Cet événement s'inscrit dans un cycle de webinaires « Matériaux ».
Jeudi 29 janvier 2026 à 13h en visioconférence Zoom.

Aurélie CAYLA (ENSAIT, GEMTEX) Professeure en chimie des matériaux depuis 2020, sa carrière est consacrée à l’élaboration, à la formulation et à la compréhension de la mise en forme des polymères sous forme filamentaire, ainsi qu’à leurs caractérisations associées. Ses recherches récentes portent sur l’élaboration de filaments à partir de ressources biosourcés et/ou biodégradables dans des procédés de plasturgie des thermoplastiques (extrusion/filage), mais également des procédés en voie solvant de polymères naturels (voie humide). Ses activités s’intègrent dans divers domaines d’applications qui entrainent une variabilité de propriétés à développer à l’échelle du filament (antibactérien, ignifuge, conducteur d’électricité…).
Extrusion-filage au service des matériaux polymères fonctionnels
Cette conférence débutera par la présentation des spécificités de la mise en œuvre filamentaire par voie fondue de polymères synthétiques thermoplastiques. La fonctionnalité des textiles étant nécessaire dans de nombreux secteurs d’activités, elle s’attardera sur 2 domaines d’applications majeures : le secteur du médical et le domaine de l’énergie. Elle évoquera des résultats permettant de relever les verrous scientifiques et technologiques de cette mise en forme via différentes stratégies de formulations (nanocomposites, mélanges de polymères immiscibles…).
Claude ESTOURNES (CNRS, CIRIMAT) Directeur de Recherche (DRCE) au CNRS au sein du laboratoire CIRIMAT à Toulouse, France. Ses principales activités de recherche portent sur la synthèse, la préparation et la densification de matériaux (à échelles nano et micro, composites, systèmes multicouches, céramiques, polymères, verres, etc.) par les technologies de « Spark Plasma Sintering » (SPS), de « Cold Sintering Process » (CSP) et de fabrication additive (FA). Ses travaux concernent également le développement d’architectures innovantes, spécifiques et multifonctionnelles (matériaux à gradient de composition – FGM, structures composites micro- et mésoporeuses, structures sandwiches, etc.) afin d’adapter les propriétés des matériaux, ainsi que l’étude des mécanismes de densification et la modélisation par éléments finis – électro-thermo-mécanique et microstructurale (ETMM) – des procédés SPS et CSP.
Mise en forme des matériaux par frittage assisté sous champ électrique
Le procédé de frittage assisté sous champ électrique (ou « Spark Plasma Sintering », SPS) permet la densification d’une large variété de matériaux — y compris les métaux, alliages, céramiques, polymères et composites — à des températures plus basses que celles requises par les méthodes conventionnelles. Cette technique de frittage avancée permet la production de matériaux à haute densité, avec un contrôle précis de la microstructure, des temps de traitement très courts et une consommation d’énergie réduite. Malgré une croissance significative au cours des trois dernières décennies en termes de publications et de brevets, l’industrialisation du SPS en est encore à ses débuts. Cela s’explique principalement par le fait que seules des géométries simples ont été densifiées jusqu’à présent, et que la technologie est souvent perçue comme manquant de reproductibilité et de productivité. Dans cette présentation, nous montrerons comment relever les principaux défis associés à cette technologie — à savoir la reproductibilité et le traitement de plusieurs échantillons simultanément — afin de réduire les taux de rebut et d’accroître la productivité. Nous examinerons également comment la combinaison du SPS avec les procédés de fabrication additive permet le développement de pièces complexes en 3D. Cette intégration favorise la production de composants proches de la forme finale (near-net-shape), minimise les étapes d’usinage et réduit le gaspillage de matière. Enfin, nous mettrons en évidence les variantes récentes du SPS — notamment le SPS à haute pression (HP-SPS), le SPS à froid et le SPS éclair (Flash SPS) — qui permettent de produire des matériaux nanostructurés aux propriétés ajustées.
Modérateurs : Sylvie Lartigue et Daniel Neuville, FFM
« L'invité du jeudi »
Jeudi 22 janvier 2026 à 18h30 en visioconférence Teams

Avec Esma Aïmeur, Professeure au Département d’informatique et de recherche opérationnelle de l’Université de Montréal
L'intelligence artificielle générative évolue rapidement et s'impose comme un élément incontournable de notre société. Le paysage de la cybersécurité et de la confidentialité des données a été profondément transformé.
