Conférence-débat
Mardi 6 octobre 2026 à 14h30 à l'Institut Curie, Paris

Grâce à un « miroir temporel », une onde revit sa vie passée, en faisant à rebours le chemin aller de sa propagation. Cette méthode ouvre la voie à des applications innovantes et à de nombreuses start-ups, dans des domaines très variés, tels que, l’imagerie biomédicale, le diagnostic, la thérapie ultrasonore, l’acoustique sous-marine, la sismologie, la domotique ou les télécommunications.

Avec Mathias Fink Professeur à l'ESPCI Paris, membre des Académies des Sciences et des technologies, fondateur de l'Institut Langevin "Ondes et images",
Modérateur : Pierre PERETTI, Professeur honoraire de Physique, Université Paris-Cité
Conférence-débat à l'Institut Curie (amphithéâtre Constant Burg) - 12 rue Lhomond, 75005 Paris
Entrée gratuite, sur inscription préalable obligatoire à afas@afas.fr.
Organisée par Chercheurs Toujours - Association française des chercheurs seniors, en partenariat avec l'AFAS
Interview de Daniel Neuville par Dominique Leglu
Daniel Neuville est vice président de la Fédération Française des Matériaux, président de l'USTV et aussi conseiller au sein de l'AFAS.
Pour cela, Dominique Leglu, présidente de l'AFAS, le reçoit aujourd'hui en à l'occasion de la Conférence Internationale des matériaux 2026.
Retrouvez l'interview complète ici
La conférence internationale MATÉRIAUX 2026, qui se tiendra du 16 au 20 novembre 2026 sur le site d’Alpexpo à Grenoble, est organisée sous l’égide de la Fédération Française des Matériaux (FFM) qui regroupe 26 associations scientifiques et techniques concernées par les matériaux. Elle s’inscrit dans la série des conférences MATÉRIAUX qui se tiennent tous les quatre ans depuis 2002 et qui se sont imposées comme l’événement francophone incontournable pour l’ensemble des acteurs académiques et industriels du monde des matériaux.
Alain Badiou
Flammarion, 2026

On ne pouvait espérer moment plus opportun pour voir paraître ce nouveau livre d’Alain Badiou dont le titre évoque des sujets d’actualité récente, tant par les révélations du rapport PISA 2026 (Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves), sur le niveau alarmant de connaissance des jeunes de 15 ans en mathématiques, que par les annonces spectaculaires des possibilités de l’Intelligence Artificielle à démontrer des théorèmes mathématiques complexes.
Sans ignorer cette actualité, c’est un tout autre point de vue que l’auteur propose dans ce livre. A la croisée des chemins entre philosophie et mathématiques, ce philosophe mathématicien montre à partir de son expérience personnelle, les bienfaits que peut procurer sinon la pratique, au moins une certaine connaissance des mathématiques sur ce qu’il appelle la ‘’vraie vie’’.
Au fil de cinq chapitres au contenu très dense, il rappelle, au gré des questions posées par son interlocuteur, l’importance qu’ont eue les mathématiques dans la pensée des philosophes de l’antiquité jusqu’à Descartes et Leibnitz. ‘’Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre’’ disait la maxime de l’École platonicienne, exigeant que les choses vraies soient démontrées afin d’être acceptées, en opposition aux idées imposées par un roi, un dictateur ou un dieu. Combinant études philosophiques et formation en mathématiques, l’auteur découvre également dans les démonstrations de théorèmes mathématiques, cette forme d’exigence dans la démarche de recherche d’une vérité.
L’auteur déplore que cette proximité entre philosophie et mathématiques aient été abandonnée par les philosophes modernes, citant à ce sujet Sartre : ‘’La science, c’est trou de balle. La morale, c’est peau de balle’’. Cette divergence entre philosophie et mathématiques compose la trame principale du livre.
Il affirme la préséance des mathématiques sur la philosophie, allant jusqu’à y voir un rapport de révérence : ‘’quelque chose dans la philosophie s’incline devant les mathématiques’’. Même certitude à propos du caractère universel des mathématiques : alors que la philosophie peine à s’affranchir des langues dans laquelle elle s’exprime, les mathématiques n’appartiennent à aucune langue ni aucune culture.
