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Yasmine Belkaid
CNRS éditions, 2026

Ce texte court, comme ceux de cette collection ( CNRS Éditions / de Vive Voix) dédiée aux témoignages de chercheurs sur leur parcours, nous entraîne, à travers celui de Yasmine Belkaid, au cœur d’un des grands domaines de l’immunologie : les relations avec les microbes.
Née en Algérie où elle a obtenu une maîtrise de biochimie, aujourd’hui directrice de l’institut Pasteur de Paris, après avoir dirigé le centre d’immunologie humaine du NIH, Yasmine Belkaid aborde à travers ses recherches l’interaction fascinante qu’a le système immunitaire avec le microbiote intestinal, ces ensembles de microbes commensaux, bactéries surtout, qui vivent en nous, par nous, et régulent nombre de nos fonctions. Ces milliards de cellules, infiniment plus nombreuses que les cellules eucaryotes humaines font partie de notre physiologie. Acquises dès l’accouchement, leur nombre et leur qualité fluctuent au cours de la vie et dépend de l’environnement. S’il en existe d’autres, cutané, vaginal, voies aériennes supérieures, le microbiote intestinal est le mieux connu.
Toléré par le système immunitaire et même retenu par lui - à la différence des microbes pathogènes qui sont rejetés - le microbiote intestinal intervient sur sa différentiation, sa fonction, et son éducation, contrôlant cette homéostasie tissulaire entre « soi et non soi ». Or ce microbiote intestinal, part importante des travaux de Yasmine Belkaid, est fortement influencé par la nutrition. Aliments, molécules et vitamines modulent la composition et fonction du microbiote intestinal, agissant alors directement par les métabolites qu’il produit sur la santé humaine et, indirectement, sur le système immunitaire et les relations qu’il a avec les autres tissus.
D’un autre côté, la destruction du microbiote, notamment par les antibiotiques, son dysfonctionnement, l’émergence de populations de microbes plus agressifs, sont à l’origine de diverses pathologies tels que les cancers, maladies auto-immunes, allergiques ou inflammatoires sans compter les relations passionnantes avec celles du cerveau. À ces interactions entre immunité et germes à travers le microbiote, sont venus s’ajouter les travaux de l’équipe sur les relations mère-enfant et celui des infections lors de la grossesse sur le développement fœtal du système immunitaire. Autant de recherches qui sont l’occasion, pour Yasmine Belkaid, de parler du rôle de la science dans la société, des carrières féminines, des rencontres, des talents et de l’action des grandes institutions, dont aujourd’hui celui de l’institut Pasteur; sans oublier les vaccins et la liberté académique en péril. Un livre : celui d’une femme qui a consacré sa vie à la science qui nous conduit au cœur de l’immunologie, aux microbes qui nous gouvernent, et plus largement à l’histoire d’une carrière qui en est le meilleur plaidoyer.
Patrice Debré
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Cătălin Pavel,

Ce livre est un exemple d’ouvrage érudit qui montre une volonté claire de l’auteur de s'adresser à un large public. Universitaire et chercheur, Cătălin Pavel dédie ce travail à ses étudiants de l’université Ovidius de Constanța. L’archéologie est au cœur de cet écrit, construit comme une enquête allant de la Préhistoire à l’Antiquité. À travers la présentation de nombreuses fouilles, l'auteur explore les relations entre les humains et les animaux, avec pour objectif de montrer le « rôle catalyseur des animaux dans notre développement cognitif et émotionnel ».
L'auteur emploie un style personnel et s’implique directement dans son texte, comme l'indiquent les formules : « je dirai d’ailleurs », « je suis prêt à accepter », « je n’aurais jamais imaginé d’ailleurs » ou « j’ai peut-être un peu trop insisté ». Cette approche interpelle le lecteur et l’invite à réagir, donnant parfois l'impression d'une conversation avec l'auteur. Ce ton est accompagné de touches d'humour, notamment lorsque Pavel explique avoir testé le confort d'une niche pour chien qu'il avait lui-même fabriquée. Il formule également des remarques ironiques sur sa propre discipline (page 428 : « trop d’os, quand même ») et termine son ouvrage par une comparaison avec des chaussettes. Le livre, qui compte près de 460 pages, est organisé en huit chapitres. Le premier est consacré à l’archéozoologie, tandis que les sept suivants traitent d’une espèce ou d’une catégorie d'animaux :
- Chapitre 2 : Baleines, dauphins et un petit poisson
- Chapitre 3 : Le chat
- Chapitre 4 : L’ours
- Chapitre 5 : Le chien
- Chapitre 6 : Le hérisson
- Chapitre 7 : Le cheval
- Chapitre 8 : Les oiseaux
La bibliographie d’une vingtaine de pages apporte des références pour chaque chapitre. Elle rassemble des travaux anciens (remontant à 1909) et d'autres plus récents (jusqu'à 2020), l'ouvrage étant paru en 2021. En revanche, le livre contient peu d'illustrations – au mieux une par chapitre –, bien qu'il mentionne des pièces muséales visibles à New York, Rome ou Athènes. Au fil des chapitres, on apprend que la domestication du chat se situe vers l’an 2000 avant J.-C., que les hommes ont joué avec la plupart des animaux et qu'ils les ont « presque tous mis en rapport avec les dieux ».
