(Antoine Balzeau et Tiphaine Derrey)
(Belin, 20 €)

Étudier le cerveau des humains préhistoriques alors que celui-ci ne se fossilise pas : un défi qui semble impossible. C’est pourtant celui qu’ont tenté de relever Antoine Balzeau et son équipe avec le projet PaleoBRAIN, une aventure relatée dans cet ouvrage illustré par Tiphaine Derrey. Le chercheur revient sur les coulisses du projet, une aventure scientifique visant à comprendre les empreintes laissées par le cerveau sur la surface interne du crâne pour reconstituer les cerveaux des humains disparus.
« Ressuscitons et faisons parler le cerveau des humains préhistoriques » : tel est l’objectif ambitieux du projet PaleoBRAIN, coordonné par Antoine Balzeau, et dont ce livre raconte le déroulement. Paléoanthropologue au CNRS et au MNHN, spécialiste de l’étude de la structure de crânes fossiles par des techniques d’imagerie, l’auteur dédie plus particulièrement ses recherches à l’endocrâne, un ensemble d’empreintes laissées sur la surface interne du crâne par les reliefs et les dépressions du cerveau. L’originalité de PaleoBRAIN repose sur son approche : pour mieux interpréter les endocrânes fossiles, il faut d’abord comprendre leur lien avec la morphologie et le fonctionnement du cerveau à partir de sujets vivants.
Très engagé dans la médiation scientifique, Antoine Balzeau n’en est pas à son coup d’essai et aime varier les formats : il est déjà à l’origine d’une BD et d’un livre jeunesse sur l’Homme de Néandertal, ou encore d’un escape game autour du fossile de l’humain de Florès. Dans ce dernier ouvrage, il livre une description particulièrement précise du quotidien d’un chercheur et du déroulement d’un projet scientifique, de sa conception à l’interprétation des premiers résultats, sans omettre les écueils les plus concrets, comme les difficultés de financements ou les obstacles techniques. Cette immersion doit beaucoup aux illustrations variées de Tiphaine Derrey : on découvre ainsi le vaste bureau de l’auteur au Musée de l’Homme et sa vue imprenable sur la tour Eiffel ; on y observe les chercheurs et chercheuses face à leurs instruments, du microtomographe au logiciel Brain Visa ; on y rencontre les 75 participants volontaires du projet, engoncés dans le tube exigu de l’IRM, ou en prise avec les tests ludiques conçus par l’équipe pour étudier le lien entre endocrâne et latéralité.
L’auteur relate les principaux enseignements du projet concernant les spécificités anatomiques des cerveaux de différents hominines, mais se montre plus avare sur le sujet du fonctionnement du cerveau des humains préhistoriques. C’est justement l’objet de la suite du projet, qui a obtenu un financement pour quatre années supplémentaires à compter de mars 2026. De quoi espérer un deuxième tome en 2030 !
Par Louis Mc Dougall

-----------------------------------------
Amélie Vialet et Emma Baus
(Albin Michel, 24.90 €)

