Les membres de l’Afas publient régulièrement des notes de lectures. Elles sont à retrouver ici.
Par LE PAPE XIV

Le pape, dans son encyclique récemment publiée, vante les vertus de la connaissance, c’est-
à-dire de ses acquis successifs, de ses progrès, de ses méthodes, de ses effets sur les individus
et les sociétés, de sa transmission de généraons en généraons. Autrement dit il vante les
vertus de la science. Cela jusfie que la présente note de lecture ait sa place parmi les notes
de lecture de l’Afas.
Voici deux citations à l’appui de ce constat :
« 24. Nourrie par ce dialogue fécond entre l’Évangile et les savoirs humains, l’Église a progressivement approfondi sa Doctrine sociale, faisant mûrir au fil du temps un patrimoine de sagesse doté d’une cohérence théologique et anthropologique enracinée dans la vision chrétienne de la personne. »
« 25. La compréhension de la vérité, comme un don à partager et non comme une possession à revendiquer. »
La tâche du pape n’est pas aisée.
Il y a plusieurs raisons à cela.
L’une de ces raisons est que, justement, il est pape et que, par la force des choses, il emploie un langage qui, bien que se voulant à valeur universelle, peut rebuter athées et rationalistes purs et durs. Il parle de dieu en effet, du dieu des Chrétiens, comment pourrait-il en être autrement ? Or qui est-il, ou qu’est-il, ce dieu créateur de toutes choses pour ceux qui ne croient pas en lui ? En première approximation, il n’est pas autre chose que la force téléonomique que Jacques Monod cherche à décrire dans Le hasard et la nécessité. Disons-le ainsi : il y a eu un commencement, il y a une évolution, les choses sont ce qu’elles sont… et nous ne savons pas pourquoi, et cela, que l’on personnifie ou non ce mystère, que l’on divinise ou non ce pourquoi sans réponse, n’interdit pas de réfléchir, tous, ensemble, aux causes et aux effets observables.
Une autre de ces raisons est que son domaine est l’anthropologie et que l’anthropologie, science humaine par excellence, ne fait pas partie des sciences dites « dures ». Son objet n’étant pas l’étude de corps inertes mais l’étude des êtres humains, l’objectivité du sujet observant est mise à rude épreuve. Il est d’autant plus important de faire cet effort d’objectivité auquel invite Magnifica Humanitas.
Une autre encore vient de la nécessaire humilité, indispensable à l’élaboration du savoir. Comment être pape, successeur de Pierre, chef d’une église qui compte près d’un milliard et demi de fidèles et, à la fois, être humble ? Léon y répond, et même s’il utilise à diverses reprises le « je », et même s’il assume certaines des fautes commises par l’Eglise au cours de l’Histoire, en se plaçant systématiquement dans la lignée de ses prédécesseurs, très abondamment cités, ainsi bien sûr que dans la lignée des textes bibliques, très abondamment cités aussi.
Une autre est l’idée-même de vérité qui, dans ce qu’elle a d’absolu, n’a pas bonne presse de nos jours, où opinions et certitudes tiennent lieu trop souvent de vérité et où chacun d’ailleurs, aveugle sur lui-même, est si prompt à accuser autrui de croire détenir, lui, la vérité. Le pape y répond par une jolie formule, voir ci-dessus : la vérité est un don à partager, pas un bien à revendiquer.
Une autre enfin vient de ce que son propos peut être lu comme un tissu de lieux communs pleins de bonnes intentions, comme une longue litanie moralisante de recommandations qui n’engagent que leur auteur… Il serait dommage de se limiter à une telle lecture.
Dès la première ligne de son encyclique le pape mentionne deux récits bibliques, celui de la tour de Babel dans la Genèse et celui de la reconstruction de Jérusalem dans le livre de Néhémie.
La tour de Babel est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire, à savoir se laisser guider par l’orgueil et se croire capable de réalisations surhumaines, extravagantes, démesurées, impossibles.
À l’opposé, la reconstruction, pierre après pierre, avec la participation de tous, de la maison humaine commune est l’exemple à suivre.
Cette alternative, Babel ou Néhémie, est présente en filigrane d’un bout à l’autre du texte. Soit l’orgueil de la foule guidée par quelques-uns, l’inévitable effondrement, le retour à la barbarie dans son flot de larmes et de sang, soit tout au contraire la modeste et opiniâtre participation de tous à une construction pérenne, solide, à échelle humaine. Le pape, par ces images venues de loin et dont l’actualité renforce la pertinence, nous montre le choix devant lequel nous sommes, tous et chacun, placés. Il insiste sur le « tous et chacun » et nous met tous, lui compris, devant nos responsabilités : que nous soyons nations, ou communautés, grandes ou petites, ou églises, ou autres institutions, ou associations, ou simples individus, la responsabilité est nôtre.