Lors de cette conférence, Esma Aïmeur explorera les multiples défis et opportunités que présentent ces phénomènes technologiques. Elle expliquera comment l'IA générative offre des outils innovants pour améliorer les mesures de cybersécurité, tout en générant également de nouvelles menaces. Accessible au grand public, elle peut entraîner des biais cognitifs et influer sur le comportement des usagers. De plus, les attaques du type « prompt injection» ou « reverse psychology » rendent l’ingénierie sociale plus dangereuse que jamais car plus difficile à repérer.
Par ailleurs, la prolifération des fausses nouvelles, des « deepfakes » et des contenus trompeurs sur les réseaux sociaux constitue un problème croissant, car les modèles génératifs peuvent perpétuer des stéréotypes, divulguer des informations privées et produire des résultats trompeurs.
Les mesures de cybersécurité, la protection de la vie privée et les considérations éthiques sont plus cruciales que jamais. Des solutions et des technologies innovantes sont nécessaires pour sensibiliser, éduquer et accélérer l'adoption d'une législation efficace.
Cette rencontre invitera donc à réfléchir aux enjeux éthiques et législatifs qui se dessinent, et aux leviers d’action pour mieux sensibiliser et protéger les citoyens à l’heure où l’IA devient accessible à tous.
Le Grand témoin de la rencontre sera Cecilia Jourt-Pineau, dirigeante de Cy Mind, lauréate 2021 du programme Orange Femmes Entrepreneuses – Cyber. Experte reconnue dans les domaines de la psychologie et du numérique, Cecilia Jourt-Pineau aide à transformer les réflexes des individus en mécanismes de protection efficaces.
Esma Aïmeur est Professeure au Département d'informatique de l'Université de Montréal et Directrice du Laboratoire d'intelligence artificielle et de cybersécurité. Elle a obtenu son doctorat en informatique (intelligence artificielle) à l'Université Paris 6 (France). Elle travaille sur la vie privée et la cybersécurité, développant et appliquant des techniques d'intelligence artificielle à la gestion des données personnelles. Ses recherches les plus récentes portent sur la sensibilisation à la cybersécurité, la détection des attaques orientées utilisateur, l'IA générative, l'IA trompeuse, les fausses nouvelles, la désinformation, le "prompt forensics", l'éthique de l'IA, les réseaux sociaux, les systèmes de recommandation et la préservation de la vie privée. Depuis 2021, Esma Aïmeur préside un workshop à la conférence IJCAI sur les impacts adverses et les effets collatéraux des technologies d'intelligence artificielle (AIofAI). En 2026, le workshop sera associé à The Web Conference, qui aura lieu à Dubaï en avril. Elle a participé au MOOC de l'Université de Montréal sur l'intelligence artificielle avec trois capsules (biais d'apprentissage, anonymat et éthique de l'intelligence artificielle). Elle a été deux fois membre du comité d’honneur et conférencière invitée au World AI Cannes Festival (WAICF), en 2024 et 2025. Elle est membre du comité d'orientation scientifique de l'IMC2, l'Institut Multidisciplinaire en Cybersécurité et en Cyberrésilience au Canada. Elle est également membre de l'Observatoire international sur les impacts sociétaux de l'intelligence artificielle et de la société numérique (OBVIA). Esma Aïmeur est rédactrice associée pour AI in Education, Computing and Artificial Intelligence, Computer and Information Security, AI for Human Learning and Behavior Change et AI Open.
Inscription préalable obligatoire, pour obtenir le lien informatique de la visioconférence
L'invité du jeudi
Rendez-vous mensuel en visioconférence, qui a pour objet d’alimenter la curiosité scientifique et technique des participants, de s'interroger sur de grands enjeux de société et de débattre collectivement des évolutions en cours.
Animées par des experts passionnés de leur domaine d’intervention, les conférences traitent de sujets d’actualité mais en prenant le recul nécessaire. Elles sont suivies d'échanges avec un grand témoin et le public.
Un jeudi par mois, de 18h30 à 20h, en visioconférence via l'application Teams
Inscription préalable obligatoire, pour obtenir le lien informatique de la visioconférence
En partenariat avec le Cnam Bretagne
Jeudi 22 janvier 2026 à 18h à l'Hôtel de l'industrie à Paris et sur YouTube

Avec les interventions de :
- Jean-Louis Gentner, Fondateur et PDG d’Almae Technologies
- Régis Lauret, Conseiller en haute technologie au sein du département Risques du groupe BNP Paribas
Modérateur :
- Philippe Robin, Président du Comité des Arts Physiques de la Société d’Encouragement pour l’Industrie National
Dans le monde moderne, le pouvoir - militaire, économique, géopolitique - repose sur les puces électroniques, appelées semi-conducteurs.