Le chapitre d'une trentaine de pages sur le hérisson indique que cet animal aurait joué un rôle notable dans l’évolution humaine. L’auteur formule des hypothèses quant à la présence de mandibules près de corps inhumés à la fin du Paléolithique, ou sur l’utilisation de la graisse de hérisson à partir de chantiers de fouilles situés en Italie, en France ou au Danemark. On y retrouve aussi une mention d'Aristote qui, dans l’Histoire des animaux, écrivait qu'il était possible de prédire les changements de temps selon la position des hérissons dans une maison. Des questions sont également posées sur l’efficacité des huiles extraites de leurs piquants ou de leur chair contre la calvitie, l’incontinence urinaire ou la folie.
Le chapitre consacré au chien, d'une centaine de pages, présente également de nombreux récits. Cet animal est apparu vers la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 12 000 ans, et on dénombre environ quatre cents races de chiens aujourd'hui. C’est l’animal que l’Homme a le plus souvent enterré, mais aussi l’espèce domestique sur laquelle l’auteur note le plus grand nombre de fractures du crâne. À partir de découvertes faites entre 1985 et 1992 dans le plus grand cimetière de chiens de l’Antiquité, l’auteur avance des hypothèses religieuses (offrandes à un dieu), fonctionnelles (exportation de chiens par les Phéniciens) ou liées à la perception des chiens comme des personnes. En Bretagne, région qui fournit un matériel archéologique important, une étude suggère une corrélation entre les chiens et la guérison.
En conclusion, cet ouvrage est susceptible d'intéresser les archéologues, les historiens ainsi que les scientifiques, car il y est question d’ADN, d’os, d’anatomie et de descriptions d'espèces. Si l'on peut regretter l'absence de supports visuels complémentaires — notamment une frise chronologique qui aurait aidé le lecteur non spécialiste à se repérer dans les périodes archéologiques —, cette lacune est atténuée par la structure de l'ouvrage. Les animaux et nous, une enquête archéologique propose différents niveaux de lecture selon le degré d'érudition et de curiosité du lecteur. Les spécialistes y trouveront des données scientifiques précises, tandis que les lecteurs profanes pourront suivre le texte grâce au ton direct de l'auteur et aux faits rapportés. En somme, Cătălin Pavel montre que l'histoire de l'animal éclaire celle de l'évolution humaine, faisant de cette étude une contribution utile à la réflexion anthropologique actuelle..
Martine Courtois
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Présentation des résultats d’un projet de recherche interdisciplinaire sur l’argent en tant que métal et monnaie.

Avec ce livre, Francis Albarède, géochimiste à l’ENS de Lyon au sein du laboratoire de Géologie de Lyon – Terre, Planètes, Environnement – et membre de l’Académie des sciences, propose à la fois le bilan d’un grand projet de recherche interdisciplinaire et une analyse à grande échelle, mais accessible à chacun, d’une question dont la simplicité n’est qu’apparente : pourquoi utilise-t-on de la monnaie et, plus spécifiquement, pourquoi a-t-on, jusqu’à récemment, utilisé un métal bien précis, l’argent, pour produire cette monnaie ?.
Cette question amène à un panorama plus vaste, alliant archéologie, histoire, économie, géologie et géochimie. L’auteur aborde toutes ces disciplines, sans aller au-delà de ce que peut en saisir un lecteur cultivé mais profane pour chacune. La géochimie n’y est présentée que comme une source d’informations parmi les autres, porteuse d’éclairages spécifiques et originaux, mais complémentaire plutôt que révolutionnaire.