Qui était cet Homme, ancêtre probable de Néandertal, qui a réussi à vivre dans une Europe froide sans maîtriser le feu il y a plus de 500 000 ans ? À quoi ressemblait-il ? Pratiquait-il l’art ? Ce sont toutes ces questions et bien d’autres encore auxquelles ce livre répond, en décortiquant point par point tous les indices laissés par Homo heidelbergensis, tous les os, tous les fragments associés et retrouvés dans la Caune de l’Arago (Tautavel, Pyrénées-Orientales). Une épopée magnifiquement illustrée et émouvante sur l’aube de notre humanité.
Emma Baus a écrit et réalisé une vingtaine de documentaires pour la télévision tournant autour de la nature et des sciences. Amélie Vialet est paléoanthropologue. Les deux ont coécrit ce livre qui vient compléter un documentaire diffusé par Arte et intitulé Tautavel – Vivre en Europe avant Néandertal.
Le livre est magnifiquement illustré de très belles photographies, de dessins et d’images de reconstitution 3D des crânes, des visages, des os…
L’histoire que nous racontent les deux autrices reconstitue l’environnement complet de l’homme de Tautavel (Homo heidelbergensis), de la découverte de la grotte, à son portrait, ses conditions de vie, ses outils, ses proies, etc. Elles évoquent aussi ses capacités à parler et elles interrogent sur les fondements même de l’humanité, sur nos croyances et nos pratiques les plus ancestrales : la pratique du cannibalisme, la possibilité de rites mortuaires et la preuve d’altruisme, avec la découverte du crâne d’une fillette âgée de 9 à 11 ans souffrant d’une pathologie grave (la craniosynostose) qui la rendait complètement dépendante des autres membres du groupe.
Cette épopée se lit quasiment comme un roman policier, les autrices exposant comment les technologies les plus récentes utilisées décryptent et apportent des preuves de vie, de comportement. Le travail des paléoanthropologues est présenté de façon simple mais précise, dans toute sa complexité d’interprétation et les nombreuses interrogations qui subsistent ne sont pas du tout masquées mais au contraire contribuent à enrichir la réflexion du lecteur.
Petit à petit, cet ancêtre de Néandertal, qui vécut en Europe entre environ 700 000 et 300 000 ans avant le présent, nous devient plus familier et concret.
Son livre se lit donc comme une petite pépite, à déguster tranquillement, de préférence, installé à côté d’une rivière…
Par Valérie Boutin

-----------------------------------------
Bill François
(Albin Michel, 20.90 €)

Ce livre a comme sous-titre Confidences du peuple des rivières. Tout un programme ! Il fourmille de petites anecdotes naturalistes sur tous les habitants des rivières, dans le monde entier. L’auteur parle des mœurs des habitants aquatiques, de préservation d’espèces, de coutumes ancestrales, mais aussi de pollution, de bétonisation, de changement climatique… Une lecture pas si légère que cela et qui donne à réfléchir.
Bill François, ancien élève de l’École normale supérieure, a déjà publié plusieurs livres naturalistes ayant connu un beau succès, comme Les Génies des Mers, Le Plus Grand Menu du Monde et L’Éloquence de la Sardine. Celui-ci connaîtra probablement le même sort ! L’ouvrage traite de la vie dans les rivières et les fleuves et apporte une foison d’anecdotes sur les animaux, petits et grands qui les peuplent. Chaque chapitre débute par un petit aperçu de quelques moments de la vie de deux truites, Fario et Trutta, depuis leur éclosion jusqu’à leur fin. Puis, les chapitres détaillent l’un des aspects de leur vie en digressant sur d’autres animaux. L’auteur a réalisé quelques croquis qui parsèment les pages. Un flashcode au tout début apporte des images, des vidéos et des ressources documentaires complémentaires. C’est peut-être le seul bémol de ce livre. Le lecteur n’a pas forcément envie de prendre son téléphone ou son ordinateur avec lui quand il lit un livre papier, ni de passer de la page imprimée à l’écran pour compléter sa lecture. Il peut donc se sentir un peu frustré de ne pas avoir les informations disponibles sur la page directement.
Toutefois, le titre a un parfum de mystère, et il perdure longtemps avec cette histoire de perroquet : ce n’est certes pas le premier animal auquel on pense quand on doit citer des habitants des rivières… Ce mystère se résout à la fin du livre où l’on découvre comment la vie de certains perroquets est intimement associée à la vie de la rivière !
En tout cas, Bill François est passionné par les animaux aquatiques et il est passionnant. Ses histoires sur les deux silures du bras du Pont Marie, tailladés par les hélices des bateaux, ainsi que sur les bancs de gardons et de brochets du canal Saint-Martin ou encore sur tous les autres habitants de la Seine, donnent à voir un Paris bien différent de celui des cartes postales.
Son livre se lit donc comme une petite pépite, à déguster tranquillement, de préférence, installé à côté d’une rivière…
Par Valérie Boutin