En réponse à la question ‘’de quoi parlent les mathématiques ?’’, l’auteur propose une analyse philosophique sur la nature même de la pensée mathématique. S’en dégagent deux orientations: l’une ‘’réaliste’’ selon laquelle les mathématiques sont un mode d’approche du réel, l’autre ‘’formaliste’’ concevant les mathématiques comme un simple jeu de langage, sans se prévaloir d’un rapport avec le réel. L’auteur se prononce, comme la majorité des mathématiciens, résolument pour la première orientation : en termes simples, il y a dit-il, un ‘’contenu’’ réel en toute pensée mathématique. Ce qu’il illustre par des exemples tel les nombres complexes, inventés comme un pur jeu, puis devenus un outil fondamental de l’électromagnétisme au XIXème siècle ; ou encore la théorie des coniques, étudiée dès l’Antiquité, elle ne trouve sa première application qu’au XVIIème siècle lorsque Kepler mettra en évidence la forme elliptique des orbites des planètes.
Il cite au passage Einstein qui, après Galilée, s’étonnait du fait que la physique ne saurait exister sans les mathématiques, alors qu’il découvrait la géométrie riemannienne, pièce maîtresse de la théorie de la relativité générale.
Dans les derniers chapitres l’auteur développe, en bon mathématicien, une suite remarquable de raisonnements et déductions, où s’entremêlent concepts philosophiques et théories mathématiques, pour conduire à un système visant à rétablir la valeur universelle des vérités.
Déplorant que les mathématiques soient devenues en France un moyen de sélection poussé à l’extrême, Alain Badiou reconnaît, en conclusion, la nécessité d’un enseignement qui saurait rendre les mathématiques ‘’intéressantes’’, combiné à un enseignement plus précoce de la philosophie.
Les thèses défendues par Alain Badiou seront d’un accès difficile pour les néophytes. La présentation sous forme de dialogue devrait cependant en faciliter la compréhension. Certainement un livre qui sera apprécié par les spécialistes.
Jean-Claude Richard (septembre 2026)
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Kathryn Harkup
Flammarion, 2026

L'idée originale de cet ouvrage est de réinvestir les 25 films de James Bond , en relevant les différentes scènes faisant appel à des notions scientifiques ou techniques en les analysant du point de vue d'un (ou d'une) scientifique afin d'en examiner la vraisemblance et faire la différence entre ce qui est vrai ou du ressort de l'imaginaire .
Ainsi dans chaque film, une scène particulière est isolée, permettant d'aborder une thématique qui se retrouve dans la plupart des autres films de James Bond.
Le premier chapitre consacré au Docteur No (premier film de la la saga) sert de prétexte à raconter la vie de Lancaster Fleming qui a donné naissance au personnage de James Bond. Le second chapitre intitulé " Bons Baisers de Russie et la chaussure de Rosa Klebb," aborde un point majeur des films de James Bond : les gadgets et l'innovation technologique . L'auteure analyse de façon critique, un par un, les divers gadgets tels que : la lame empoisonnée de la chaussure de Klebb, la machine cryptographique de Bons baisers de Russie ou le recycleur d'air d'Opération Tonnerre .
Le troisième chapitre est consacré aux lasers omniprésents dans les différents films et déjà en vedette dans le premier "Docteur No" dans lequel le méchant Goldfinger menace de couper en deux James Bond...etc. Sont abordés les thèmes suivants : le gaz Gamma, le repaire volcanique, le bioterrorisme, les diamants, les animaux dangereux pour l'Homme , le rôle des cascadeurs , le saut en parachute , l'explosion d'une station spatiale, l’électrocution, la bombe atomique, la relation de James Bond avec les femmes, James Bond et les moyens de transport, les drogues , l'électromagnétisme , les véhicules furtifs, les particularités physiques des héros, l'aspiration en plein vol, la résilience aux dommages physiques, les différentes manière de tuer quelqu'un, le rôle particulier du cyanure , la profession d'agent secret et les nanoparticules.
