Notes de lecture

Les membres de l’Afas publient régulièrement des notes de lectures. Elles sont à retrouver ici.

Par LE PAPE XIV



Par Marc Lachièze-Rey 

(DUNOD, 21.90 €)



Dès le 17ème siècle des machines exploitant la vapeur avaient été conçues. Le physicien Denis Papin (1647-1713) fut un précurseur, suivi par le pasteur Thomas Newcomen constructeur de  la première machine industrielle en 1712. Comment transformer efficacement de la chaleur issue d’une ‘’source chaude’’ en travail utilisable ? Telle était la question que se posaient les physiciens au début du 19ème siècle. Les échanges entre chaleur et travail sont à l’origine de la thermodynamique. Le  physicien Sadi Carnot (1796-1832) jette les bases de cette nouvelle discipline. William Thomson (1824- 1907 anobli Lord Kelvin) s’appuyant sur les travaux de Joule, énoncera la formulation des deux principes. Il en attribua la paternité à Joule, Carnot et au physicien Claudius (1822-1888).

Premier principe : l’énergie ne peut être ni créée ni détruite ; elle ne peut que changer de forme. Dans tout processus il y a autant d’énergie à la fin qu‘au début, mais sa valeur absolue n’est pas précisée, car on ne traite ici que des variations d’énergie. L’énergie intervient dans tous les échanges. Ainsi pour maintenir le travail du métabolisme, notre organisme absorbe l’énergie contenue dans les végétaux, eux-mêmes chargés d’énergie acquise par la photosynthèse des rayons du Soleil, seule et unique source d’énergie de la vie sur Terre.

Le second principe est analysé sous l’angle de l’entropie. Identifiée par Claudius en 1865, cette grandeur est difficile à interpréter. On se bornera ici à ne citer que deux corolaires du second principe : i) la variation d’entropie d’un système isolé ne peut être négative et conséquemment la chaleur ne peut être transférée que d’un corps chaud à un corps froid ;  ii) inexistence du mouvement perpétuel. La thermodynamique et le concept d’entropie réapparaitront en trame de fond dans la suite du livre, montrant l’importance que leur accorde l’auteur.Anticipant sur la prochaine section qui établit l’identité entre masse et énergie, on retiendra que c’est la fraction utilisable de l’énergie d’un objet  qui est évoquée dans le langage courant. Elle est infime par rapport à la masse de l’objet : à masse égale, elle est de quelques millionièmes pour l’uranium, de quelques milliardièmes pour le pétrole, nulle pour des gravats.

Changement d’échelle au chapitre 3 : l’énergie y est analysée à la lumière des théories relativistes. Un objet perd de la masse quand il émet de l’énergie. Cette constatation est à l’origine de l’équation d’Einstein E = mc2 ou, dans sa version débarrassée de c (facteur de conversion d’unités), E = m. Le statut de l’énergie semble  définitivement scellé : masse et énergie se confondent (ce qui permet aux physiciens d’exprimer la masse d’une particule en unité d’énergie : 1 GeV pour le proton). Issue de la théorie de la relativité restreinte, c’est la théorie de la relativité générale qui donne son sens le plus profond à cette relation par le fait que masse et énergie produisent les mêmes effets gravitationnels ou encore, comme l’énergie, que la masse varie avec le mouvement.Dans le monde relativiste, l’énergie perd son caractère absolu : elle devient dépendante de l’observateur et de la gravitation. Elle ne peut-être isolée de l’espace et du temps. Elle y est formulée comme un objet mathématique: le quadrimoment. La loi de conservation de l’énergie devient alors la conservation du quadrimoment- énergie.

Le chapitre 4 développe amplement le rôle de la gravitation dans le cosmos. Les phénomènes les plus violents connus dans l’univers, telles les explosions de super nova ou la fusion de trous noirs s’analysent en termes de transformation ou de transferts d’énergie. Thermodynamique et entropie des trous noirs y sont traités pour poser les  bases d’une thermodynamique gravitationnelle, qualifiée de discipline en devenir.Le chapitre 5 est une revue exhaustive de l’état des connaissances en physique quantique. A l’origine de la théorie : la quantification de l’énergie mise en évidence par Plank en 1900, confirmée par Einstein en 1905. Elle est  consacrée par la formule E = hn. Les étrangetés de la physique quantique y sont revisitées sous l’angle de l’énergie, pour aboutir à la nécessité d’une thermodynamique quantique en lien avec l’entropie et l’information quantique. S’en suit une exploration de la relation d’incertitude temps-énergie.Le chapitre 6 explore la question fondamentale de la gravité quantique. L’auteur s’y montre critique à l’égard des approches visant à résoudre les difficultés actuelles de la physique quantique, plutôt que de s’occuper du temps et de la gravitation qui seraient traités dans le cadre d’une nouvelle théorie de gravité quantique. La gravité quantique en boucle semble avoir la faveur de l’auteur.