-----------------------------------------
(Valérie Boutin, Audrey Proust et Jean-François Bonello)
(ULMER, 24 €)

Peut-être êtes-vous incollable sur les techniques de chasse des lions ou sur les parades nuptiales des paradisiers, mais connaissez-vous aussi bien la vie qui fourmille tout près de vous, dans votre jardin ? Non ? Alors ce livre va vous aider à mieux connaître vos voisins !
Nul besoin d’aller au zoo ou dans un parc botanique pour s’émerveiller devant la biodiversité. Il suffit de sortir… dans son jardin ! C’est à la contemplation de la biodiversité ordinaire que nous invitent les auteurs de ce livre, Valérie Boutin, Audrey Proust et Jean-François Bonello, tous trois professeurs agrégés de SVT et par ailleurs contributeurs à Planet-Vie.
Si vous avez un jardin, vous avez forcément déjà croisé au moins les trois quarts du casting de ce livre, qu’il s’agisse du lierre, des orties, des merles, des gendarmes, des frelons ou encore des musaraignes ! Rien que du très commun donc, que des yeux trop habitués ou pas assez attentifs ne voient pas ou plus. Pourtant, une simple pelouse recèle une vie aux adaptations et aux propriétés fascinantes !
Chaque acteur de cette vie ordinaire est présenté en deux à quatre pages. Des photographies et de belles aquarelles permettent de tout de suite cerner la star de la chronique. Le texte présente plusieurs éléments de sa biologie : nutrition, reproduction, adaptations au milieu ou encore relations aux autres espèces… Ces éléments, classiques, sont complétés par des informations originales issues de travaux de recherche récents.
Une lecture à l’issue de laquelle, sans doute, vous prêterez un peu plus attention aux trèfles et aux pissenlits la prochaine fois qu’il faudra tondre la pelouse!

----------------------------------------
« L'invité du jeudi »
Jeudi 16 avril 2026 à 18h30 en visioconférence Teams

Avec Éric Van Hullebusch, spécialiste en biogéochimie et bioprocédés appliqués à l’environnement
Les villes constituent des réservoirs de métaux souvent sous-exploités, présents dans les déchets électroniques, les appareils usagés et les résidus industriels. Ces « mines urbaines » offrent un potentiel significatif pour satisfaire la demande croissante en métaux tout en limitant l’impact environnemental associé à l’extraction primaire.
Éric Van Hullebusch, spécialiste en biogéochimie et bioprocédés appliqués à l’environnement, présentera les approches biométallurgiques innovantes permettant la récupération sélective et efficace de ces métaux. L’utilisation de micro-organismes et de procédés biologiques avancés permet de valoriser les déchets urbains en ressources réutilisables tout en réduisant l’empreinte écologique des processus métallurgiques.
Cette intervention mettra en lumière le rôle des biotechnologies dans la réduction de la dépendance aux ressources minérales primaires et dans le développement d’une économie circulaire durable.
Éric Van Hullebusch est Professeur des universités, Université Paris Cité et titulaire de la chaire Biométallurgie pour les métaux critiques, Atrium des géosciences, Institut de physique du globe de Paris.
Inscription préalable obligatoire, pour obtenir le lien informatique de la visioconférence
L'invité du jeudi
Rendez-vous mensuel en visioconférence, qui a pour objet d’alimenter la curiosité scientifique et technique des participants, de s'interroger sur de grands enjeux de société et de débattre collectivement des évolutions en cours.
Animées par des experts passionnés de leur domaine d’intervention, les conférences traitent de sujets d’actualité mais en prenant le recul nécessaire. Elles sont suivies d'échanges avec un grand témoin et le public.
Un jeudi par mois, de 18h30 à 20h, en visioconférence via l'application Teams
Inscription préalable obligatoire, pour obtenir le lien informatique de la visioconférence
En partenariat avec le Cnam Bretagne
REPLAY de la conférence ici