Ces composants sont les « cerveaux » de nos appareils électroniques : smartphones, voitures, électroménager, systèmes militaires, imagerie médicale… et bien entendu l’IA et le quantique !
Leur fabrication constitue l’une des chaînes de valeur les plus stratégiques au monde, au cœur d’une compétition acharnée entre les nations pour préserver ou reconquérir leur souveraineté technologique.
Du simple sable aux processeurs ultra-performants, nous commencerons par définir les principaux termes techniques, avant de détailler les étapes clés de cette production mondialisée : matériaux, conception, technologies de fabrication, machines, et compétences. Nous positionnerons les acteurs industriels majeurs (Europe, États-Unis, Chine, Taïwan, etc.) et leurs interdépendances.
Nous analyserons ensuite les stratégies évolutives des GAFAM, qui développent désormais leurs propres processeurs, et expliquerons pourquoi ces dynamiques alimentent les tensions géopolitiques.
Enfin, nous mettrons en lumière le cas de l’Europe, avec un focus sur un exemple concret de production sur le sol français.
Cycle de conférences
Pour le Développement des Sciences et de l'Innovation (PDSI) au service des transitions
Rencontres d’information scientifique et technologique, à visée pédagogique et didactique, autour d’un scientifique et d’un acteur socio-économique, qui présentent une thématique à travers leurs connaissances et leurs expériences, contribuant à décrypter et présenter des solutions répondant aux enjeux de transition économique, sociétale, technologique, numérique et/ou environnementale.
Partenariat : AFAS – Société d'encouragement pour l'industrie nationale – Société des ingénieurs et scientifiques de France (Ile-de-France)
Avec le soutien d'EcoLearn, MR21, e5t, BNI Saint-Germain-des-Prés, Pariscience, Cnes, CNRS, ABG
Conférence-débat
Jeudi 22 janvier 2026 à 14h30 à l'Institut Curie, Paris
[Initialement prévue le jeudi 2 octobre mais reportée]

Avec
Robert Barouki
Médecin, biochimiste, biologiste moléculaire et PUPH. Directeur de l’Institut thématique de santé publique de l’Inserm et de l’Institut pour la recherche en santé publique.
Le concept d'exposome correspond à l’ensemble des expositions environnementales auxquelles chacun est soumis dès la période prénatale tout au long de sa vie.
Robert Barouki s’intéresse aux effets de l’environnement sur la santé et en particulier à la toxicité de certains polluants comme la dioxine et les pesticides. Il participe à de nombreux programmes européens sur l’exposome et la biosurveillance.
Conférence-débat à l'Institut Curie (amphithéâtre Hélène Martel-Massignac)
11-13 rue Pierre et Marie Curie, 75005 Paris
Entrée gratuite, sur inscription préalable obligatoire (via le formulaire de contact ou à afas@afas.fr).
Organisée par Chercheurs Toujours - Association française des chercheurs seniors, en partenariat avec l'AFAS
Conférence Un livre, une rencontre, dans le cadre des « jeudi du Cnam »
Jeudi 8 janvier 2026 à 18h30 au Cnam (Paris), amphi Grégoire
Le replay est disponible ici

L'atlas historique du ciel, avec Pierre Léna
Le ciel, avec ses astres, ses régularités et son mystère, est commun à toutes les cultures. Chacune en élabora de la philosophie et du religieux, du savoir et de la politique, avec la lente émergence de la science, ancrée dans l’observation et la mathématique. Un jour vint où l’œil nu se compléta de télescopes, qui peuplèrent infiniment le ciel. Enfin celui-ci se fit histoire, dans la nuit du temps et de l’origine.
Pierre Léna est Professeur émérite, Observatoire de Paris & Université Paris-Cité, est astrophysicien, membre de l’Académie des sciences. Il a contribué à l’astronomie infrarouge et à la conception du Very Large Telescope européen (Chili).
Entrée gratuite sur inscription et/ou dans la limite des places disponibles.