La physique, la Chimie ou la Biologie sont utilisées pour expliquer le fonctionnement ou l'impossibilité des différentes situations. Cela est fait avec une rigueur scientifique incontestable mais aussi avec beaucoup d' humour et de recul. L'auteure truffe son récit de nombreuses anecdotes sur les péripéties qui ont émaillé la fabrication des films : accidents des cascadeurs ou même des acteurs , incidents météorologiques ou difficultés matérielles pendant les tournages.
Un livre facile à lire indispensable pour tous les amateurs de James Bond qui s'interrogent sur la vraisemblance des différents moyens techniques utilisés par le héros et ses adversaires .
Serge Chambaud (2026)
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Sam Kean
Flammarion, 2026

Voici un livre qui a déjà bénéficié d’un certain succès puisqu’il en est à sa quatrième édition française. La publication originale américaine date de 2010 et son auteur, Sam Kean, est un vulgarisateur scientifique reconnu.
Dès la première page, l’ouvrage s’ouvre sur le tableau périodique des éléments, celui-là même qui pendait jadis dans nos salles de classe. Une des plus belles manifestations de l’esprit humain, a-t-on écrit. Les 92 éléments chimiques naturels qui constituent la matière de notre univers, y sont inscrits, de l’hydrogène à l’uranium, suivis des 26 éléments artificiels. Cheminant d’un élément à l’autre, l’auteur mêle explications techniques, histoires et anecdotes. Chaque chapitre regroupe une brochette d’éléments sous des thèmes parfois inattendus : généalogie, guerre, santé, poison, tromperie, politique, argent, art, folie, froid, bulles. En voici quelques morceaux choisis.
La plupart des éléments n’existent pas à l’état pur dans la nature, mais sont enfouis dans des composés. Leur découverte nécessitait donc des expériences chimiques parfois longues et infructueuses. L’invention de la spectroscopie par Robert Bunsen en 1850 a été un formidable progrès : un élément chauffé émet des raies lumineuses bien précises, qui sont la signature de l’élément. La recherche de ce dernier s’en trouva fortement accélérée.
En 1869, Mendeleïev publie son fameux tableau périodique. Il a 35 ans et il vient de loin. Sa mère, veuve, avait emmené le jeune Dimitri à cheval sur 2500 km depuis leur Sibérie natale jusqu’à l’université de St Pétersbourg ! Le tableau contient 66 éléments rangés par « masse atomique » croissante. Sur une même colonne, les éléments sont chimiquement similaires. Pour obtenir cette périodicité, Mendeleïev a eu l’intuition de placer des cases vides d’éléments à découvrir : « Encore un effort, chimistes et géologues ! » écrit-il. Lorsque le Français Boisbaudrian annonce sa découverte du gallium en 1875, Mendeleïev a le culot de le corriger sur la densité annoncée car non conforme à ses prédictions. Et il avait raison ! Cet épisode assura sa gloire.
En 1911, Rutherford bombarde les atomes d’électrons et met en évidence un noyau central très concentré. Avec la découverte de la radioactivité, la mutation naturelle ou artificielle des éléments n’est plus un fantasme d’alchimiste. Beaucoup de cases vides qui correspondaient à des éléments instables disparus se remplissent, grâce au canon à électrons de Rutherford.
C’est un autre type de canon dont les Allemands se préoccupent au début de la guerre 14-18. La « grosse Bertha » s’avère défaillante, et la société Krupp décide de doper l’acier de ses tubes au molybdène (une solution adoptée par les fabricants de sabres samouraï japonais dès le 14e siècle). L’unique source mondiale de molybdène se trouvait alors dans une mine du Colorado. Les USA n’étant pas encore en guerre, les Allemands cherchèrent à s’emparer de cette mine, par tous les moyens : Squatters, harcèlement juridique, menaces sur les femmes et enfants des mineurs, destruction de campements. Le propriétaire de la mine, Otis King, fut attaqué et précipité au bas d’une falaise. Il survécut, mais vendit sa mine. Le molybdène arriva à flots en Allemagne et la grosse Bertha, dopée au molybdène, bombardait Paris en 1918 à la distance stupéfiante de 120 km.
