royaume-Uni était un cas importé) (Parvage et al, 2025)*
L’exemple espagnol témoigne que le risque d’émergence d’une forme aiguë de FHCC ne peut plus être exclue dans les pays de l’UE (dont la France) où le vecteur ainsi que le virus sont présents avec des infections asymptomatiques ayant eu lieu chez l’Homme comme chez les animaux. Il est aussi possible que l’hyperthermie possible lors de l’infection chez l’animal ou l’Homme ne soit pas décelée ou rapportée du fait d’une évolution rapidement favorable sans séquelles. En France, le CCHFV a été détecté pour la première fois en octobre 2023 dans des tiques de Hyalomma marginatum collectées sur des bovins (élevages dans les Pyrénées-Orientales ou abattoirs corses). Les enquêtes sérologiques réalisées ces dernières années dans ces mêmes régions démontrent que l’Homme comme les animaux peuvent avoir été infectés par le CCHFV sans pour autant que l’on ait pu observer des cas cliniques. Aucun cas autochtone n’a été notifié mais la France est dans une phase de pré-émergence. Chez l’Homme on connait la grande variabilité des aspects cliniques de la maladie le plus souvent asymptomatique ou limitée à des symptômes très discrets (dans 80% des cas), la forme aiguë hémorragique étant exceptionnelle dans les pays peu infectés.

Figure 4 : Carte des séroprévalences individuelles bovines par commune (du rose pâle au rouge foncé, les couleurs indiquent une séroprévalence croissante ; les communes échantillonnées mais négatives sont en blanc), dans les départements administratifs qui ont accepté de participer à l’étude (Bernard et al, 2025)**
Les animaux infectés sont asymptomatiques et représentent un réservoir invisible mais actif en permettant une amplification silencieuse. Par conséquent ce n’est pas l’éleveur ou le vétérinaire qui alerteront sur un risque de FHCC. Le risque d’une infection animale ou humaine, lié à la présence des tiques associée à celle du virus (CCHFV) est connu dans le Sud de la France et en Corse. Lors d’une étude épidémiologique française les foyers les plus marqués ont été identifiés dans les Pyrénées-Orientales (9,09 %) et les Alpes-Maritimes (7,18%) chez les bovins (figure 4)., ainsi que dans les Hautes-Pyrénées chez les cervidés et sangliers (figure 5). Ces résultats s’alignent sur des schémas observés en Espagne, autre pays européen concerné par la circulation de ce virus. Ces données révèlent l’existence de cycles de transmission enzootiques impliquant tiques locales et hôtes animaux, même en l’absence de cas humains déclarés (Bernard et al, 2025)**. Si la séroprévalence est globalement faible chez les petits ruminants en France, dans d’autres pays où l’infection est entretenue de manière endémique le rôle du pastoralisme ovin ou caprin peut être prédominant dans l’épidémiologie de la FHCC.
L’émergence éventuelle de la FHCC en France doit s’accompagner d’une surveillance accrue des tiques vectrices dans les zones infectées par le CCHFV, d’une surveillance virologique continue des animaux domestiques et sauvages et de prévenir les éleveurs ou les professions à risque.
En l’absence d’un vaccin contre la FHCC pour l’Homme ou l’animal, la gravité possible de la maladie justifie son inscription dans les maladies prioritaires qui doivent être déclarées à l’OMS (https://www.who.int/activities/prioritizingdiseases-for-research-and-development-in-emergency-contexts). Il s’agit aussi d’une maladie à signalement obligatoire (MSA) en santé humaine. Le virus est classé parmi les agents de groupe 4 de risque épidémique et biologique (REB), et les patients suspects et confirmés sont pris en charge au sein d'un Etablissement de santé de référence (ESR) avec mission nationale pour le REB.
En santé animale, elle n’est pas réglementée au titre de la loi de santé animale (LSA) mais, dans un contexte « une seule santé », une vigilance est nécessaire quant à la présence des Hyalomma sur les animaux domestiques et sauvages dans les régions à risque.