Les jeudi du Cnam
Partenaires de longue date pour la diffusion des savoirs, le Cnam et l'AFAS proposent en 2026 une série de rencontres autour d'un ouvrage et son auteur/autrice. Objectif : rendre l'actualité des sciences accessible à toutes et tous.
À l’issue de chaque conférence, le public sera invité à dialoguer avec les intervenants et à poser ses questions.
Le jeudi, de 18h30 à 20h, au Cnam
Entrée gratuite sur inscription et/ou dans la limite des places disponibles.
Boris Laurent
(Éditions Delachaux et Niestlé, 2025, 17,90€)

Pourquoi s’intéresser aux astéroïdes, ces quelques millions de gros cailloux qui tournent autour du Soleil ? Pour plusieurs raisons : D’abord, les astéroïdes sont liés à notre histoire depuis la nuit des temps et on leur doit quasiment notre existence. Ensuite, ils sont potentiellement dangereux et doivent être surveillés de près. Enfin, ils sont riches en minerais rares, et pourraient devenir les eldorados de demain. Tels sont les thèmes explorés dans ce petit livre par Boris Laurent, sous les angles scientifique, économique, technologique et géopolitique.
Les astéroïdes sont les débris restants après la construction du système solaire. Ils ne se sont agrégés ni au Soleil, ni aux huit planètes, ni à leurs 288 lunes. L’analyse de leur composition chimique est précieuse pour tenter d’expliquer les étapes de la formation du système solaire, et même de l’apparition de la vie sur Terre. Leurs orbites se situent principalement entre celles de Mars et de Jupiter, et ne croisent donc pas l’orbite terrestre.
Mais les orbites ne sont pas immuables. Sous l’influence de Jupiter, et de l’action des rayons solaires, certains astéroïdes glissent vers des orbites qui croisent l’orbite terrestre. Ce sont les « géocroiseurs » : ils peuvent entrer en collision avec la Terre. C’est un géocroiseur qui a anéanti les dinosaures, il y a 65 millions d’années, ainsi que 75% des espèces de la planète, ouvrant la voie au développement des mammifères, et des êtres humains ! On doit beaucoup aux astéroïdes ! Plus récemment, en 1908 à Toungouska en Sibérie, un géocroiseur de 60m a explosé à 10 000 m d’altitude. Il n’y eut pas de victimes dans cette zone de taïga inhabitée, mais l’onde de choc a balayé 80 millions d’arbres.
Un système de surveillance a été mis sur pied avec la participation de toutes les agences spatiales du monde. On a répertorié 14 géocroiseurs à risque d’impact (de 0,2% à 10%) dans le prochain siècle ; ils mesurent 40m ou moins. Des chiffres rassurants. Mais la surveillance doit être maintenue car on découvre 3000 nouveaux géocroiseurs par an !
Comment ferions-nous pour dévier un bolide qui fonce vers nous ? L’auteur décrit quatre solutions : Le frapper fort avec une charge lourde ; agiter une sonde dans son voisinage (action de la gravité) ; faire exploser une bombe nucléaire (action des rayons gamma) ; le remorquer (en y ancrant des propulseurs)
On en vient à la partie prospective du livre avec l’éventuelle exploitation minière des astéroïdes. L’auteur rappelle le fameux rapport du Club de Rome de 1972, qui pose le problème plus que jamais actuel de la croissance continue dans un monde aux ressources limitées, en particulier en métaux. La solution passerait-elle par la colonisation des astéroïdes ? C’est cette dernière que la suite du livre décrit.
Les astéroïdes recèlent en abondance des métaux communs dont on prédit la rareté prochaine sur Terre : fer, cobalt, nickel ; mais aussi nombre de métaux rares : argent, or, titane, platine, palladium et autres ; et enfin les fameuses 17 « terres rares », qui ne sont pas si rares, mais produites à 97% par la Chine, et indispensables dans les semi-conducteurs et les batteries.
Des chiffres incroyables circulent sur la valeur des gisements. Un seul astéroïde est souvent estimé à des centaines de milliards de dollars (Md$). Mais la palme revient à Psyché, long de 280 km, estimé à 10 000 Md$ ! Évidemment, tous ces chiffres sont encore très préliminaires.
Malgré ces incertitudes, la colonisation des astéroïdes est en route, cadrée par le programme Artémis qui regroupe les USA, le Canada, l’Europe et le Japon. Le chemin pour les astéroïdes passe par la Lune et Mars. Le retour de l’Homme sur la Lune est prévu à partir de 2027. On assemblera ensuite la Lunar Gateway, orbitant autour de la Lune., qui servira de base avancée pour aller sur Mars. L’Europe en fournira le module de service.