En 1934, Enrico Fermi, à Chicago, annonce la création des premiers éléments artificiels dits 'transuraniens' car au-delà de l’uranium sur le tableau. Irène Joliot-Curie, en France, confirme. Elle ajoute que ces nouveaux transuraniens se comportent étrangement comme le lanthane, ce qui parait incongru. Otto Han, en Allemagne, trouve les mêmes résultats. Ébranlé, il rencontre à Copenhague sa collègue de toujours, Lise Meitner, exilée car d’origine juive. Celle-ci lui donne la clé : nous ne sommes pas en présence de nouveaux éléments transuraniens, mais de la fission de l’atome d’uranium en éléments naturels plus légers. Découverte fondamentale qui va bouleverser la marche scientifique et politique du monde en cette année 1939. Interdite de publication, Meitner accepte que Hahn publie son article seul, et c’est également seul qu’il reçoit le prix Nobel de chimie 1944. Hahn va toujours garder un silence éhonté sur le rôle réel de sa collègue. Probablement la plus criante injustice dans l’histoire des prix Nobel. Juste compensation : l’élément 109 du tableau périodique a été baptisé (pour toujours) : le meitnerium.
Ces quelques paragraphes n’illustrent évidemment qu’une infime partie de cet ouvrage de 400 pages fourmillant d’informations techniques et historiques sur tous les éléments, dans un langage souvent imagé : Le carbone « qui saute sur n’importe quoi » ; le germanium à la base du premier transistor; le cuivre et ses bienfaits dans les conduits ; le lithium synchronisant l’horloge interne des maniacodépressifs ; le titane hypnotisant les globules sanguins et métal idoine des prothèses; le béryllium qui creusa la tombe de Fermi ; l’iode qui contraria les visées de Gandhi et convainquit Russell de la non séparation de l’esprit et de la matière ; le hafnium et sa querelle de paternité nationaliste ; le sinistre cadmium et la maladie itaï-itaï au Japon ; l’étain et ses rapports étranges avec le froid, fatals pour les soldats de Napoléon en Russie (les boutons des costumes) et pour Scott en Antarctique (les soudures des bidons de pétrole); l’aluminium, plus cher que l’or en 1860, métal des couverts dans les réceptions haut de gamme de Napoléon III ; le sélénium rendant folles les vaches qui en abusent (« la came au ras des pâquerettes ! »).
A noter également : de bonnes explications techniques sur le rôle des couches d’électrons sur les propriétés chimiques, sur la supraconductivité, le laser, le condensat Bose-Einstein, la chiralité des protéines qui tournent à gauche, la méthode Monte Carlo du projet Manhattan, le réacteur à fission nucléaire naturel d’Oklo en Afrique, et le canular de la fusion froide.
Un livre à la portée de tous, très instructif et agréable à lire, malgré les digressions nombreuses. Cette diversité un peu brouillonne est aussi un atout car le lecteur est toujours tenu en haleine. Celui-ci appréciera probablement, comme l’écrit joliment l’auteur « la symétrie du tableau avec ses répétitions enrichies de variations comme une fugue de Bach ».
Pierre Potier (août 2026)
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Yasmine Belkaid
CNRS éditions, 2026

Ce texte court, comme ceux de cette collection ( CNRS Éditions / de Vive Voix) dédiée aux témoignages de chercheurs sur leur parcours, nous entraîne, à travers celui de Yasmine Belkaid, au cœur d’un des grands domaines de l’immunologie : les relations avec les microbes.
Née en Algérie où elle a obtenu une maîtrise de biochimie, aujourd’hui directrice de l’institut Pasteur de Paris, après avoir dirigé le centre d’immunologie humaine du NIH, Yasmine Belkaid aborde à travers ses recherches l’interaction fascinante qu’a le système immunitaire avec le microbiote intestinal, ces ensembles de microbes commensaux, bactéries surtout, qui vivent en nous, par nous, et régulent nombre de nos fonctions. Ces milliards de cellules, infiniment plus nombreuses que les cellules eucaryotes humaines font partie de notre physiologie. Acquises dès l’accouchement, leur nombre et leur qualité fluctuent au cours de la vie et dépend de l’environnement. S’il en existe d’autres, cutané, vaginal, voies aériennes supérieures, le microbiote intestinal est le mieux connu.