Références
*Parvage MM et al. Emergence and spread of Hyalomma ticks and Crimean‑Congo haemorrhagic fever in Europe: a systematic review. Parasites & Vectors (2025) 18:436 14p
https://doi.org/10.1186/s13071-025-07104-3
**Bernard C, et al. First detection of Crimean-Congo Hemorrhagic Fever antibodies in cattle and wildlife of southern continental France: Investigation of explanatory factors. PLoS One. 2025;20(3):e0331875. doi:10.1371/journal.pone.0331875
Jeudi 18 juin 2026 à 18h en présentiel et vidéo conférence

Avec Dominique Theriez (Aquasys) et Pierre le Pennec (Leakmited)
La gestion de la ressource en eau est devenue un enjeu majeur dans le monde actuel. Avec la croissance de la population et le changement climatique, l’eau douce se raréfie. Les nouvelles technologies permettent de mieux contrôler et économiser cette ressource précieuse.
Des capteurs intelligents détectent les fuites dans les réseaux de distribution d’eau. L’irrigation connectée aide les agriculteurs à utiliser uniquement la quantité d’eau nécessaire. Le dessalement de l’eau de mer offre une solution dans les régions arides. Les stations d’épuration permettent de recycler les eaux usées pour différents usages. L’intelligence artificielle contribue à prévoir les périodes de sécheresse et à gérer les réserves et les fuites d'eau. Grâce aux applications numériques, les citoyens et les industriels peuvent suivre leur consommation d’eau en temps réel et contribuer à la protection et la gestion durable de l’eau. Qu’en est-il dans les faits et pour le futur ?
Cette conférence sera l'occasion d'en débattre à partir de cas innovants.
Cycle de conférences
Pour le Développement des Sciences et de l'Innovation (PDSI) au service des transitions
Rencontres d’information scientifique et technologique, à visée pédagogique et didactique, autour d’un scientifique et d’un acteur socio-économique, qui présentent une thématique à travers leurs connaissances et leurs expériences, contribuant à décrypter et présenter des solutions répondant aux enjeux de transition économique, sociétale, technologique, numérique et/ou environnementale.
Partenariat : AFAS – Société d'encouragement pour l'industrie nationale – Société des ingénieurs et scientifiques de France (Ile-de-France)
Avec le soutien d'EcoLearn, MR21, e5t, BNI Saint-Germain-des-Prés, Pariscience, Cnes, CNRS, ABG
Dominique Leglu
Présidente de l'AFAS
Pascal Brioist - Interview

Une nouvelle exposition consacrée à Léonard de Vinci et ses recherches incessantes sur l’eau, les tourbillons, les machines hydrauliques, se tient au Clos Lucé à Amboise jusqu’au 13 septembre 2026. 40 maquettes réjouiront les amateurs de dynamique des fluides, dont un étonnant compteur d’eau, qui fut conçu par le maître toscan et construit à son époque. L’AFAS a pu faire la visite en compagnie du Professeur Pascal Brioist, l’un des deux commissaires de l’exposition.
Ils l’ont surnommé Leonardino, et une fois entr’aperçu, impossible de l’oublier. Tout de cuir beige vêtu - on devrait dire tout entier protégé - il arbore de grosses lunettes rondes de verre, surmontant un masque d’où partent deux longs tuyaux. Long poignard à la ceinture, deux énormes filets attachés aux épaules, emplis de pierraille (des ballasts) au niveau des cuisses, le personnage impressionne. Il s’agit d’un scaphandrier, reconstitué avec peau de vache, bois, roseaux, d’après les dessins de Léonard de Vinci dans le “Codex Atlanticus” (1). Visible désormais dans l’exposition “Léonard de Vinci, maître de l’eau”, qui s’est ouverte début juin (2) au château du Clos Lucé, dernière demeure de l’artiste, exposition mise sur pied par deux commissaires, Pascal Brioist, de l’université de Tours et Andrea Bernardoni, université de l’Aquila (3). C’est eux et leur équipe, toutes et tous fins connaisseurs de l’auteur de la Joconde, qui ont tenu à présenter ledit Leonardino, imaginé par Léonard, capable de plonger et, une fois immergé et respirant grâce au masque et ses deux tuyaux, d’aller percer de son poignard la coque d’un navire ennemi !