Les intervenants :
Marc-André Selosse : professeur du Muséum national d’Histoire naturelle à Paris et à l’Université de Gdansk (Pologne) où il dirige des équipes de recherche, il est chargé de cours à l’Ecole Normale Supérieure, Science-Po et HEC.
Emmanuelle Bocandé : docteur en médecine et titulaire d’un DU de journalisme médical, elle est directrice médicale du Laboratoire PiLeJe et contribue au développement d’études cliniques.
La modératrice : Marie-Cécile Chauveau-Selosse : ingénieure des Ponts et Chaussées, directrice du développement et de la communication au sein de l’école d’ingénieurs ESAIP d’Angers.
----
Cette conférence s’inscrit dans une approche écologique, économique et systémique, destinée à un large public avide de connaissances, de dirigeants, d’ingénieurs et de scientifiques, et propose de penser la santé humaine dans la continuité des dynamiques biologiques observées dans les agrosystèmes. Les mécanismes de diversité microbienne, de symbiose, de résilience et d’adaptation, bien documentés en agriculture et en écologie, trouvent des équivalents fonctionnels au sein du microbiote humain, soulignant un continuum entre santé des sols, des plantes et des individus.
La première partie posera les bases conceptuelles du vivant comme outil technologique et biologique, en montrant comment l’agriculture et les microbiotes constituent des leviers majeurs mais encore insuffisamment intégrés dans les modèles dominants. La seconde partie abordera les enjeux médicaux, industriels et réglementaires liés à la modulation des microbiotes humains, en particulier dans le contexte des compléments alimentaires, en s’appuyant sur l’état de l’art scientifique, les contraintes de validation, de stabilité et de viabilité des souches, ainsi que sur les enseignements issus de la recherche et de la littérature spécialisée.
Une place importante sera accordée aux échanges avec le public et la modératrice, afin de discuter des limites, des biais cognitifs, des attentes sociétales et des pistes d’action concrètes, à l’interface entre biologie du vivant, industrie et santé publique.
Cette conférence vise ainsi à contribuer à une réflexion collective sur la santé comme propriété émergente de systèmes biologiques complexes, et sur la manière dont les ingénieurs peuvent s’appuyer sur le vivant — plutôt que le contraindre — pour concevoir des solutions durables.
Cycle de conférences
Pour le Développement des Sciences et de l'Innovation (PDSI) au service des transitions
Rencontres d’information scientifique et technologique, à visée pédagogique et didactique, autour d’un scientifique et d’un acteur socio-économique, qui présentent une thématique à travers leurs connaissances et leurs expériences, contribuant à décrypter et présenter des solutions répondant aux enjeux de transition économique, sociétale, technologique, numérique et/ou environnementale.
Partenariat : AFAS – Société d'encouragement pour l'industrie nationale – Société des ingénieurs et scientifiques de France (Ile-de-France)
Avec le soutien d'EcoLearn, MR21, e5t, BNI Saint-Germain-des-Prés, Pariscience, Cnes, CNRS, ABG
Conférence Un livre, une rencontre, dans le cadre des « jeudi du Cnam »
Jeudi 9 avril 2026 à 18h30 au Cnam (Paris)