Toléré par le système immunitaire et même retenu par lui - à la différence des microbes pathogènes qui sont rejetés - le microbiote intestinal intervient sur sa différentiation, sa fonction, et son éducation, contrôlant cette homéostasie tissulaire entre « soi et non soi ». Or ce microbiote intestinal, part importante des travaux de Yasmine Belkaid, est fortement influencé par la nutrition. Aliments, molécules et vitamines modulent la composition et fonction du microbiote intestinal, agissant alors directement par les métabolites qu’il produit sur la santé humaine et, indirectement, sur le système immunitaire et les relations qu’il a avec les autres tissus.
D’un autre côté, la destruction du microbiote, notamment par les antibiotiques, son dysfonctionnement, l’émergence de populations de microbes plus agressifs, sont à l’origine de diverses pathologies tels que les cancers, maladies auto-immunes, allergiques ou inflammatoires sans compter les relations passionnantes avec celles du cerveau. À ces interactions entre immunité et germes à travers le microbiote, sont venus s’ajouter les travaux de l’équipe sur les relations mère-enfant et celui des infections lors de la grossesse sur le développement fœtal du système immunitaire. Autant de recherches qui sont l’occasion, pour Yasmine Belkaid, de parler du rôle de la science dans la société, des carrières féminines, des rencontres, des talents et de l’action des grandes institutions, dont aujourd’hui celui de l’institut Pasteur; sans oublier les vaccins et la liberté académique en péril. Un livre : celui d’une femme qui a consacré sa vie à la science qui nous conduit au cœur de l’immunologie, aux microbes qui nous gouvernent, et plus largement à l’histoire d’une carrière qui en est le meilleur plaidoyer.
Patrice Debré
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Cătălin Pavel,

Ce livre est un exemple d’ouvrage érudit qui montre une volonté claire de l’auteur de s'adresser à un large public. Universitaire et chercheur, Cătălin Pavel dédie ce travail à ses étudiants de l’université Ovidius de Constanța. L’archéologie est au cœur de cet écrit, construit comme une enquête allant de la Préhistoire à l’Antiquité. À travers la présentation de nombreuses fouilles, l'auteur explore les relations entre les humains et les animaux, avec pour objectif de montrer le « rôle catalyseur des animaux dans notre développement cognitif et émotionnel ».
L'auteur emploie un style personnel et s’implique directement dans son texte, comme l'indiquent les formules : « je dirai d’ailleurs », « je suis prêt à accepter », « je n’aurais jamais imaginé d’ailleurs » ou « j’ai peut-être un peu trop insisté ». Cette approche interpelle le lecteur et l’invite à réagir, donnant parfois l'impression d'une conversation avec l'auteur. Ce ton est accompagné de touches d'humour, notamment lorsque Pavel explique avoir testé le confort d'une niche pour chien qu'il avait lui-même fabriquée. Il formule également des remarques ironiques sur sa propre discipline (page 428 : « trop d’os, quand même ») et termine son ouvrage par une comparaison avec des chaussettes. Le livre, qui compte près de 460 pages, est organisé en huit chapitres. Le premier est consacré à l’archéozoologie, tandis que les sept suivants traitent d’une espèce ou d’une catégorie d'animaux :
- Chapitre 2 : Baleines, dauphins et un petit poisson
- Chapitre 3 : Le chat
- Chapitre 4 : L’ours
- Chapitre 5 : Le chien
- Chapitre 6 : Le hérisson
- Chapitre 7 : Le cheval
- Chapitre 8 : Les oiseaux
La bibliographie d’une vingtaine de pages apporte des références pour chaque chapitre. Elle rassemble des travaux anciens (remontant à 1909) et d'autres plus récents (jusqu'à 2020), l'ouvrage étant paru en 2021. En revanche, le livre contient peu d'illustrations – au mieux une par chapitre –, bien qu'il mentionne des pièces muséales visibles à New York, Rome ou Athènes. Au fil des chapitres, on apprend que la domestication du chat se situe vers l’an 2000 avant J.-C., que les hommes ont joué avec la plupart des animaux et qu'ils les ont « presque tous mis en rapport avec les dieux ».