Après les expositions sur “Les parfums de la Renaissance” en 2024, “S’inspirer du vivant” en 2025 (4), le visiteur a de quoi découvrir aujourd’hui la passion peut-être la plus dévorante du Toscan, celle qu’il eut pour l’eau. "Léonard a travaillé 45 ans de sa vie sur la science de l’eau”, explique Pascal Brioist. L’eau, ses tourbillons, ses chutes et cascades, son débit, les fleuves à détourner, les canaux navigables à construire, l’irrigation des champs à réaliser, les marais à assécher, les cartes hydrographiques à dresser, les machines hydrauliques à construire, la vis d’Archimède à utiliser... Cette passion, l’exposition la donne en partage, offrant au regard du visiteur pas moins de “40 maquettes, certaines historiques, remontant à 1952, d’autres qui ont été fabriquées spécialement pour l’exposition”. Ainsi, ne pas rater ce qu’on découvre à la fin, “cet objet étonnant qui est un… compteur d’eau ” précise le commissaire Brioist. “Une machine dont nous sommes sûrs, ajoute-t-il, que Léonard l’a véritablement fabriquée, du côté de Domodossola”, cette ville du Piémont italien qui, à l’époque, se trouvait en France.
C’est à des interrogations multiples que l’ensemble de l’exposition entend répondre, interrogations s’exprimant dans les dessins de Léonard - deux d’entre eux sont des originaux dont “Etudes de machines hydrauliques et vis d’Archimède” venu de la Veneranda Biblioteca Ambrosiana à Milan- dessins inspirant ensuite toutes ces maquettes de bois, avec métaux, fils, résine ou cuir ad hoc. On ne saurait trop conseiller aux amateurs de physique, de mécanique ou de dynamique des fluides d’attentivement les observer puis de tester leurs connaissances ! Qu’est-ce qu’un siphon ? Comment fonctionne cette pompe centrifuge, dont Léonard voulait se servir pour assécher les marais pontins au nord de Rome ? De nombreuses vidéos didactiques souvent très élégantes - les bulles d’air dans une eau bleue tourbillonnante nous ont particulièrement séduite - accompagnent les réalisations concrètes. Qu’est-ce exactement que le principe de Venturi - Giovanni Battista Venturi dont on peut penser qu’il a dû, deux siècles après, s’inspirer quelque peu du maître toscan? Pour les distraits qui l’auraient oublié, rappelons que selon ledit principe, si la section d’un conduit diminue, alors la vitesse du fluide qui coule dans ce conduit augmente et la pression diminue (cela permet conservation de l’énergie et du débit). “Un principe à la base de toutes les machines hydrauliques d’aujourd’hui”, souligne Pascal Brioist. Quant à l’effet Venturi dans la douche, quand le rideau se colle à votre corps, remémorez-vous qu’il y a différence de pression entre extérieur et intérieur, sous l’effet de l’eau qui tombe de la douche et cause une basse pression…

Seriez-vous amoureux des cartes ? Un conseil, se pencher sur l’extraordinaire manuscrit sur parchemin, datant de 1480, un original aux couleurs bleue et beige éclatantes que les commissaires ont pu faire venir de la Bibliothèque nationale centrale de Florence. On y voit, traduite au XVe par l’humaniste italien Jacopo d’Angelo, la représentation géographique du monde de Ptolémée (environ 150 apr.J.C.). Sur cette “Cosmographia”, on retrouve des “terra incognita” en haut et en bas du planisphère où se dessinent Hispania, Gallia, comme Libia Interior, Mare Indicum ou India Extra Gangem… Bien sûr, pas d’Amérique !
Pas de hasard si cette représentation a été retenue dans l’exposition. Léonard, en effet, a accordé une attention toute particulière et souvent méconnue à la formation des terres émergées et des montagnes… A l’époque, on ne parle pas encore de géologie, dont le terme n’apparaîtra qu’au XVIIIe. Mais si l’on prête réelle attention, comme y incite l’exposition de façon frappante dès l’entrée, aux reproductions de la Joconde, de la Vierge aux rochers ou encore du portrait de la belle Florentine Ginevra de’ Benci, ce sont de paisibles lacs, des méandres de fleuves, voire une entrée marine qui sautent aux yeux depuis l’arrière-fond. Et l’on comprend mieux que l’eau, selon Léonard, joue à faire métamorphoser le paysage terrestre, comme l’explique Domenico Laurenza, de l’université de Cagliari (5). Idée révolutionnaire. Longtemps, c’est “l’idée aristotélicienne d’un monde et d’une terre éternels” qui a dominé, “un monde où le paysage terrestre n’avait pas subi de grands changements après la création divine”. Mais, avec cette eau capable de façonner les reliefs, c’est aussi “le temps qui passe”, dit Pascal Brioist. Et il ne passe pas que pour la terre et ses reliefs, il passe aussi pour les humains, même la Joconde.
