Depuis 1872, l’Association française pour l’avancement des sciences (AFAS) assure la promotion des sciences et des techniques auprès de tous les publics.
Prochains évènements
Derniers articles
Les publications mises en ligne sur ce site expriment les opinions de leurs auteurs et pas nécessairement celles de l’AFAS.
Dernières notes de lecture
Thérése Encrenaz et Athéna Coustenis
(Eyrolles, 29,90€)
Ne dites plus E.T., pensez Z.H. Une vie extraterrestre ? Imaginez plutôt ce qu’est une “Zone Habitable” ! Vous aurez ainsi saisi la tendance et le vocabulaire scientifiques d’aujourd’hui, comme évoqués dans “L’énigme de la vie dans le cosmos” qu’ont fait paraître Thérèse Encrenaz et Athena Coustenis.
Soyons honnête, on ne va pas ici vous divulgâcher (“spoiler”) la lecture de cet ouvrage de premier plan, élaboré par deux éminentes astrophysiciennes françaises, l’une spécialiste des atmosphères planétaires, l’autre de l’exploration du système solaire (1). Non, on ne vous révélera pas leur avis donné au chapitre 12 (le dernier), à la page 214, sur les 240 que compte le livre… Mais on signalera pour les dépités trépignant à la question “ une vie extraterrestre est-elle possible ? ”, que les deux auteures ont un propos amène : “On trouve dans la littérature d’aujourd’hui des avis curieusement tranchés sur la question”, écrivent-elles. Autrement dit, il y a ceux qui croient à la vie ailleurs et ceux qui n’y croient pas.
Attachez vos ceintures. Si on en restait là, avec ce seul constat, on ne rendrait pas grâce à la qualité supérieure de cet ouvrage. Les attentifs auront sûrement remarqué qu’il possède un sous-titre majeur : « À la recherche d’autres mondes habitables ». Et ce que proposent en effet ces 240 pages n’est rien de moins qu’un grand voyage dans le temps et l’espace. Encrenaz et Coustenis elles-mêmes l’ont voulu, qui lancent page 31 à celles et ceux qui les auront suivies : “Attachez vos ceintures”. Car nous sommes toutes et tous invités à un dépaysement extrême. À (re)visiter autrement le système solaire, découvrir s’il s’y cache des sites habitables, recélant des trésors d’eau liquide (c’est mieux pour voir émerger la vie). Nos pilotes astrophysiciennes vont alors s’envoler vers les lunes de Jupiter, Europe, Callisto, Ganymède ; ou encore vers le monde de Saturne, Titan et Encelade.
Plus de 7500 exoplanètes. Si ça ne suffisait pas, cap hors de chez nous ! Car la recherche est désormais majeure pour découvrir si la vie a pu émerger autour de lointaines étoiles, sur les exoplanètes – 7500 confirmées à l’automne 2025. Grâce aux télescopes les plus puissants, type James Webb (Nasa), et avec la compréhension fine de quelles molécules rechercher, l’espoir est là de détecter des “biosignatures”. L’ouvrage détaille les difficultés de ces détections, les images souhaitées qui ne deviendront possibles que dans le futur… L’enthousiasme et l’allant dont les deux spécialistes font preuve dans leur écriture est à la hauteur. L’édition aussi, qui scinde les entrées illustrées des 12 chapitres en propos personnalisés et directs et explications scientifiques posément formulées. Exemple des premiers : “Sans doute vous posez-vous – comme nous tous – la question : existe-t-il dans l’Univers des formes de vie intelligente ? Et si la réponse est oui, serons-nous un jour en mesure de communiquer avec des civilisations extraterrestres ?” Et pour les seconds, ces phrases sur la définition de la vie (dont on ne saurait minimiser la difficulté à la formuler !) : “Un ensemble de matière organique [...], qui se combine avec l’eau liquide et, grâce à des sources d’énergie, conduit à l’émergence d’organismes vivants”. Aimez-vous les CHNOPS ? Ces composants chimiques (carbone, hydrogène, azote, oxygène, phosphore, soufre) qui forment la matière organique, sont ainsi à retrouver dans le chapitre 2 sur l’apparition de la vie, où il est question aussi bien de chimie prébiotique que de code génétique, de chimie atmosphérique que de serpentinisation (2)... On se plaît à penser que des professeurs de lycée, et pourquoi pas certains professeurs des écoles, s’emparent de ces textes pour faire rêver et impliquer leurs élèves !