Les Messages de l'ARN de Patrice Debré
Pour expliquer l'ARN, ce livre remet en perspective les découvertes récentes et les replace dans la grande aventure de la biologie moléculaire du XXe siècle, de la découverte de l'ADN à la production toute récente de vaccins et de médicaments utilisant l'ARN messager.
Patrice Debré est Professeur d'immunologie à l'université Pierre-et-Marie-Curie et ancien Chef du service d’Immunologie de l’Hôpital Pitié-Salpêtrière. Il est également l'auteur de plusieurs ouvrages de biologie.
Entrée gratuite sur inscription et/ou dans la limite des places disponibles : ICI
Les jeudi du Cnam
Partenaires de longue date pour la diffusion des savoirs, le Cnam et l'AFAS proposent en 2026 une série de rencontres autour d'un ouvrage et son auteur/autrice. Objectif : rendre l'actualité des sciences accessible à toutes et tous.
À l’issue de chaque conférence, le public sera invité à dialoguer avec les intervenants et à poser ses questions.
Le jeudi, de 18h30 à 20h, au Cnam
Entrée gratuite sur inscription et/ou dans la limite des places disponibles.
Conférence-débat
Jeudi 2 avril 2026 à 14h30 à l'Institut Curie, Paris

Avec
Carole Philippe et Jean-Baptiste Maranci, praticiens hospitaliers à l'Unité des Pathologies du Sommeil de l'hopital Pitié-Salpétrière
Conférence-débat à l'Institut Curie (amphithéâtre Hélène Martel-Massignac)
11-13 rue Pierre et Marie Curie, 75005 Paris
Entrée gratuite, sur inscription préalable obligatoire (via le formulaire de contact ou à afas@afas.fr).
Organisée par Chercheurs Toujours - Association française des chercheurs seniors, en partenariat avec l'AFAS
Gérard Mourou
(TANA éditions, 2026, 18.90€)