Le propos du livre se concentre géographiquement sur le pourtour méditerranéen, mais se permet aussi des excursions vers la Chine. De même, historiquement, l’étude se penche principalement sur les civilisations antiques : empires mésopotamiens puis perse, cités grecques et empire macédonien, enfin période romaine, mais explore aussi l’époque médiévale et va finalement comparer le fonctionnement de ces économies anciennes, aux principes conservés pendant des siècles, à l’économie actuelle financiarisée, où la monnaie a perdu sa matérialité.
L’ouvrage commence par expliciter les raisons qui ont amené les civilisations antiques à utiliser des métaux, et un tout particulièrement – l’argent (Ag, numéro atomique 47, masse atomique 107,8681 g/mol), pour leurs échanges commerciaux ou pour payer les impôts et les tributs exigés des vassaux par les suzerains, puis pourquoi aux échanges d’argent au poids s’est substitué le monnayage, c’est-à-dire l’utilisation de morceaux de métal de poids et de teneur en argent convenus, portant des poinçons par lesquels l’instance étatique garantit leur valeur. À travers l’épisode historique de la conquête de la Perse par Alexandre le Grand en 330 av. J.-C., l’auteur oppose les deux stratégies étatiques de circulation de l’argent : la thésaurisation, sous forme d’immense trésor blotti dans les coffres des capitales perses, somme des impôts prélevés par la Perse sur ses vassaux, et par lesquels, en limitant leurs moyens monétaires, elle réduit leur activité économique et par là assure leur dépendance. Alexandre, en mettant la main sur cet « Everest d’argent » (p. 25), va financer ses opérations militaires mais aussi alimenter l’économie de son empire naissant par l’émission massive de monnaie, les tétradrachmes à son effigie.
La suite du livre s’intéresse à l’histoire de cette utilisation de l’argent, aux changements des sources d’approvisionnement en argent et aux conséquences sociales et économiques de cet usage. Il discute notamment de la concurrence que lui fait l’or avec le choix, dès Crésus puis par nombre d’autres états, du bimétallisme (or et bronze) au lieu de l’argent seul. Le bimétallisme semble notamment accompagner, ou susciter, une creusement des inégalités et la séparation d’une élite riche, utilisant l’or, et d’une population majoritaire moins aisée, échangeant des monnaies de bronze.
Le dernier chapitre, quant à lui, se concentre sur l’économie et sur la transformation consécutive à l’abandon du métal comme étalon de valeur de la monnaie.
Les explications de ce livre sont donc accessibles à quasiment tous les lecteurs et encore facilitées par un glossaire, court mais utile, et plusieurs frises chronologiques qui permettent de faire les liens nécessaires entre les histoires antiques mésopotamiennes, grecques, égyptiennes et romaines. Mais on peut a contrario reprocher à l’auteur de n’en dire que très peu sur le programme de recherches pluridisciplinaires SILVER, évoqué en avant-propos et dont l’ouvrage constitue une sorte de résumé conclusif. De même, le géochimiste comme le géologue paraissent s’être réfrénés, ou s’être volontairement mis en retrait en écrivant ce texte : si les isotopes de l’argent ou du plomb, et leur intérêt dans cette recherche des usages de l’argent au cours de l’histoire, sont bien mentionnés, le lecteur ne trouvera pas ici les principes de base de leurs fractionnements, ni le moindre détail des longues procédures de purification chimique et de mesures spectrométriques nécessaires pour les « faire parler ». Et pas grand-chose non plus sur les hypothèses effectuées ou les modèles privilégiés dans ces recherches. Ce qui, finalement, fait de ce livre un objet un peu étrange, touche-à-tout sans aller vraiment dans les détails, utile comme une introduction vers des champs d’étude plus vastes, mais peut-être un peu court pour le novice intéressé et trop léger ou trop simplificateur pour le connaisseur de l’un ou l’autre des domaines. Évidemment, la bibliographie en fin d’ouvrage permet à chacun d’aller plus loin. Si, donc, un expert peut rester sur sa faim concernant son domaine, c’est pour tous une vision interdisciplinaire intéressante qui permet d’appréhender la richesse d’une telle combinaison d’approches et d’aborder les bases de disciplines diverses.
F. Albarède, 2026. La Naissance de l’argent – Le métal qui a changé le cours de l’histoire, Armand Colin, 336p (livre et ebook)
Pour compléter cette lecture, on pourra visionner une présentation de ce travail lors d’un séminaire à l’ENS de Lyon fin 2023, suivie de la reproduction d’un entretien donné par l’auteur sur le projet de recherche, en consultant la ressource : Quand l’argent devint monnaie.

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