Dominique Leglu
Ancienne directrice éditoriale à Sciences & Avenir - La Recherche
L'exposition Léonard de Vinci, Maître de l'eau au Château du Clos Lucé ( du 6 juin au 13 septembre 2026)
Toute sa vie, Léonard de Vinci a observé l’eau. Ses rivières, ses tourbillons, ses courants, ses formes invisibles… Autant de mystères qu’il a cherché à percer pendant près de quarante-cinq ans, avec la rigueur d’un scientifique et l’œil d’un artiste. Visionnaire, il imagine comment capter, transporter et distribuer l’eau pour la mettre au service des hommes, à une époque où la maîtrise de cet élément représente un enjeu majeur pour les ingénieurs de la Renaissance.
1. Musée national des sciences et des techniques Leonardo da Vinci, Milan. Reconstitution de 1952-1953
2. Jusqu’au 13 septembre 2026. 2, rue du Clos Lucé, 37400 Amboise Tél : 0033(0)247570073
3. Respectivement professeur d’histoire moderne à l’université de Tours et membre du centre d’études supérieures de la Renaissance (CESR) ; professeur d’histoire des sciences et des techniques à l’université d’Aquila, collaborateur du musée Galileo à Florence
4. Article de Sciences Avenir et Article de l'AFAS
5. A lire “Paysages en métamorphose : l’eau et histoire de la Terre”, pp. 67-71 du catalogue de l’exposition.
« L'invité du jeudi »
REPLAY ICI
Jeudi 11 juin 2026 à 18h30 en visioconférence Teams

Avec Pierre Combris, Économiste de l’alimentation
Cette conférence retracera le cheminement qui a conduit les sociétés occidentales de la subsistance à l'abondance alimentaire. L'augmentation de la productivité de l'agriculture permet aujourd'hui de nourrir une population considérable, mais au prix d'une pression croissante sur l'environnement et d'une prévalence croissante des pathologies chroniques (obésité, diabète…). Le défi est aujourd'hui d'aller vers des systèmes alimentaires durables qui préservent la santé des populations et de l'environnement. Les travaux des scientifiques, des experts et des politistes débouchent sur de nombreuses propositions et sur des outils qu'il faut maintenant mettre en œuvre.
Pierre Combris est économiste de l’alimentation. Directeur de recherche honoraire de l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement), il est membre de l’Académie d’Agriculture de France.
Inscription préalable obligatoire, pour obtenir le lien informatique de la visioconférence
L'invité du jeudi
Rendez-vous mensuel en visioconférence, qui a pour objet d’alimenter la curiosité scientifique et technique des participants, de s'interroger sur de grands enjeux de société et de débattre collectivement des évolutions en cours.
Animées par des experts passionnés de leur domaine d’intervention, les conférences traitent de sujets d’actualité mais en prenant le recul nécessaire. Elles sont suivies d'échanges avec un grand témoin et le public.
Un jeudi par mois, de 18h30 à 20h, en visioconférence via l'application Teams
Inscription préalable obligatoire, pour obtenir le lien informatique de la visioconférence
En partenariat avec le Cnam Bretagne
Par LE PAPE XIV

Le pape, dans son encyclique récemment publiée, vante les vertus de la connaissance, c’est-
à-dire de ses acquis successifs, de ses progrès, de ses méthodes, de ses effets sur les individus
et les sociétés, de sa transmission de généraons en généraons. Autrement dit il vante les
vertus de la science. Cela jusfie que la présente note de lecture ait sa place parmi les notes
de lecture de l’Afas.
Voici deux citations à l’appui de ce constat :
« 24. Nourrie par ce dialogue fécond entre l’Évangile et les savoirs humains, l’Église a progressivement approfondi sa Doctrine sociale, faisant mûrir au fil du temps un patrimoine de sagesse doté d’une cohérence théologique et anthropologique enracinée dans la vision chrétienne de la personne. »
« 25. La compréhension de la vérité, comme un don à partager et non comme une possession à revendiquer. »
La tâche du pape n’est pas aisée.