Le chapitre d'une trentaine de pages sur le hérisson indique que cet animal aurait joué un rôle notable dans l’évolution humaine. L’auteur formule des hypothèses quant à la présence de mandibules près de corps inhumés à la fin du Paléolithique, ou sur l’utilisation de la graisse de hérisson à partir de chantiers de fouilles situés en Italie, en France ou au Danemark. On y retrouve aussi une mention d'Aristote qui, dans l’Histoire des animaux, écrivait qu'il était possible de prédire les changements de temps selon la position des hérissons dans une maison. Des questions sont également posées sur l’efficacité des huiles extraites de leurs piquants ou de leur chair contre la calvitie, l’incontinence urinaire ou la folie.
Le chapitre consacré au chien, d'une centaine de pages, présente également de nombreux récits. Cet animal est apparu vers la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 12 000 ans, et on dénombre environ quatre cents races de chiens aujourd'hui. C’est l’animal que l’Homme a le plus souvent enterré, mais aussi l’espèce domestique sur laquelle l’auteur note le plus grand nombre de fractures du crâne. À partir de découvertes faites entre 1985 et 1992 dans le plus grand cimetière de chiens de l’Antiquité, l’auteur avance des hypothèses religieuses (offrandes à un dieu), fonctionnelles (exportation de chiens par les Phéniciens) ou liées à la perception des chiens comme des personnes. En Bretagne, région qui fournit un matériel archéologique important, une étude suggère une corrélation entre les chiens et la guérison.
En conclusion, cet ouvrage est susceptible d'intéresser les archéologues, les historiens ainsi que les scientifiques, car il y est question d’ADN, d’os, d’anatomie et de descriptions d'espèces. Si l'on peut regretter l'absence de supports visuels complémentaires — notamment une frise chronologique qui aurait aidé le lecteur non spécialiste à se repérer dans les périodes archéologiques —, cette lacune est atténuée par la structure de l'ouvrage. Les animaux et nous, une enquête archéologique propose différents niveaux de lecture selon le degré d'érudition et de curiosité du lecteur. Les spécialistes y trouveront des données scientifiques précises, tandis que les lecteurs profanes pourront suivre le texte grâce au ton direct de l'auteur et aux faits rapportés. En somme, Cătălin Pavel montre que l'histoire de l'animal éclaire celle de l'évolution humaine, faisant de cette étude une contribution utile à la réflexion anthropologique actuelle..
Martine Courtois
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Présentation des résultats d’un projet de recherche interdisciplinaire sur l’argent en tant que métal et monnaie.

Avec ce livre, Francis Albarède, géochimiste à l’ENS de Lyon au sein du laboratoire de Géologie de Lyon – Terre, Planètes, Environnement – et membre de l’Académie des sciences, propose à la fois le bilan d’un grand projet de recherche interdisciplinaire et une analyse à grande échelle, mais accessible à chacun, d’une question dont la simplicité n’est qu’apparente : pourquoi utilise-t-on de la monnaie et, plus spécifiquement, pourquoi a-t-on, jusqu’à récemment, utilisé un métal bien précis, l’argent, pour produire cette monnaie ?.
Cette question amène à un panorama plus vaste, alliant archéologie, histoire, économie, géologie et géochimie. L’auteur aborde toutes ces disciplines, sans aller au-delà de ce que peut en saisir un lecteur cultivé mais profane pour chacune. La géochimie n’y est présentée que comme une source d’informations parmi les autres, porteuse d’éclairages spécifiques et originaux, mais complémentaire plutôt que révolutionnaire.
Le propos du livre se concentre géographiquement sur le pourtour méditerranéen, mais se permet aussi des excursions vers la Chine. De même, historiquement, l’étude se penche principalement sur les civilisations antiques : empires mésopotamiens puis perse, cités grecques et empire macédonien, enfin période romaine, mais explore aussi l’époque médiévale et va finalement comparer le fonctionnement de ces économies anciennes, aux principes conservés pendant des siècles, à l’économie actuelle financiarisée, où la monnaie a perdu sa matérialité.