Zone habitable galactique ? D’autant qu’à travers l’ensemble de l’ouvrage, on peut découvrir d’autres pépites : une centaine d’infographies de tailles variables (moins d’un quart de page comme double page), dont certaines sont très étonnantes : ainsi, cette figure pages 48-49 de “la zone d’habitabilité (ZH) d’un système planétaire (barre grisée) exprimée en unité astronomique, en fonction de la masse d’une étoile quelconque (exprimée par rapport à la masse solaire)”. Ou encore ce “schéma de la zone habitable galactique (en vert), placée à une distance moyenne de 25000 années-lumière du centre galactique”. La zone habitable galactique ? En aviez-vous jamais entendu parler ? De fait, cette ZHG a “suscité un certain scepticisme” et la notion “reste très spéculative”, précisent Encrenaz et Coustenis.
Leur ouvrage ne cache rien des multiples interrogations des scientifiques, c’est d’ailleurs ainsi qu’avance la science. De pensées audacieuses – Epicure, au IVe-IIIe siècle avant notre ère, écrit qu’il y a un « nombre infini de mondes semblables au nôtre et un nombre infini de mondes différents », Giordano Bruno qui “suggère que les étoiles sont des soleils, sans doute entourées de planètes peut-être habitées”, idées hérétiques qui le conduiront au bûcher - jusqu’aux preuves apportées par l’observation et les expériences – la fameuse découverte de Michel Mayor et Didier Queloz, en 1995 - de la première exoplanète orbitant autour d’une étoile, nommée 51 Peg, similaire à notre Soleil. Cela leur a valu le Nobel.
Colonisation spatiale. L’ouvrage consacré à la recherche de la vie en dehors de notre planète ne pouvait pas ne pas poser LA question “à rebours” : celle de la “colonisation spatiale” par les humains. De la découverte de nouveaux mondes, pas seulement par une exploration robotique. Un long encadré “L’homme sur Mars, est-ce possible, est-ce souhaitable ?” du chapitre 10 “Voyager toujours plus loin”, est à lire, qui renvoie vers des ouvrages détaillant les difficultés techniques de pareille épopée, promue ces derniers temps par Elon Musk (3). Les auteures, en début de chapitre, ne se dorent certainement pas la pilule. Ce rêve millénaire de colonisation spatiale a des motivations prosaïques : “Le prestige d’une nation, sa puissance économique et politique”. Et de constater qu’alors, “les aspects scientifiques sont loin d’être prioritaires, et la communauté scientifique est divisée sur la colonisation spatiale”. Une chose est sûre : ces deux scientifiques, avec cet ouvrage si riche, permettent à un grand public d’accéder à la compréhension d’une multitude de recherches de pointe, portées par cette question de la vie extraterrestre qui hante l’humanité depuis l’Antiquité.
Dominique Leglu
-----------------------------------------
1.“Nous ne vivrons pas sur Mars, ni ailleurs”, par Sylvia Ekström et Javier G. Nombela, préface de Michel Mayor https://www.editionsfavre.com/livres/nous-ne-vivrons-pas-sur-mars-ni-ailleurs/
2.La serpentinite est une roche dont l’altération hydrothermale conduit à des conditions propices à l’émergence de la vie.
3.Thérèse Encrenaz a dirigé le département de recherche spatiale de l’Observatoire de Paris-PSL. Athena Coustenis est directrice de recherche CNRS à l’Observatoire de Paris-PSL. Elle dirige ou a dirigé plusieurs comités à l’ESA (agence spatiale européenne) et au CNES (centre national d’études spatiales)
Abdel Aouacheria

L'auteur Abdel Aouacheria consacre les 400 pages de cet ouvrage à nous expliquer que : " la mort jusque dans la cellule ne nous parle que de vie", comme le dit, si justement, Edgar Morin dans sa préface !