Lorsqu’un homme de science prend la plume pour raconter son parcours, il contribue à démystifier la science et à la rapprocher du grand public. A fortiori lorsqu’il s’agit d’un prix Nobel, à qui l’on doit les opérations de la cataracte ! C’est le cas de cette autobiographie de Gérard Mourou, prix Nobel de physique 2018, qui vient ‘être publiée.
Enfant, le petit Gérard baigne dans le monde de l’électricité. Son grand - père et son oncle travaillent dans la distribution électrique. Son père, ingénieur à EDF, l’emmène sur ses chantiers et lui transmet la passion des sciences. Il a 16 ans quand le laser est inventé. Puis se développe le laser pulsé qui émet des impulsions lumineuses ultra courtes de dizaines de picosecondes1. On peut ainsi observer des mouvements ultra rapides, tel celui des molécules. Pour sonder plus avant la matière, on cherche à produire des impulsions toujours plus courtes et plus puissantes. Un défi technique que Mourou relève. Ce sera le fil conducteur de son parcours scientifique.
Après un doctorat à Paris, des séjours à Québec, San Diego, et Saclay, il répond aux sirènes américaines et le voici en 1978 à Rochester, dans l’état de New York. L’intensité des lasers pulsés plafonne depuis 15 ans. Toutes les tentatives pour amplifier la puissance des impulsions conduisent à des échecs car les matériaux ne résistent pas. Mourou casse beaucoup de matériel durant ces années 80 ! Comment contourner l’obstacle ?
C’est sur un télésiège qu’il eut son idée de génie! Il l’explique en deux phrases : on prend une impulsion extra-courte, on l’étire dans le temps en la décomposant en ses différentes fréquences. L’ensemble perd de sa puissance et peut être amplifié sans casse, puis le tout est recomprimé pour donner une impulsion de très haute puissance. Cette recette très simplifiée suppose une série de prouesses technologiques dans la manipulation des impulsions. Un an plus tard, en 1986, Mourou réalise un laser de table d’1 térawatt1. Une avancée prodigieuse car, à cette époque, un laser de cette puissance était une machine monstrueuse qui occupait un bâtiment entier ! Le NY Times s’enthousiasme pour cette nouvelle technique baptisée CPA. Mais Mourou pense déjà à la phase suivante : gagner encore un facteur de 1000, atteindre le pétawatt1 et la femtoseconde1. Le Directeur de Rochester n’est pas convaincu. Qu’à cela ne tienne, Mourou déménage à Ann Arbor, où l’Université du Michigan l’accueille dans un laboratoire tout neuf. Lui et son équipe de 15 personnes ! Une première aux Etats-Unis où la recherche est surtout individuelle.
La technique CPA conquiert le monde. Grâce à elle, le japonais Toshiki Tajima réalise un accélérateur de particules par laser. Mourou invente le paratonnerre à laser. Les sociétés créées pour vendre les produits CPA sont florissantes. Mais la plus belle surprise vient d’un accident.
En 1993, un étudiant de l’équipe Mourou, ayant commis une imprudence, est atteint à l’œil en travaillant sur un laser femtoseconde¹. L’interne de l’hôpital observe un impact sur la rétine, minuscule, très net, et très différent des cratères aux contours flous causés par les lasers picoseconde. L’impulsion femtoseconde est si courte qu’elle semble ne pas avoir d’effet thermique sur les tissus environnants. Une opportunité pour la chirurgie oculaire ? La Direction de l’Université en fait le pari. L’étudiant et l’interne se lancent dans une série d’essais (sur des yeux de porc !). C’est un succès total. Ils fondent une société en 1997, et le premier laser spécialisé en chirurgie de l’œil est commercialisé en 2001. Sans fausse modestie, Gérard Mourou se dit fier d’être à l’origine d’une technique qui permet de corriger les troubles de vision, dont la cataracte, de 4 millions de personnes par an. Cette invention, comme souvent, est le fruit d’une série de hasards : la présence d’esprit du jeune interne, l’expertise du patient en lasers pulsés, et la décision rapide de l’université. L’occasion pour Mourou de vanter la formidable réactivité de la recherche américaine.
En 2004, il revient pourtant en France, après 30 ans de vie américaine. Il construit le laser Apollon, à la puissance record de 10 pétawatt1, bientôt supplanté par les trois lasers du projet européen ELI qu’il a lancé.
Il cherche à accroitre le rythme des impulsions, encore insuffisant pour concrétiser son projet de recherche favori : le traitement des déchets radioactifs. En les bombardant de neutrons produits par un laser, on les transmute en isotopes instables qui disparaitront en quelques mois.
En 2024, âgé de 80 ans, il va diriger un centre de recherche flambant neuf en Chine, où le japonais Tajima le rejoint. Ses projets concernent les déchets radioactifs, la fission nucléaire au thorium, le nettoyage des débris spatiaux, la protonthérapie, la cardiologie (l’objectif est d’éviter les opérations à cœur ouvert). Et puis ce visionnaire infatigable rêve de passer de l’attoseconde à la zeptoseconde1, de simuler des trous noirs, de créer de la matière à partir de la lumière (« le claquage du vide » !).
Le récit de l’auteur est jalonné d’intermèdes pédagogiques sur la nature de la lumière 2, sur les lasers, sur les liens entre peinture et lumière. Gérard Mourou n’est pas avare d’anecdotes personnelles. On le découvre amateur de peinture, d’opéra, de littérature, d’idéogrammes japonais, de natation : à 80 ans, il a traversé le lac d’Annecy à la nage !
Son évocation du « moment Nobel » est émouvante. Il exprime son bonheur de partager le prix avec son étudiante, la canadienne Donna Strickland. Un fait rare sinon unique.
Gérard Mourou conclut son livre sur une pensée lumineuse : « C’est la recherche que l’on ne fait pas qui coûte cher ».
Pierre Potier
1. Glossaire des unités, utile pour suivre l’évolution des lasers pulsés.
Chaque unité se déduit de la précédente par un facteur de 1000.
Exemple : Avec une énergie d’un joule, une impulsion d’une femtoseconde a une puissance d’un pétawatt
| Temps | Valeur en secondes | Puissance pour une énergie d’1 joule | Valeur en watt |
| Seconde | 1 | Watt | 1 |
| Milliseconde | 10-3 | Kilowatt | 103 |
| Microseconde | 10-6 | Mégawatt | 106 |
| Nanoseconde | 10-9 | Gigawatt | 109 |
| Picoseconde | 10-12 | Térawatt | 1012 |
| Femtoseconde | 10-15 | Pétawatt | 1015 |
| Attoseconde | 10-18 | Exawatt | 1018 |
| Zeptoseconde | 10-21 |
2. Dans l’intermède sur la nature de la lumière, on qualifie Isaac Newton d’ « astronome américain ». (p.43). La maison d’édition a été informée et présente ses excuses pour cette erreur d’un correcteur.
Jeudi 19 mars 2026 à 18h à l'Hôtel de l'industrie à Paris et sur YouTube