L’ouvrage commence par expliciter les raisons qui ont amené les civilisations antiques à utiliser des métaux, et un tout particulièrement – l’argent (Ag, numéro atomique 47, masse atomique 107,8681 g/mol), pour leurs échanges commerciaux ou pour payer les impôts et les tributs exigés des vassaux par les suzerains, puis pourquoi aux échanges d’argent au poids s’est substitué le monnayage, c’est-à-dire l’utilisation de morceaux de métal de poids et de teneur en argent convenus, portant des poinçons par lesquels l’instance étatique garantit leur valeur. À travers l’épisode historique de la conquête de la Perse par Alexandre le Grand en 330 av. J.-C., l’auteur oppose les deux stratégies étatiques de circulation de l’argent : la thésaurisation, sous forme d’immense trésor blotti dans les coffres des capitales perses, somme des impôts prélevés par la Perse sur ses vassaux, et par lesquels, en limitant leurs moyens monétaires, elle réduit leur activité économique et par là assure leur dépendance. Alexandre, en mettant la main sur cet « Everest d’argent » (p. 25), va financer ses opérations militaires mais aussi alimenter l’économie de son empire naissant par l’émission massive de monnaie, les tétradrachmes à son effigie.
La suite du livre s’intéresse à l’histoire de cette utilisation de l’argent, aux changements des sources d’approvisionnement en argent et aux conséquences sociales et économiques de cet usage. Il discute notamment de la concurrence que lui fait l’or avec le choix, dès Crésus puis par nombre d’autres états, du bimétallisme (or et bronze) au lieu de l’argent seul. Le bimétallisme semble notamment accompagner, ou susciter, une creusement des inégalités et la séparation d’une élite riche, utilisant l’or, et d’une population majoritaire moins aisée, échangeant des monnaies de bronze.
Le dernier chapitre, quant à lui, se concentre sur l’économie et sur la transformation consécutive à l’abandon du métal comme étalon de valeur de la monnaie.
Les explications de ce livre sont donc accessibles à quasiment tous les lecteurs et encore facilitées par un glossaire, court mais utile, et plusieurs frises chronologiques qui permettent de faire les liens nécessaires entre les histoires antiques mésopotamiennes, grecques, égyptiennes et romaines. Mais on peut a contrario reprocher à l’auteur de n’en dire que très peu sur le programme de recherches pluridisciplinaires SILVER, évoqué en avant-propos et dont l’ouvrage constitue une sorte de résumé conclusif. De même, le géochimiste comme le géologue paraissent s’être réfrénés, ou s’être volontairement mis en retrait en écrivant ce texte : si les isotopes de l’argent ou du plomb, et leur intérêt dans cette recherche des usages de l’argent au cours de l’histoire, sont bien mentionnés, le lecteur ne trouvera pas ici les principes de base de leurs fractionnements, ni le moindre détail des longues procédures de purification chimique et de mesures spectrométriques nécessaires pour les « faire parler ». Et pas grand-chose non plus sur les hypothèses effectuées ou les modèles privilégiés dans ces recherches. Ce qui, finalement, fait de ce livre un objet un peu étrange, touche-à-tout sans aller vraiment dans les détails, utile comme une introduction vers des champs d’étude plus vastes, mais peut-être un peu court pour le novice intéressé et trop léger ou trop simplificateur pour le connaisseur de l’un ou l’autre des domaines. Évidemment, la bibliographie en fin d’ouvrage permet à chacun d’aller plus loin. Si, donc, un expert peut rester sur sa faim concernant son domaine, c’est pour tous une vision interdisciplinaire intéressante qui permet d’appréhender la richesse d’une telle combinaison d’approches et d’aborder les bases de disciplines diverses.
F. Albarède, 2026. La Naissance de l’argent – Le métal qui a changé le cours de l’histoire, Armand Colin, 336p (livre et ebook)
Pour compléter cette lecture, on pourra visionner une présentation de ce travail lors d’un séminaire à l’ENS de Lyon fin 2023, suivie de la reproduction d’un entretien donné par l’auteur sur le projet de recherche, en consultant la ressource : Quand l’argent devint monnaie.