Le livre commence par un récit historique de la prise en compte du concept scientifique de mort cellulaire ou apoptose (terme introduit en 1972 par Kerr, Wyllie et Currie) , histoire qui commence en 1842 avec le biologiste allemand Carl Vogt et qui connaît de nombreux développement durant le 19ième et vingtième siècle , aujourd'hui de nombreux travaux de recherche de par le monde sont consacré à l'apoptose, débouchant sur de nombreuses découvertes telles que le traitement du cancer, le soin de maladies neurodégénératives, la conception de nouveaux antibiotiques etc...
Ce livre est un plaidoyer argumenté pour la thèse "métabiologique" qui considère la mort comme un phénomène "vitafère" ( servant la vie) par lequel la vie se renouvelle : l'apoptose est un allié de la vie lui permettant d'éliminer les cellules dangereuses ou inutiles, créer les conditions du renouvellement de certains tissus ou à modeler les organes.
Tout au long de cet ouvrage, l'auteur éclaire la présentation scientifique de l'articulation vie-mort par des considérations sociales , culturelles et philosophiques qui donnent à réfléchir sur cette problématique fondamentale .
La lecture de ce livre implique une vraie concentration pour tous ceux qui n'ont pas de connaissances approfondies en biologie cellulaire , mais même si certains développements scientifiques seront , peut-être , survolés , la thématique mérite largement de consacrer le temps nécessaire à la lecture de cet ouvrage .
Serge Chambaud
-----------------------------------------
Co-auteurs : Tamara Ben Ari, Olivier Berné, Emmanuelle Perez Tisserant

Ce livre est un cri d’alarme. La recherche scientifique subit actuellement des attaques qui mettent son existence en péril, principalement aux USA, et dans une moindre mesure en France. Dans sa préface, la climatologue Valérie Masson-Delmotte cite cette pensée pénétrante d’Hannah Arendt :
« Quand tout le monde vous ment en permanence, […], plus personne ne croit rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion […].Et l’on peut faire ce que l’on veut d’un tel peuple »
Voici pourquoi une science libre, qui a pour mission de ne pas mentir, est l’ennemi des régimes autoritaires. Les trois auteurs, Tamara Ben Ari, Olivier Berné, et Emmanuelle Perez Tisserand, sont chercheurs respectivement en environnement, en astrophysique et en histoire. Ils comparent la situation actuelle avec celle du fameux roman 1984 de George Orwell, dans lequel Big Brother acquiert le contrôle total du peuple avec quelques lignes d’action simples et éprouvées : négation de la vérité, réécriture du passé, appauvrissement du langage, le tout au nom de la liberté. Le « moment orwellien » correspond au glissement d’une démocratie vers un autoritarisme assumé. L’ouvrage se divise en trois parties intitulées : « affaiblir la science », « en finir avec la vérité », « refaire d’Orwell une fiction ».
La première partie est d’abord consacrée à la recherche française, affaiblie, selon les auteurs par l’introduction de la sélection et de la compétition. Un chapitre est aussi consacré au récent feuilleton de la loi Duplomb qualifiée de « déni de science ».
Mais la science est aussi fragilisée lorsque ses résultats sont contestés. Souvent de façon organisée avec la mise en place progressive d’un « doute ». Un processus bien analysé dans un livre américain Les marchands de doute 1 devenu une référence. L’industrie du tabac inaugure la série dans les années 60, en contestant le lien du tabac avec le cancer du poumon. Puis viennent les controverses organisées sur les pluies acides, le trou dans la couche d’ozone, le climat, les pesticides, les vaccins. Les ingrédients de la fabrique du doute restent les mêmes : on conteste certaines données, on amplifie des controverses marginales, on demande des études alternatives, on convainc des personnalités charismatiques parfois scientifiques de témoigner, on établit un réseau de vulgarisateurs, blogueurs, influenceurs, on organise des débats. C’est ainsi qu’une petite minorité parvient à instiller un doute dans le grand public malgré un consensus de 95% des spécialistes du sujet.