La si nouvelle et tellement toute-puissante IA est, comme on sait, au cœur de l’encyclique Magnifica Humanitas. Elle y est abordée comme toute technique toujours devrait l’être : en cherchant en elle, non pas d’abord l’efficacité et le profit, mais ce qu’elle peut apporter à l’humanité et à la dignité humaine.Deux citations pour conclure, en espérant avoir, par ce rapide aperçu, donner envie de lire et méditer, sur un sujet essentiel, ce long texte papal très riche et très rigoureusement construit :
« 233. Aucun système de calcul, aussi sophistiqué soit-il, ne génère un cœur qui se donne, ni une conscience qui discerne le bien. Même lorsque les machines excellent en efficacité, le centre de l’histoire reste un visage humain qui demande à être regardé. Ce visage humain est la plénitude vers laquelle l’histoire avance. »
« 238. Éduquer les nouvelles générations à croire que l’évolution des technologies ne suit pas un parcours inévitable, mais peut être orientée par la responsabilité personnelle et collective, constitue l’un des services les plus précieux au bien commune".
Denis Monod-Broca
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Par Marc Lachièze-Rey
(DUNOD, 21.90 €)

Depuis son élaboration relativement récente (environ deux siècles), aucun domaine de la physique n’échappe au concept d’énergie. Au-delà de ses applications scientifiques, l’énergie a largement envahi la sphère publique. Pas un jour ne passe sans que l’actualité nous rappelle notre entière dépendance à l’énergie : risques de pénurie, choix des modes de production de l’énergie électrique, impacts environnementaux. Elle est également au centre de notre vie privée : choix de notre mode de déplacement, de notre mode de chauffage.
Au-delà de cette perception commune de l’énergie, le professeur Lachièze-Rey se propose d’en analyser les propriétés fondamentales. Au fond qu’est-ce que l’énergie ? Son exploration couvre les trois domaines de la physique moderne: physique classique d’abord, la plus familière à nos sens, puis les théories relativistes d’Einstein où gravitation et énergie se conjuguent, et enfin le domaine de l’infiniment petit, gouverné par les théories de la physique quantique.
Dès le 17ème siècle des machines exploitant la vapeur avaient été conçues. Le physicien Denis Papin (1647-1713) fut un précurseur, suivi par le pasteur Thomas Newcomen constructeur de la première machine industrielle en 1712. Comment transformer efficacement de la chaleur issue d’une ‘’source chaude’’ en travail utilisable ? Telle était la question que se posaient les physiciens au début du 19ème siècle. Les échanges entre chaleur et travail sont à l’origine de la thermodynamique. Le physicien Sadi Carnot (1796-1832) jette les bases de cette nouvelle discipline. William Thomson (1824- 1907 anobli Lord Kelvin) s’appuyant sur les travaux de Joule, énoncera la formulation des deux principes. Il en attribua la paternité à Joule, Carnot et au physicien Claudius (1822-1888).
Premier principe : l’énergie ne peut être ni créée ni détruite ; elle ne peut que changer de forme. Dans tout processus il y a autant d’énergie à la fin qu‘au début, mais sa valeur absolue n’est pas précisée, car on ne traite ici que des variations d’énergie. L’énergie intervient dans tous les échanges. Ainsi pour maintenir le travail du métabolisme, notre organisme absorbe l’énergie contenue dans les végétaux, eux-mêmes chargés d’énergie acquise par la photosynthèse des rayons du Soleil, seule et unique source d’énergie de la vie sur Terre.
Le second principe est analysé sous l’angle de l’entropie. Identifiée par Claudius en 1865, cette grandeur est difficile à interpréter. On se bornera ici à ne citer que deux corolaires du second principe : i) la variation d’entropie d’un système isolé ne peut être négative et conséquemment la chaleur ne peut être transférée que d’un corps chaud à un corps froid ; ii) inexistence du mouvement perpétuel. La thermodynamique et le concept d’entropie réapparaitront en trame de fond dans la suite du livre, montrant l’importance que leur accorde l’auteur.Anticipant sur la prochaine section qui établit l’identité entre masse et énergie, on retiendra que c’est la fraction utilisable de l’énergie d’un objet qui est évoquée dans le langage courant. Elle est infime par rapport à la masse de l’objet : à masse égale, elle est de quelques millionièmes pour l’uranium, de quelques milliardièmes pour le pétrole, nulle pour des gravats.
Changement d’échelle au chapitre 3 : l’énergie y est analysée à la lumière des théories relativistes. Un objet perd de la masse quand il émet de l’énergie. Cette constatation est à l’origine de l’équation d’Einstein E = mc2 ou, dans sa version débarrassée de c (facteur de conversion d’unités), E = m. Le statut de l’énergie semble définitivement scellé : masse et énergie se confondent (ce qui permet aux physiciens d’exprimer la masse d’une particule en unité d’énergie : 1 GeV pour le proton). Issue de la théorie de la relativité restreinte, c’est la théorie de la relativité générale qui donne son sens le plus profond à cette relation par le fait que masse et énergie produisent les mêmes effets gravitationnels ou encore, comme l’énergie, que la masse varie avec le mouvement.Dans le monde relativiste, l’énergie perd son caractère absolu : elle devient dépendante de l’observateur et de la gravitation. Elle ne peut-être isolée de l’espace et du temps. Elle y est formulée comme un objet mathématique: le quadrimoment. La loi de conservation de l’énergie devient alors la conservation du quadrimoment- énergie.
