Depuis 1872, l’Association française pour l’avancement des sciences (AFAS) assure la promotion des sciences et des techniques auprès de tous les publics.
Prochains évènements
Derniers articles
Les publications mises en ligne sur ce site expriment les opinions de leurs auteurs et pas nécessairement celles de l’AFAS.
Dernières notes de lecture
Présentation des résultats d’un projet de recherche interdisciplinaire sur l’argent en tant que métal et monnaie.

Avec ce livre, Francis Albarède, géochimiste à l’ENS de Lyon au sein du laboratoire de Géologie de Lyon – Terre, Planètes, Environnement – et membre de l’Académie des sciences, propose à la fois le bilan d’un grand projet de recherche interdisciplinaire et une analyse à grande échelle, mais accessible à chacun, d’une question dont la simplicité n’est qu’apparente : pourquoi utilise-t-on de la monnaie et, plus spécifiquement, pourquoi a-t-on, jusqu’à récemment, utilisé un métal bien précis, l’argent, pour produire cette monnaie ?.
Cette question amène à un panorama plus vaste, alliant archéologie, histoire, économie, géologie et géochimie. L’auteur aborde toutes ces disciplines, sans aller au-delà de ce que peut en saisir un lecteur cultivé mais profane pour chacune. La géochimie n’y est présentée que comme une source d’informations parmi les autres, porteuse d’éclairages spécifiques et originaux, mais complémentaire plutôt que révolutionnaire.
Le propos du livre se concentre géographiquement sur le pourtour méditerranéen, mais se permet aussi des excursions vers la Chine. De même, historiquement, l’étude se penche principalement sur les civilisations antiques : empires mésopotamiens puis perse, cités grecques et empire macédonien, enfin période romaine, mais explore aussi l’époque médiévale et va finalement comparer le fonctionnement de ces économies anciennes, aux principes conservés pendant des siècles, à l’économie actuelle financiarisée, où la monnaie a perdu sa matérialité.
L’ouvrage commence par expliciter les raisons qui ont amené les civilisations antiques à utiliser des métaux, et un tout particulièrement – l’argent (Ag, numéro atomique 47, masse atomique 107,8681 g/mol), pour leurs échanges commerciaux ou pour payer les impôts et les tributs exigés des vassaux par les suzerains, puis pourquoi aux échanges d’argent au poids s’est substitué le monnayage, c’est-à-dire l’utilisation de morceaux de métal de poids et de teneur en argent convenus, portant des poinçons par lesquels l’instance étatique garantit leur valeur. À travers l’épisode historique de la conquête de la Perse par Alexandre le Grand en 330 av. J.-C., l’auteur oppose les deux stratégies étatiques de circulation de l’argent : la thésaurisation, sous forme d’immense trésor blotti dans les coffres des capitales perses, somme des impôts prélevés par la Perse sur ses vassaux, et par lesquels, en limitant leurs moyens monétaires, elle réduit leur activité économique et par là assure leur dépendance. Alexandre, en mettant la main sur cet « Everest d’argent » (p. 25), va financer ses opérations militaires mais aussi alimenter l’économie de son empire naissant par l’émission massive de monnaie, les tétradrachmes à son effigie.
La suite du livre s’intéresse à l’histoire de cette utilisation de l’argent, aux changements des sources d’approvisionnement en argent et aux conséquences sociales et économiques de cet usage. Il discute notamment de la concurrence que lui fait l’or avec le choix, dès Crésus puis par nombre d’autres états, du bimétallisme (or et bronze) au lieu de l’argent seul. Le bimétallisme semble notamment accompagner, ou susciter, une creusement des inégalités et la séparation d’une élite riche, utilisant l’or, et d’une population majoritaire moins aisée, échangeant des monnaies de bronze.
Le dernier chapitre, quant à lui, se concentre sur l’économie et sur la transformation consécutive à l’abandon du métal comme étalon de valeur de la monnaie.
Les explications de ce livre sont donc accessibles à quasiment tous les lecteurs et encore facilitées par un glossaire, court mais utile, et plusieurs frises chronologiques qui permettent de faire les liens nécessaires entre les histoires antiques mésopotamiennes, grecques, égyptiennes et romaines. Mais on peut a contrario reprocher à l’auteur de n’en dire que très peu sur le programme de recherches pluridisciplinaires SILVER, évoqué en avant-propos et dont l’ouvrage constitue une sorte de résumé conclusif. De même, le géochimiste comme le géologue paraissent s’être réfrénés, ou s’être volontairement mis en retrait en écrivant ce texte : si les isotopes de l’argent ou du plomb, et leur intérêt dans cette recherche des usages de l’argent au cours de l’histoire, sont bien mentionnés, le lecteur ne trouvera pas ici les principes de base de leurs fractionnements, ni le moindre détail des longues procédures de purification chimique et de mesures spectrométriques nécessaires pour les « faire parler ». Et pas grand-chose non plus sur les hypothèses effectuées ou les modèles privilégiés dans ces recherches. Ce qui, finalement, fait de ce livre un objet un peu étrange, touche-à-tout sans aller vraiment dans les détails, utile comme une introduction vers des champs d’étude plus vastes, mais peut-être un peu court pour le novice intéressé et trop léger ou trop simplificateur pour le connaisseur de l’un ou l’autre des domaines. Évidemment, la bibliographie en fin d’ouvrage permet à chacun d’aller plus loin. Si, donc, un expert peut rester sur sa faim concernant son domaine, c’est pour tous une vision interdisciplinaire intéressante qui permet d’appréhender la richesse d’une telle combinaison d’approches et d’aborder les bases de disciplines diverses.
F. Albarède, 2026. La Naissance de l’argent – Le métal qui a changé le cours de l’histoire, Armand Colin, 336p (livre et ebook)
Pour compléter cette lecture, on pourra visionner une présentation de ce travail lors d’un séminaire à l’ENS de Lyon fin 2023, suivie de la reproduction d’un entretien donné par l’auteur sur le projet de recherche, en consultant la ressource : Quand l’argent devint monnaie.