L’auteur brosse un panorama des engins, capsules, navettes, fusées, sondes, existantes ou en développement, ainsi que des acteurs impliqués, publics et privés, y compris quelques start-up françaises. Il énonce les nombreux défis techniques à résoudre pour le transport, l’amarrage, le forage et l’extraction du minerai, et la protection contre les radiations. Se poser sur une surface rocheuse, inégale, glacée, en rotation, relève de l’exploit technique : le harpon propulsé ou les microgriffes, inspirées des insectes, sont les solutions à l’étude.
La panoplie des techniques de propulsion pour le transport témoigne de l’inventivité des ingénieurs : Moteur ionique, fission ou fusion nucléaire, voile solaire. La Chine annonce un moteur à fission nucléaire qui se déploie dans l’espace et prend la taille d’un bâtiment de 20 étages. Il réduirait le temps de voyage vers Mars de 180 à 90 jours. La voile solaire est lente mais économique : elle utilise la pression des photons rebondissant sur la voile. Elle a été testée par la Nasa et se manœuvre comme un voilier !
Dernier chapitre : la géopolitique. Quelles sont les lois existantes pour encadrer cette éventuelle nouvelle ruée vers l’or ?Le Traité de l’espace a été signé en 1967 par 115 pays, en pleine guerre froide. Il affirme la primauté de l’intérêt commun sur l’intérêt d’un pays, interdit les bases militaires, exclut toute appropriation nationale, mais ne mentionne pas les acteurs privés. Aux USA, le Space Act (2015, renforcé en 2020) soutient l’exploitation de ressources spatiales par des compagnies privées américaines. L’ Accord Artémis, signé en 2020 par 55 pays dont la France, réfère au Traité de l’espace, mais ouvre la porte à l’exploitation commerciale. La Chine et la Russie ont signé un accord avec 11 pays, pour l’établissement d’une base lunaire en 2030. La Commission européenne a introduit à l’été 2025, un projet de loi pour « améliorer l’accès au marché et la sécurité spatiale ».
En conclusion de ce chapitre, l’auteur souligne les dangers de la présence des acteurs privés et plaide avec force pour une reprise en mains totale de l’espace par les autorités étatiques, similaire au modèle en cours pour l’Antarctique.
Ce petit résumé ne donne qu’un aperçu incomplet de l’ouvrage, qui fourmille d’informations diverses. Le texte est accessible, dépouillé de tout jargon scientifique, et complété par de nombreuses illustrations. Ce livre fera le bonheur de tout lecteur curieux, et l’aidera à mieux comprendre les énormes enjeux de la nouvelle aventure spatiale.
Pierre Potier
Marie Calmet et François Sarano
(Éditions Actes Sud, 2025, 12€)

Impossible d’oublier la page 39: « Si, après avoir écrasé votre chien, un chauffard proposait de vous dédommager en vous achetant un autre chien, la proposition vous paraîtrait aberrante, voire choquante, car votre relation avec votre chien était unique, singulière, irremplaçable. Ce chien n’est pas une chose fongible ».
Fongible, le terme décrit « les choses qui peuvent être remplacées par n’importe quelle autre chose du même genre », rappelle l’avocate Marine Calmet1, autrice avec l’océanographe et plongeur François Sarano2 du livre « Justice pour l’étoile de mer » (éd. Actes Sud). Est-ce à dire que n’importe quelle étoile de mer peut en remplacer une autre, n’importe quel poisson un autre poisson, n’importe quel dauphin un autre dauphin ? Peut-on faire fi des écosystèmes, à l’instar de la pêche industrielle... Les êtres vivants marins sont-ils fongibles ? Et n’avons-nous finalement pour eux « pas plus de considération que pour les grains de sable du désert » (page 14) ?
Le titre, aussi intrigant soit-il, donne la clé du propos : droit et science ici sont intriqués. Et ce, dans un plaidoyer vibrant des deux auteurs pour l’Océan, aujourd’hui « pillé et empoisonné ». Vite, il faut saisir toute l’importance de ces invisibles sous la surface, tous ces êtres vivants « que nous ne croiserons jamais, tous ceux dont nous ignorons jusqu’à l’existence » qui font de l’Océan « le cœur battant de notre planète ».