La deuxième partie du livre décrit la phase beaucoup plus radicale, qui vient de surgir aux USA avec le second mandat de D. Trump. La diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux est désormais facilitée. Toutes les recherches sur le climat sont terminées, y compris les missions spatiales de mesures et d’observations. Un rapport officiel de 140 pages est émis, qui minimise les émissions des gaz à effet de serre : il contient pas moins de « centaines d’erreurs ou de fausses informations » selon un contre-rapport écrit par 85 scientifiques. Les échanges avec l’étranger doivent désormais être documentés. Certains mots sont interdits dans les documents fédéraux. Un sentiment général domine chez les chercheurs : la peur.
Dans le domaine de la santé, le mouvement MAHA2 regroupe militants anti-vaccin et critiques de l’industrie pharmaceutique. Sans aucune preuve, le ministre R. Kennedy Jr, prétend, qu’il y a un lien entre le paracétamol et l’autisme, et doute de l’efficacité du vaccin de la rougeole. Le responsable de la supervision des vaccins, P.Marks, démissionne et accuse : « il est devenu clair que la vérité et la transparence ne sont pas désirées par le ministre, mais qu’il souhaite au contraire une confirmation servile de ses fausses informations et mensonges ». La Directrice du Centre du contrôle des maladies (CDC) 3 allègue avoir été congédiée pour « avoir tenu la ligne de l’intégrité scientifique ».
Ces mesures et positions anti-scientifiques n’arrivent pas par hasard. Il existe aux USA nombre de mouvements idéologiques « libertariens » qui veulent réduire le rôle de l’état à presque zéro, casser le système universitaire (qui fait pourtant l’admiration du monde entier !), et réécrire l’histoire. Des programmes sont élaborés dans des think tanks, des congrès, des instituts de formation et un réseau mondial (Atlas) qui a ses relais en France. J.D.Vance est issu de cette mouvance et annonce : « Les universités sont l’ennemi » (2021) Un exemple : Le mouvement Dark Enlightment (Lumières sombres, en réaction aux valeurs des Lumières) est explicitement antidémocratique, inégalitaire, obscurantiste, et prône la suppression totales des universités.
Dans la troisième partie du livre, les auteurs sonnent le signal de la révolte, et du refus d’une neutralité de façade. Quelques actions sont en cours en France: bâtir un système numérique pour la sauvegarde des données climatiques en péril; construire des réseaux de solidarité, comme le mouvement Stand Up for science que les auteurs ont contribué à former. Mais c’est sur le plan politique que les actions seront les plus efficaces, et permettront de « refaire d’Orwell une fiction ». Paradoxalement, les auteurs souhaitent ne pas faire valoir les bienfaits de la science pour la défendre. Par ailleurs, ils reconnaissent (timidement) « une forme de supériorité des connaissances scientifiques » mais affirment plus loin que les scientifiques ne sont pas les « dépositaires d’une vérité supérieure ». Une ambiguïté amplifiée par leur référence au philosophe Bruno Latour, chantre du relativisme scientifique. Ce discours timoré parait peu compatible avec une défense fière et forte de la science, au niveau politique. Enfin, on peut regretter que nos voisins européens soient totalement absents de cette étude.
Malgré ces quelques réserves, cet ouvrage est d’un grand intérêt. Il est factuel, précis et bien documenté. Il est important pour quiconque veut comprendre les menaces qui pèsent sur la science, et par ricochet sur la démocratie.
Pierre Potier
1. The Merchants of Doubt Naomi Oreskes et Erik Conway Bloomsbury Press 2010; traduit en français par J.Treiner, Les Marchands de doute, Ed. Le Pommier 2012
2. MAHA : Make America Healthy Again
3. CDC: Center for Disease Control