Il y a plusieurs raisons à cela.
L’une de ces raisons est que, justement, il est pape et que, par la force des choses, il emploie un langage qui, bien que se voulant à valeur universelle, peut rebuter athées et rationalistes purs et durs. Il parle de dieu en effet, du dieu des Chrétiens, comment pourrait-il en être autrement ? Or qui est-il, ou qu’est-il, ce dieu créateur de toutes choses pour ceux qui ne croient pas en lui ? En première approximation, il n’est pas autre chose que la force téléonomique que Jacques Monod cherche à décrire dans Le hasard et la nécessité. Disons-le ainsi : il y a eu un commencement, il y a une évolution, les choses sont ce qu’elles sont… et nous ne savons pas pourquoi, et cela, que l’on personnifie ou non ce mystère, que l’on divinise ou non ce pourquoi sans réponse, n’interdit pas de réfléchir, tous, ensemble, aux causes et aux effets observables.
Une autre de ces raisons est que son domaine est l’anthropologie et que l’anthropologie, science humaine par excellence, ne fait pas partie des sciences dites « dures ». Son objet n’étant pas l’étude de corps inertes mais l’étude des êtres humains, l’objectivité du sujet observant est mise à rude épreuve. Il est d’autant plus important de faire cet effort d’objectivité auquel invite Magnifica Humanitas.
Une autre encore vient de la nécessaire humilité, indispensable à l’élaboration du savoir. Comment être pape, successeur de Pierre, chef d’une église qui compte près d’un milliard et demi de fidèles et, à la fois, être humble ? Léon y répond, et même s’il utilise à diverses reprises le « je », et même s’il assume certaines des fautes commises par l’Eglise au cours de l’Histoire, en se plaçant systématiquement dans la lignée de ses prédécesseurs, très abondamment cités, ainsi bien sûr que dans la lignée des textes bibliques, très abondamment cités aussi.
Une autre est l’idée-même de vérité qui, dans ce qu’elle a d’absolu, n’a pas bonne presse de nos jours, où opinions et certitudes tiennent lieu trop souvent de vérité et où chacun d’ailleurs, aveugle sur lui-même, est si prompt à accuser autrui de croire détenir, lui, la vérité. Le pape y répond par une jolie formule, voir ci-dessus : la vérité est un don à partager, pas un bien à revendiquer.
Une autre enfin vient de ce que son propos peut être lu comme un tissu de lieux communs pleins de bonnes intentions, comme une longue litanie moralisante de recommandations qui n’engagent que leur auteur… Il serait dommage de se limiter à une telle lecture.
Dès la première ligne de son encyclique le pape mentionne deux récits bibliques, celui de la tour de Babel dans la Genèse et celui de la reconstruction de Jérusalem dans le livre de Néhémie.
La tour de Babel est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire, à savoir se laisser guider par l’orgueil et se croire capable de réalisations surhumaines, extravagantes, démesurées, impossibles.
À l’opposé, la reconstruction, pierre après pierre, avec la participation de tous, de la maison humaine commune est l’exemple à suivre.
Cette alternative, Babel ou Néhémie, est présente en filigrane d’un bout à l’autre du texte. Soit l’orgueil de la foule guidée par quelques-uns, l’inévitable effondrement, le retour à la barbarie dans son flot de larmes et de sang, soit tout au contraire la modeste et opiniâtre participation de tous à une construction pérenne, solide, à échelle humaine. Le pape, par ces images venues de loin et dont l’actualité renforce la pertinence, nous montre le choix devant lequel nous sommes, tous et chacun, placés. Il insiste sur le « tous et chacun » et nous met tous, lui compris, devant nos responsabilités : que nous soyons nations, ou communautés, grandes ou petites, ou églises, ou autres institutions, ou associations, ou simples individus, la responsabilité est nôtre.