-----------------------------------------
Un livret géologique du Tour 2026 : pour les médias, les diffuseurs et tous les amateurs de géologie

Vous découvrirez, lors des étapes du Tour de France 2026, de magnifiques paysages qui racontent une histoire : celle de notre planète, du vivant et des habitants. Roches et reliefs renferment des indices pour lire l’histoire de la Terre et de la vie, et montrent les ressources et particularités géologiques locales qui expliquent certaines implantations historiques ou industrielles.
Pour accompagner cette épreuve cycliste de 21 étapes, du 4 au 26 juillet, un livret d’aide au commentaire géologique a été réalisé par Patrick De Wever (MNHN) avec la collaboration de Pierre Thomas (ENS de Lyon) et l’aide d’une quinzaine de géologues connaissant particulièrement certaines portions du parcours. Pensé initialement pour les médias et diffuseurs, il facilite l’insertion de commentaires géologiques lors des retransmissions, en complément des commentaires toponymiques, géographiques et historiques. Il intéressera aussi le grand public curieux de géologie et s’intéressant aux paysages et particularités naturelles de leur lieu de vie, de loisir ou de vacances.
Alors, journalistes, commentateurs et amateurs, emparez-vous du livret « Tour de France 2026 – Aide au commentaire géologique" (pdf)
La Société géologique de France propose aussi une carte interactive des 21 étapes du Tour de France 2026, permettant de visualiser ou télécharger ce livret par étape ou en intégralité.»