Avec les interventions de :
- Paul Avan, Directeur du CeRIAH, centre de recherche et d'innovation en audiologie humaine, Institut reConnect, Institut Pasteur, Paris.
- Romain Moura, responsable de la branche audition de Electronique du Mazet
Modérateur :
- Patrice Debré, Professeur émérite d'immunologie à Sorbonne Université, membre titulaire de l'Académie nationale de médecine, ancien président de l'AFAS
Les surdités neurosensorielles frappent de manière handicapante la vie et la communication de 460 millions d'individus. C'est un enjeu humain, médical et économique mondial. En l'absence de méthode pour restaurer les cellules sensorielles auditives lésées, les victimes doivent se contenter de solutions palliatives, des audioprothèses amplificatrices qui ne corrigent que certains aspects de la surdité, et seulement dans certaines situations.
Initiés il y a trente ans, les progrès de la physiologie moléculaire auditive aboutissent aujourd'hui à une compréhension étendue des fonctions des centaines de gènes qui contrôlent l'audition. Il s'agit de remédier à la déconcertante diversité des dégâts que peuvent causer les grands pourvoyeurs de surdités, génétiques et environnementaux (notamment les sons intenses). Les mécanismes des lésions induites peuvent être directs, mécaniques ou chimiques, mais aussi indirects lorsque les défenses de l'organisme conduisent à des réponses inadaptées. Chacun des mécanismes peut désormais être la cible d'une thérapie personnalisée, notamment génique ou pharmacologique, avec des essais cliniques en cours. Thérapies et prévention exigeront in fine un diagnostic de précision dont la mise en place va nécessiter un bouleversement des parcours de soin.
Paul Avan, ancien élève de l’École Normale Supérieure, médecin diplômé et biophysicien dans le domaine de l’acoustique physiologique. Il est aujourd'hui directeur du CeRIAH, centre de recherche et d'innovation en audiologie humaine, Institut reConnect, Institut Pasteur, Paris.
Romain Moura, développeur en informatique, responsable de la branche audition d'Echodia, une société spécialisée dans l’exploration fonctionnelle dans le domaine de l’oto-rhino-laryngologie et des neurosciences.
Patrice Debré, professeur émérite d'immunologie à Sorbonne Université et membre titulaire de l'Académie Nationale de Médecine. Il a dirigé le service d'immunologie à l'Hôpital Pitié-Salpêtrière et a occupé diverses responsabilités administratives et internationales. Il est ancien président de l'AFAS.
Cycle de conférences
Pour le Développement des Sciences et de l'Innovation (PDSI) au service des transitions
Rencontres d’information scientifique et technologique, à visée pédagogique et didactique, autour d’un scientifique et d’un acteur socio-économique, qui présentent une thématique à travers leurs connaissances et leurs expériences, contribuant à décrypter et présenter des solutions répondant aux enjeux de transition économique, sociétale, technologique, numérique et/ou environnementale.
Partenariat : AFAS – Société d'encouragement pour l'industrie nationale – Société des ingénieurs et scientifiques de France (Ile-de-France)
Avec le soutien d'EcoLearn, MR21, e5t, BNI Saint-Germain-des-Prés, Pariscience, Cnes, CNRS, ABG