La si nouvelle et tellement toute-puissante IA est, comme on sait, au cœur de l’encyclique Magnifica Humanitas. Elle y est abordée comme toute technique toujours devrait l’être : en cherchant en elle, non pas d’abord l’efficacité et le profit, mais ce qu’elle peut apporter à l’humanité et à la dignité humaine.Deux citations pour conclure, en espérant avoir, par ce rapide aperçu, donner envie de lire et méditer, sur un sujet essentiel, ce long texte papal très riche et très rigoureusement construit :
« 233. Aucun système de calcul, aussi sophistiqué soit-il, ne génère un cœur qui se donne, ni une conscience qui discerne le bien. Même lorsque les machines excellent en efficacité, le centre de l’histoire reste un visage humain qui demande à être regardé. Ce visage humain est la plénitude vers laquelle l’histoire avance. »
« 238. Éduquer les nouvelles générations à croire que l’évolution des technologies ne suit pas un parcours inévitable, mais peut être orientée par la responsabilité personnelle et collective, constitue l’un des services les plus précieux au bien commune".
Denis Monod-Broca
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Par Marc Lachièze-Rey
(DUNOD, 21.90 €)

Depuis son élaboration relativement récente (environ deux siècles), aucun domaine de la physique n’échappe au concept d’énergie. Au-delà de ses applications scientifiques, l’énergie a largement envahi la sphère publique. Pas un jour ne passe sans que l’actualité nous rappelle notre entière dépendance à l’énergie : risques de pénurie, choix des modes de production de l’énergie électrique, impacts environnementaux. Elle est également au centre de notre vie privée : choix de notre mode de déplacement, de notre mode de chauffage.
Au-delà de cette perception commune de l’énergie, le professeur Lachièze-Rey se propose d’en analyser les propriétés fondamentales. Au fond qu’est-ce que l’énergie ? Son exploration couvre les trois domaines de la physique moderne: physique classique d’abord, la plus familière à nos sens, puis les théories relativistes d’Einstein où gravitation et énergie se conjuguent, et enfin le domaine de l’infiniment petit, gouverné par les théories de la physique quantique.
Dès le 17ème siècle des machines exploitant la vapeur avaient été conçues. Le physicien Denis Papin (1647-1713) fut un précurseur, suivi par le pasteur Thomas Newcomen constructeur de la première machine industrielle en 1712. Comment transformer efficacement de la chaleur issue d’une ‘’source chaude’’ en travail utilisable ? Telle était la question que se posaient les physiciens au début du 19ème siècle. Les échanges entre chaleur et travail sont à l’origine de la thermodynamique. Le physicien Sadi Carnot (1796-1832) jette les bases de cette nouvelle discipline. William Thomson (1824- 1907 anobli Lord Kelvin) s’appuyant sur les travaux de Joule, énoncera la formulation des deux principes. Il en attribua la paternité à Joule, Carnot et au physicien Claudius (1822-1888).
Premier principe : l’énergie ne peut être ni créée ni détruite ; elle ne peut que changer de forme. Dans tout processus il y a autant d’énergie à la fin qu‘au début, mais sa valeur absolue n’est pas précisée, car on ne traite ici que des variations d’énergie. L’énergie intervient dans tous les échanges. Ainsi pour maintenir le travail du métabolisme, notre organisme absorbe l’énergie contenue dans les végétaux, eux-mêmes chargés d’énergie acquise par la photosynthèse des rayons du Soleil, seule et unique source d’énergie de la vie sur Terre.
Le second principe est analysé sous l’angle de l’entropie. Identifiée par Claudius en 1865, cette grandeur est difficile à interpréter. On se bornera ici à ne citer que deux corolaires du second principe : i) la variation d’entropie d’un système isolé ne peut être négative et conséquemment la chaleur ne peut être transférée que d’un corps chaud à un corps froid ; ii) inexistence du mouvement perpétuel. La thermodynamique et le concept d’entropie réapparaitront en trame de fond dans la suite du livre, montrant l’importance que leur accorde l’auteur.Anticipant sur la prochaine section qui établit l’identité entre masse et énergie, on retiendra que c’est la fraction utilisable de l’énergie d’un objet qui est évoquée dans le langage courant. Elle est infime par rapport à la masse de l’objet : à masse égale, elle est de quelques millionièmes pour l’uranium, de quelques milliardièmes pour le pétrole, nulle pour des gravats.