Les propos de Sarano et Calmet entrent en résonance. La biologie d’abord : « Le scientifique naturaliste ne hiérarchise pas », rappelle le plongeur océanographe. A quelles espèces faudrait-il sinon accorder notre considération ? Aux cachalots ?3 [...] A l’éponge (Monorhaphis chuni) qui peut vivre onze mille ans ? » Et de poursuivre son questionnement : « Où placer l’étoile de mer dont on ne connaît presque rien ? ». Faisons du juridique, ensuite : « Les animaux sauvages, sur terre comme en mer, ont le statut de ‘’res nullius’’, c’est-à-dire de ‘’choses sans maître’’ », explique l’avocate. Mais une fois hissée sur le pont d’un bateau, une étoile de mer, par exemple, « passe du statut de ‘’res nullius’’ au statut de ‘’bien’’ ». Et là, celui qui l’a attrapée a le droit d’en disposer comme bon lui semble (sauf si statut d’espèce protégée). Qu’elle soit rejetée à la mer, morte ou vive, et elle redevient une chose sans statut juridique.
Le témoignage de François Sarano qui fit une thèse sur les merlus à bord d’un chalutier a de quoi bouleverser. Car il constate aujourd’hui, à son grand désespoir, voire sa grande honte (?), qu’il n’a jadis pris aucune note sur « les autres vivants. Les oursins, les poulpes, les éponges, les coquillages, les crabes, l’étoile de mer... » qui furent coincés dans le chalut, vus comme des détritus. « Leur existence et leur mort ne seront jamais prises en considération ». Et de constater avec la juriste qu’« il y a des béances dans notre droit qui s’accordent mal avec la complexité du vivant ». Alors que « nous sommes, que nous le voulions ou non, cousins de l’étoile de mer ».
Aucune sensiblerie ici, et foin de tous ceux que les termes de biodiversité et écosystèmes continuent d’insupporter. C’est tellement plus grave, alertent les auteurs qui dénoncent « la surexploitation halieutique, la course écocidaire pour l’exploitation des fonds marins ». C’est notre survie à nous humains qui est aussi en jeu. « L’absence d’égards [envers les êtres vivants marins] n’est plus uniquement un problème éthique regrettable mais un réel obstacle à la fois biologique, pour notre survie en tant qu’espèce, et ontologique, en tant que civilisations », estiment-ils. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.
Dominique Leglu
Cet événement a eu lieu jeudi 18 décembre2025 à 18h à l'Hôtel de l'industrie à Paris et sur YouTube

Avec les interventions de :
- Frédéric Caille, Maître de conférences en Science Politique à l’Université Savoie Mont Blanc
- Pierre-André Aubert, fondateur du premier restaurant solaire Le Présage à Aubagne
2025 est l’année du bicentenaire de la naissance d’Augustin Mouchot (1825-1912) à Semur en Auxois. Cet Innovateur mondial d’applications pratiques du soleil, dans son livre paru en 1869 "L'utilisation de la chaleur et ses applications industrielles", écrit : "Si dans nos climats l’industrie peut se passer de l’emploi direct de la chaleur solaire, il arrivera nécessairement un jour où, faute de combustible, elle sera bien forcée de revenir au travail des autres agents naturels. Il convient d'utiliser les rayons du soleil."
Avec Abel Piffre et Louis de Royaumont (également natif de Semur en Auxois) ils vont développer des concentrateurs qui, sous forme de paraboles, utilisent les rayons solaires pour faire chauffer de l’eau, cuire des aliments et utiliser la pression obtenue pour la motricité.
Honoré lors de l’exposition universelle de 1886, ses inventions seront oubliées au profit du charbon et du pétrole.
Frédéric Caille, Maître de conférences en Science Politique à l’université Savoie Mont Blanc, Chercheur au Laboratoire Triangle de l’ENS à Lyon. Auteur de : « L’invention de l’énergie solaire, la véritable histoire d’Augustin Mouchot le pionnier de l’utilisation de l’énergie solaire en France », et de « La moisson du soleil ».
Pierre-André Aubert : fondateur du premier restaurant solaire "Le Présage" à Aubagne. Après quelques années comme ingénieur aéronautique en France, en Allemagne et en Inde. En 2010 il se tourne vers la gastronomie : la cuisine des produits locaux et de saison. Pour la cuisson, dans sa ville de Marseille, baignée par le soleil, il s’oriente dès 2013 vers la cuisine solaire et fonde le Présage. Qu’il développe avec le fourneau solaire professionnel Scheffler-Aubert, pour une cuisine et un système alimentaire innovant.