Nicolas Coltice



Gérard Guerrier

(Paulsen , 22 €)



Thérése Encrenaz et Athéna Coustenis - (Eyrolles, 29,90€)

Dans le cadre de la conférence au CNAM le 21 mai : ici



Abdel Aouacheria

(Belin, 24 €)



Co-auteurs : Tamara Ben Ari, Olivier Berné, Emmanuelle Perez Tisserant

(éditions SEUIL, 2026, 19€)



(Antoine Balzeau et Tiphaine Derrey)

(Belin, 20 €)



Par Louis Mc Dougall

Amélie Vialet et Emma Baus

(Albin Michel, 24.90 €)



Qui était cet Homme, ancêtre probable de Néandertal, qui a réussi à vivre dans une Europe froide sans maîtriser le feu il y a plus de 500 000 ans ? À quoi ressemblait-il ? Pratiquait-il l’art ? Ce sont toutes ces questions et bien d’autres encore auxquelles ce livre répond, en décortiquant point par point tous les indices laissés par Homo heidelbergensis, tous les os, tous les fragments associés et retrouvés dans la Caune de l’Arago (Tautavel, Pyrénées-Orientales). Une épopée magnifiquement illustrée et émouvante sur l’aube de notre humanité.

Emma Baus a écrit et réalisé une vingtaine de documentaires pour la télévision tournant autour de la nature et des sciences. Amélie Vialet est paléoanthropologue. Les deux ont coécrit ce livre qui vient compléter un documentaire diffusé par Arte et intitulé Tautavel – Vivre en Europe avant Néandertal.

Le livre est magnifiquement illustré de très belles photographies, de dessins et d’images de reconstitution 3D des crânes, des visages, des os…

L’histoire que nous racontent les deux autrices reconstitue l’environnement complet de l’homme de Tautavel (Homo heidelbergensis), de la découverte de la grotte, à son portrait, ses conditions de vie, ses outils, ses proies, etc. Elles évoquent aussi ses capacités à parler et elles interrogent sur les fondements même de l’humanité, sur nos croyances et nos pratiques les plus ancestrales : la pratique du cannibalisme, la possibilité de rites mortuaires et la preuve d’altruisme, avec la découverte du crâne d’une fillette âgée de 9 à 11 ans souffrant d’une pathologie grave (la craniosynostose) qui la rendait complètement dépendante des autres membres du groupe.

Cette épopée se lit quasiment comme un roman policier, les autrices exposant comment les technologies les plus récentes utilisées décryptent et apportent des preuves de vie, de comportement. Le travail des paléoanthropologues est présenté de façon simple mais précise, dans toute sa complexité d’interprétation et les nombreuses interrogations qui subsistent ne sont pas du tout masquées mais au contraire contribuent à enrichir la réflexion du lecteur.

Petit à petit, cet ancêtre de Néandertal, qui vécut en Europe entre environ 700 000 et 300 000 ans avant le présent, nous devient plus familier et concret.

Son livre se lit donc comme une petite pépite, à déguster tranquillement, de préférence, installé à côté d’une rivière…

Par Valérie Boutin

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Bill François

(Albin Michel, 20.90 €)



Ce livre a comme sous-titre Confidences du peuple des rivières. Tout un programme ! Il fourmille de petites anecdotes naturalistes sur tous les habitants des rivières, dans le monde entier. L’auteur parle des mœurs des habitants aquatiques, de préservation d’espèces, de coutumes ancestrales, mais aussi de pollution, de bétonisation, de changement climatique… Une lecture pas si légère que cela et qui donne à réfléchir.

Bill François, ancien élève de l’École normale supérieure, a déjà publié plusieurs livres naturalistes ayant connu un beau succès, comme Les Génies des Mers, Le Plus Grand Menu du Monde et L’Éloquence de la Sardine. Celui-ci connaîtra probablement le même sort ! L’ouvrage traite de la vie dans les rivières et les fleuves et apporte une foison d’anecdotes sur les animaux, petits et grands qui les peuplent. Chaque chapitre débute par un petit aperçu de quelques moments de la vie de deux truites, Fario et Trutta, depuis leur éclosion jusqu’à leur fin. Puis, les chapitres détaillent l’un des aspects de leur vie en digressant sur d’autres animaux. L’auteur a réalisé quelques croquis qui parsèment les pages. Un flashcode au tout début apporte des images, des vidéos et des ressources documentaires complémentaires. C’est peut-être le seul bémol de ce livre. Le lecteur n’a pas forcément envie de prendre son téléphone ou son ordinateur avec lui quand il lit un livre papier, ni de passer de la page imprimée à l’écran pour compléter sa lecture. Il peut donc se sentir un peu frustré de ne pas avoir les informations disponibles sur la page directement.

Toutefois, le titre a un parfum de mystère, et il perdure longtemps avec cette histoire de perroquet : ce n’est certes pas le premier animal auquel on pense quand on doit citer des habitants des rivières… Ce mystère se résout à la fin du livre où l’on découvre comment la vie de certains perroquets est intimement associée à la vie de la rivière !

En tout cas, Bill François est passionné par les animaux aquatiques et il est passionnant. Ses histoires sur les deux silures du bras du Pont Marie, tailladés par les hélices des bateaux, ainsi que sur les bancs de gardons et de brochets du canal Saint-Martin ou encore sur tous les autres habitants de la Seine, donnent à voir un Paris bien différent de celui des cartes postales.

Son livre se lit donc comme une petite pépite, à déguster tranquillement, de préférence, installé à côté d’une rivière…

Par Valérie Boutin

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