Changement d’échelle au chapitre 3 : l’énergie y est analysée à la lumière des théories relativistes. Un objet perd de la masse quand il émet de l’énergie. Cette constatation est à l’origine de l’équation d’Einstein E = mc2 ou, dans sa version débarrassée de c (facteur de conversion d’unités), E = m. Le statut de l’énergie semble définitivement scellé : masse et énergie se confondent (ce qui permet aux physiciens d’exprimer la masse d’une particule en unité d’énergie : 1 GeV pour le proton). Issue de la théorie de la relativité restreinte, c’est la théorie de la relativité générale qui donne son sens le plus profond à cette relation par le fait que masse et énergie produisent les mêmes effets gravitationnels ou encore, comme l’énergie, que la masse varie avec le mouvement.Dans le monde relativiste, l’énergie perd son caractère absolu : elle devient dépendante de l’observateur et de la gravitation. Elle ne peut-être isolée de l’espace et du temps. Elle y est formulée comme un objet mathématique: le quadrimoment. La loi de conservation de l’énergie devient alors la conservation du quadrimoment- énergie.
Le chapitre 4 développe amplement le rôle de la gravitation dans le cosmos. Les phénomènes les plus violents connus dans l’univers, telles les explosions de super nova ou la fusion de trous noirs s’analysent en termes de transformation ou de transferts d’énergie. Thermodynamique et entropie des trous noirs y sont traités pour poser les bases d’une thermodynamique gravitationnelle, qualifiée de discipline en devenir.Le chapitre 5 est une revue exhaustive de l’état des connaissances en physique quantique. A l’origine de la théorie : la quantification de l’énergie mise en évidence par Plank en 1900, confirmée par Einstein en 1905. Elle est consacrée par la formule E = hn. Les étrangetés de la physique quantique y sont revisitées sous l’angle de l’énergie, pour aboutir à la nécessité d’une thermodynamique quantique en lien avec l’entropie et l’information quantique. S’en suit une exploration de la relation d’incertitude temps-énergie.Le chapitre 6 explore la question fondamentale de la gravité quantique. L’auteur s’y montre critique à l’égard des approches visant à résoudre les difficultés actuelles de la physique quantique, plutôt que de s’occuper du temps et de la gravitation qui seraient traités dans le cadre d’une nouvelle théorie de gravité quantique. La gravité quantique en boucle semble avoir la faveur de l’auteur.
D’une impressionnante densité d’informations scientifiques, le livre n’est pas d’un abord facile pour un lecteur étranger aux concepts qui y sont abordés, si ce n’est la partie portant sur la physique classique (70 pages sur 250). Par ses remises en question et ses propositions, l’auteur semble souvent s’adresser à la communauté des chercheurs en physique fondamentale. Toutefois une lecture patiente, facilitée par un style fluide et rigoureux, permettra au néophyte de découvrir les multiples facettes du concept d’énergie en même temps que les théories de la physique contemporaine.
Jean-Claude Richard
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Jeudi 28 mai 2026 à 18h en visioconférence Teams

Avec Yves Agid, Professeur émérite de neurologie et de biologie cellulaire
L’intelligence artificielle est capable de mémoriser d’immenses volumes de données, de résoudre des problèmes complexes, de produire des rapports et de s’adapter à des contextes variés. Autant de capacités que l’on associe habituellement à l’intelligence humaine. Mais l’IA peut-elle, comme nous, éprouver des émotions, imaginer, ou avoir conscience d’elle-même ? Pour répondre à ces questions, il est indispensable de comprendre d’abord comment fonctionne le cerveau humain. Or, les neurosciences commencent aujourd’hui à lever le voile sur ces mécanismes.
Yves Agid est Professeur émérite de neurologie et de biologie cellulaire, membre de l’académie des sciences et membre de l’ICM à l’Hôpital Pitié-Salpêtrière.
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L'invité du jeudi
Rendez-vous mensuel en visioconférence, qui a pour objet d’alimenter la curiosité scientifique et technique des participants, de s'interroger sur de grands enjeux de société et de débattre collectivement des évolutions en cours.
Animées par des experts passionnés de leur domaine d’intervention, les conférences traitent de sujets d’actualité mais en prenant le recul nécessaire. Elles sont suivies d'échanges avec un grand témoin et le public.
Un jeudi par mois, de 18h30 à 20h, en visioconférence via l'application Teams
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En partenariat avec le Cnam Bretagne