Cycle de conférences
Pour le Développement des Sciences et de l'Innovation (PDSI) au service des transitions
Rencontres d’information scientifique et technologique, à visée pédagogique et didactique, autour d’un scientifique et d’un acteur socio-économique, qui présentent une thématique à travers leurs connaissances et leurs expériences, contribuant à décrypter et présenter des solutions répondant aux enjeux de transition économique, sociétale, technologique, numérique et/ou environnementale.
Partenariat : AFAS – Société d'encouragement pour l'industrie nationale – Société des ingénieurs et scientifiques de France (Ile-de-France)
Avec le soutien d'EcoLearn, MR21, e5t, BNI Saint-Germain-des-Prés, Pariscience, Cnes, CNRS, ABG
Cet événement s'inscrit dans un cycle de webinaires « Matériaux ».
Jeudi 18 décembre 2025 à 13h en visioconférence Zoom.

Corinne Chanéac (Sorbone Université) interviendra sur l' "Interaction réciproque entre structure et propriétés" et Christophe Volkringer (Centrale Lille) interviendra sur "Les MOFs pour la capture de radionucléides en cas d’accident nucléaire”.
Interaction réciproque entre structure et propriétés
Cette conférence mettra en évidence l’interaction réciproque entre structure et propriétés dans les nanomatériaux. Elle évoquera la synthèse des nanoparticules, le contrôle des étapes de nucléation-croissance et les défis posés par la caractérisation de la structure cristalline et de ses défauts à l’échelle nanométrique. Souvent difficiles à détecter, ces défauts jouent pourtant un rôle déterminant dans les propriétés fonctionnelles, dont l’étude fine permet de mieux comprendre la structure locale à cette échelle où certaines techniques de caractérisation de l'ordre périodique restent muettes. L’exemple de nanoparticules luminescentes d’oxydes dopées viendra illustrer cette relation intime entre structure et propriétés.
Les MOFs pour la capture de radionucléides en cas d’accident nucléaire
Durant cette présentation, plusieurs résultats concernant pour la capture de molécules radioactives générées lors d'un accident nucléaire, comme les dérivés de l'iode (I2, CH3I), les oxides métalliques volatiles (RuO4) ou les gaz rares (Xe, Kr) seront présentés. Afin de connaitre la solidité de ces matériaux en situation accidentelles, leur résistance en conditions radiatives (irradiation aux rayons gamma) seront également discutées.
Modérateurs : Sylvie Lartigue, Jean-Paul Itié et Daniel Neuville, FFM
Corinne Chanéac : Professeure en chimie des matériaux, sa carrière est consacrée à l’élaboration et à la compréhension des nanomatériaux, en associant synthèse, caractérisation et modélisation. Ses recherches récentes portent sur les nanoparticules luminescentes, explorées pour leurs applications en imagerie biomédicale, en thermométrie optique et dans le développement de capteurs innovants. Elle a exercé des responsabilités de structuration dans le domaine des nanosciences, en particulier à travers ses fonctions de direction du Centre national de compétences en Nanosciences, C’Nano.
Christophe Volkringer : Professeur des universités à Centrale Lille Institut, et chercheur dans l’équipe Matériaux Hybrides au sein de l’Unité de Catalyse et Chimie du solide (UCCS, UMR 8181). Membre honoraire de l’institut Universitaire de France. Travail de recherche dédiés au solides poreux, principalement de type MOF, avec pour application le nucléaire, le militaire et la décontamination virale.
Marie-Odile Mergnac
(Éditions Archives&Culture, 2025, 15€)

« Je m’appelle Jean. Je suis né en 1700 à la campagne, où vivent plus de 8 Français sur 10. La maison de mes parents ne compte qu’une pièce, avec un sol en terre battue [...] Je m’appelle Marie, comme une fille sur 5 à ma génération. A la naissance, mon espérance de vie est à peine de 20 ans ». C’est dans un ouvrage fascinant titré « Portraits types des Français sur trois siècles », publié par Marie-Odile Mergnac dans la maison d’édition « Archives&Culture » qu’elle a créée1, que l’on découvre comment nos ancêtres (assez récents) ont vécu. Quelle nourriture, quel travail, quelles fêtes, quels déplacements, quelle espérance de vie, combien d’enfants... Les statistiques, c’est bien, leur traduction concrète, c’est mieux ! Si la généalogie est « le troisième loisir favori des Français après jardinage et bricolage », comme le précise l’historienne, il n’est pas sûr en effet que nos compatriotes se représentent avec exactitude le mode de vie de celles et ceux qui peuplent leur arbre généalogique ! Aimeraient-ils y remédier ? L’autrice propose ici... une moyenne de ce que cela devait être à l’époque.