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Un livret géologique du Tour 2026 : pour les médias, les diffuseurs et tous les amateurs de géologie

Vous découvrirez, lors des étapes du Tour de France 2026, de magnifiques paysages qui racontent une histoire : celle de notre planète, du vivant et des habitants. Roches et reliefs renferment des indices pour lire l’histoire de la Terre et de la vie, et montrent les ressources et particularités géologiques locales qui expliquent certaines implantations historiques ou industrielles.
Pour accompagner cette épreuve cycliste de 21 étapes, du 4 au 26 juillet, un livret d’aide au commentaire géologique a été réalisé par Patrick De Wever (MNHN) avec la collaboration de Pierre Thomas (ENS de Lyon) et l’aide d’une quinzaine de géologues connaissant particulièrement certaines portions du parcours. Pensé initialement pour les médias et diffuseurs, il facilite l’insertion de commentaires géologiques lors des retransmissions, en complément des commentaires toponymiques, géographiques et historiques. Il intéressera aussi le grand public curieux de géologie et s’intéressant aux paysages et particularités naturelles de leur lieu de vie, de loisir ou de vacances.
Alors, journalistes, commentateurs et amateurs, emparez-vous du livret « Tour de France 2026 – Aide au commentaire géologique" (pdf)
La Société géologique de France propose aussi une carte interactive des 21 étapes du Tour de France 2026, permettant de visualiser ou télécharger ce livret par étape ou en intégralité.»

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Cet événement s'inscrit dans un cycle de webinaires « Matériaux» coorganisé par la FFM et l’AFAS
Jeudi 26 juin 2026 à 13h en visioconférence Zoom.

Avec Katia Araujo da Silva, Institut de Chimie de Clermont-Ferrand (ICCF), Aubière et Emmanuel Guilmeau, Laboratoire de Cristallographie et sciences des matériaux (CRISMAT), Caen
Modérateurs : Sylvie Lartigue, Daniel Neuville, Jean-Paul Itié FFM, AFAS
La chimie du fluor constitue aujourd’hui un levier transversal de conception des batteries lithium-ion et sodium-ion, bien au-delà du seul électrolyte. Dans les deux technologies, elle intervient dans les liants fluorés tels que le PVDF , encore très utilisés pour leur stabilité chimique et leur aptitude à former des électrodes robustes, même si leurs limites d’adhésion, de conduction ionique ou de réactivité interfaciale font désormais l’objet d’une réévaluation. Elle joue également un rôle majeur dans les cathodes fluorées et fluorophosphatées, où la liaison M–F accroît le caractère ionique et élève le potentiel redox par effet inductif, ce qui explique l’intérêt durable pour des composés comme LiVPO₄F côté lithium-ion et NaVPO₄F ou Na₃V₂(PO₄)₂F₃ côté sodium-ion. Enfin, le fluor est devenu un outil d’ingénierie interfaciale, notamment via la fluoration surfacique, qui permet de former des couches minces riches en LiF ou en fluorures alcalins, de réduire les réactions parasites et d’améliorer la tenue au cyclage sans modifier profondément le matériau massif. Les convergences entre les deux filières sont donc claires : dans les deux cas, le fluor sert à stabiliser les interfaces, à soutenir les architectures haute tension et à outiller le réglage fin des électrodes. Les divergences résident surtout dans la fonction dominante qu’il remplit. En lithium-ion, la chimie du fluor s’inscrit dans une filière déjà mature, où elle renforce des systèmes largement établis. En sodium-ion, elle reste plus structurante, car elle participe encore au choix même des matériaux pertinents : l’anode de référence n’est plus le graphite mais le hard carbon, et la fluoration ou le dopage au fluor y modifient directement l’espacement interfeuillets, les défauts et les mécanismes de stockage du sodium, tandis que les fluorophosphates occupent une place particulièrement stratégique pour compenser la tension intrinsèquement plus faible de la chimie sodium. Dans cette perspective, le sodium-ion apparaît non comme une simple transposition du lithium-ion, mais comme un champ où la chimie du fluor peut encore redéfinir à la fois les matériaux, les interfaces et, de façon prospective, les architectures polymères ou tout-solide à base de matrices fluorées.
ID de réunion: 845 8428 9043
Code secret: 669671