-----------------------------------------
Par LE PAPE XIV

Le pape, dans son encyclique récemment publiée, vante les vertus de la connaissance, c’est-
à-dire de ses acquis successifs, de ses progrès, de ses méthodes, de ses effets sur les individus
et les sociétés, de sa transmission de généraons en généraons. Autrement dit il vante les
vertus de la science. Cela jusfie que la présente note de lecture ait sa place parmi les notes
de lecture de l’Afas.
Voici deux citations à l’appui de ce constat :
« 24. Nourrie par ce dialogue fécond entre l’Évangile et les savoirs humains, l’Église a progressivement approfondi sa Doctrine sociale, faisant mûrir au fil du temps un patrimoine de sagesse doté d’une cohérence théologique et anthropologique enracinée dans la vision chrétienne de la personne. »
« 25. La compréhension de la vérité, comme un don à partager et non comme une possession à revendiquer. »
La tâche du pape n’est pas aisée.
Il y a plusieurs raisons à cela.
L’une de ces raisons est que, justement, il est pape et que, par la force des choses, il emploie un langage qui, bien que se voulant à valeur universelle, peut rebuter athées et rationalistes purs et durs. Il parle de dieu en effet, du dieu des Chrétiens, comment pourrait-il en être autrement ? Or qui est-il, ou qu’est-il, ce dieu créateur de toutes choses pour ceux qui ne croient pas en lui ? En première approximation, il n’est pas autre chose que la force téléonomique que Jacques Monod cherche à décrire dans Le hasard et la nécessité. Disons-le ainsi : il y a eu un commencement, il y a une évolution, les choses sont ce qu’elles sont… et nous ne savons pas pourquoi, et cela, que l’on personnifie ou non ce mystère, que l’on divinise ou non ce pourquoi sans réponse, n’interdit pas de réfléchir, tous, ensemble, aux causes et aux effets observables.
Une autre de ces raisons est que son domaine est l’anthropologie et que l’anthropologie, science humaine par excellence, ne fait pas partie des sciences dites « dures ». Son objet n’étant pas l’étude de corps inertes mais l’étude des êtres humains, l’objectivité du sujet observant est mise à rude épreuve. Il est d’autant plus important de faire cet effort d’objectivité auquel invite Magnifica Humanitas.
Une autre encore vient de la nécessaire humilité, indispensable à l’élaboration du savoir. Comment être pape, successeur de Pierre, chef d’une église qui compte près d’un milliard et demi de fidèles et, à la fois, être humble ? Léon y répond, et même s’il utilise à diverses reprises le « je », et même s’il assume certaines des fautes commises par l’Eglise au cours de l’Histoire, en se plaçant systématiquement dans la lignée de ses prédécesseurs, très abondamment cités, ainsi bien sûr que dans la lignée des textes bibliques, très abondamment cités aussi.
Une autre est l’idée-même de vérité qui, dans ce qu’elle a d’absolu, n’a pas bonne presse de nos jours, où opinions et certitudes tiennent lieu trop souvent de vérité et où chacun d’ailleurs, aveugle sur lui-même, est si prompt à accuser autrui de croire détenir, lui, la vérité. Le pape y répond par une jolie formule, voir ci-dessus : la vérité est un don à partager, pas un bien à revendiquer.
Une autre enfin vient de ce que son propos peut être lu comme un tissu de lieux communs pleins de bonnes intentions, comme une longue litanie moralisante de recommandations qui n’engagent que leur auteur… Il serait dommage de se limiter à une telle lecture.
Dès la première ligne de son encyclique le pape mentionne deux récits bibliques, celui de la tour de Babel dans la Genèse et celui de la reconstruction de Jérusalem dans le livre de Néhémie.
La tour de Babel est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire, à savoir se laisser guider par l’orgueil et se croire capable de réalisations surhumaines, extravagantes, démesurées, impossibles.
À l’opposé, la reconstruction, pierre après pierre, avec la participation de tous, de la maison humaine commune est l’exemple à suivre.
Cette alternative, Babel ou Néhémie, est présente en filigrane d’un bout à l’autre du texte. Soit l’orgueil de la foule guidée par quelques-uns, l’inévitable effondrement, le retour à la barbarie dans son flot de larmes et de sang, soit tout au contraire la modeste et opiniâtre participation de tous à une construction pérenne, solide, à échelle humaine. Le pape, par ces images venues de loin et dont l’actualité renforce la pertinence, nous montre le choix devant lequel nous sommes, tous et chacun, placés. Il insiste sur le « tous et chacun » et nous met tous, lui compris, devant nos responsabilités : que nous soyons nations, ou communautés, grandes ou petites, ou églises, ou autres institutions, ou associations, ou simples individus, la responsabilité est nôtre.
La si nouvelle et tellement toute-puissante IA est, comme on sait, au cœur de l’encyclique Magnifica Humanitas. Elle y est abordée comme toute technique toujours devrait l’être : en cherchant en elle, non pas d’abord l’efficacité et le profit, mais ce qu’elle peut apporter à l’humanité et à la dignité humaine.Deux citations pour conclure, en espérant avoir, par ce rapide aperçu, donner envie de lire et méditer, sur un sujet essentiel, ce long texte papal très riche et très rigoureusement construit :
« 233. Aucun système de calcul, aussi sophistiqué soit-il, ne génère un cœur qui se donne, ni une conscience qui discerne le bien. Même lorsque les machines excellent en efficacité, le centre de l’histoire reste un visage humain qui demande à être regardé. Ce visage humain est la plénitude vers laquelle l’histoire avance. »
« 238. Éduquer les nouvelles générations à croire que l’évolution des technologies ne suit pas un parcours inévitable, mais peut être orientée par la responsabilité personnelle et collective, constitue l’un des services les plus précieux au bien commune".
Denis Monod-Broca
-----------------------------------------