Dès son introduction, elle pose la question : « Qui a retenu, par exemple, qu’en 1900, le logement « moyen » en France était à peine plus d’une pièce alors que les films nous montrent toujours de belles fermes cossues ou des appartements bourgeois ? » Ne comptez pas sur cette passionnée du passé pour nous dorer aujourd’hui la pilule. Non, ce n’était pas mieux avant. Quand l’AFAS a pu la rencontrer (voir notre vidéo), à l’occasion d’un nouveau Forum2, elle n’a pas hésité à rappeler que ce qui l’a frappée, sur trois siècles, « c’est la pauvreté des gens ». Mais pour ceux nés en l’an 2000 (dont on ne connaît pas encore tout le cheminement, malgré les nombreuses études de sociologues), « ils ont tous un bac + 2, alors que ce n'était même pas le cas pour ceux nés en 1980 », indique-t-elle. « On a l’impression que tout le monde autour de nous fait des études supérieures, en fait, non ! C’est seulement la génération des 2000 qui dépasse le bac. »
Nul besoin d’une lecture linéaire pour un tel livre. Chacun ira piocher au gré de ses envies dans les siècles et les générations qui l’intriguent (tous les 30 ans, 20 ans pour les plus récentes), 9 pages à chaque fois. Dont les doubles « coups de cœur », avec photos. On y retrouve « la nourriture du quotidien » de ces gens d’autrefois, « le déjeuner de fête », « les chansons ». Plus récemment « les films » ou « les cuisines du monde ». Jean et Marie nés en 1700 devaient avoir, eux, des repas qui « se ressemblent tous. Le pain bis ou noir reste l’aliment de base, avec près de 2 kg par personne et par jour [...]. On le consomme rassis – ‘’le pain dur fait la maison sûre’’, certifie le dicton – en le trempant de bouillon ou de lait pour en faire une soupe ». On apprend ainsi que l’ordinaire s’améliore en 1780, et ce, grâce à « une légumineuse toute nouvelle, originaire du Mexique, le haricot, qualifié d’aliment du pauvre mais très nourrissant ». Tant mieux, car le livre n’oublie pas de mentionner « la dernière famine que la France ait connue, en 1709-1710 ». Hiver rigoureux, jusqu’à « - 23° à Paris [...] 800000 personnes décèdent, de froid, de sous-alimentation ou de dysenterie. Des familles entières parties mendier meurent le long des chemins ». Le saut à l’an 2000 semble vertigineux : « Moins de pain (120 g par jour et par habitant), moins de pommes de terre (64 kg par an3) ». En revanche, beaucoup de « sucres rapides (35 kg par an) » et des « boissons sucrées, 50 litres par habitant et par an ».
On ne saurait relever toutes les précisions ou anecdotes qui jaillissent au fil des 125 pages. On aime à découvrir que dans les années 1720, nous dansions « principalement le branle, la courante, la gavotte, le passe-pied, le rigodon, la bourrée... » Qu’en 1790, l’estimation est qu’« il y a encore 20000 loups en France ». En 1870, le vin a « un faible degré « 5° à 8° » et la consommation moyenne est de « 200 litres par habitant et par an ». Elle va chuter pour cause de phylloxera destructeur de vignobles, mais aussi avec « les campagnes contre l’alcoolisme jugé responsable, selon l’État, de la défaite de 1870, des révoltes communardes et de la dénatalité » ! En 1900, la consommation moyenne est alors de « 150 litres par habitant et par an ». Et si on chante en 1920 « Dans la vie, faut pas s’en faire (Maurice Chevalier) », un siècle plus tard, en 2020, on regarde « Lupin » sur Netflix. « Découvrir le quotidien des Français de 1700 à nos jours, de leur travail à leurs loisirs », sous-titre de l’ouvrage, aide, comme le souhaite l’autrice, à ne pas faire une lecture anachronique du passé. Un passé brusquement redevenu vivant.
Dominique Leglu