Le chapitre 4 développe amplement le rôle de la gravitation dans le cosmos. Les phénomènes les plus violents connus dans l’univers, telles les explosions de super nova ou la fusion de trous noirs s’analysent en termes de transformation ou de transferts d’énergie. Thermodynamique et entropie des trous noirs y sont traités pour poser les bases d’une thermodynamique gravitationnelle, qualifiée de discipline en devenir.Le chapitre 5 est une revue exhaustive de l’état des connaissances en physique quantique. A l’origine de la théorie : la quantification de l’énergie mise en évidence par Plank en 1900, confirmée par Einstein en 1905. Elle est consacrée par la formule E = hn. Les étrangetés de la physique quantique y sont revisitées sous l’angle de l’énergie, pour aboutir à la nécessité d’une thermodynamique quantique en lien avec l’entropie et l’information quantique. S’en suit une exploration de la relation d’incertitude temps-énergie.Le chapitre 6 explore la question fondamentale de la gravité quantique. L’auteur s’y montre critique à l’égard des approches visant à résoudre les difficultés actuelles de la physique quantique, plutôt que de s’occuper du temps et de la gravitation qui seraient traités dans le cadre d’une nouvelle théorie de gravité quantique. La gravité quantique en boucle semble avoir la faveur de l’auteur.
D’une impressionnante densité d’informations scientifiques, le livre n’est pas d’un abord facile pour un lecteur étranger aux concepts qui y sont abordés, si ce n’est la partie portant sur la physique classique (70 pages sur 250). Par ses remises en question et ses propositions, l’auteur semble souvent s’adresser à la communauté des chercheurs en physique fondamentale. Toutefois une lecture patiente, facilitée par un style fluide et rigoureux, permettra au néophyte de découvrir les multiples facettes du concept d’énergie en même temps que les théories de la physique contemporaine.
Jean-Claude Richard
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Nicolas Coltice

Retrouver les traces des grandes étapes de l’histoire de la Terre dans les caractéristiques du corps humain.
Nicolas Coltice, professeur à l’Université Côte d’Azur nous propose d’appréhender l’histoire de la Terre par le biais des propriétés de notre corps, une manière de faire le lien entre géosphère et biosphère en prenant un exemple biologique hautement intéressant, puisque c’est notre propre corps. Il ne s’agit pas du tout de tenter de comparer la Terre à un être vivant mais bien de revoir les principales étapes et les grands évènements marqueurs de l’histoire de notre planète, de sa formation à aujourd’hui, tels qu’inscrits dans le corps humain, “invention” assez récente ayant intégré des innovations de la vie apparues pour certaines lors de changements majeurs de l’environnement terrestre.
Ainsi, si nous respirons sans y penser, on revoit ici les vertus du dioxygène mais aussi ses dangers (c’est un puissant oxydant dont les cellules doivent se prémunir) et comment ce gaz est apparu dans l’évolution de la vie puis a bouleversé l’environnement terrestre et amené au développement d’une respiration aérobie énergétiquement efficace. De même, notre rapport à l’eau, composé essentiel de notre corps et milieu chimique de réactions et échanges cellulaires multiples, est l’occasion de rappeler l’origine de l’eau terrestre, les étapes de formation des océans, milieu favorable à des réactions propices à l’émergence de la vie sur Terre. Chacun des 12 chapitres de ce livre replace un ou deux aspects “humains” dans son contexte terrestre d’apparition ou de développement. Seront ainsi passés en revue le développement placentaire, le développement des cerveaux, l’évacuation de la chaleur et la fascinante endurance du corps humain, notre horloge biologique et l’importance le la Lune non pas pour nous imposer le rythme des marées mais pour stabiliser la durée du jour terrestre que notre corps peut respecter un certain temps sans stimulation externe, l’émergence de la vie sur Terre et ses implications en termes de support et de squelette, l’importance des oligo-éléments minéraux…
Un biologiste verra d’un autre œil ses connaissances sur l’anatomie et le fonctionnement du corps humain en élargissant son point de vue. Un géologue retiendra les grands évènements terrestres connus grâce à des conséquences biologiques importantes faciles à retenir puisqu’inscrites dans son corps. L’enseignant de SVT y trouvera donc de quoi créer des liens entre ses connaissances variées et de quoi, peut-être, trouver des idées pour présenter certains cours ou les relier de manière non artificielle et inattindue à des connaissances antérieures, ce qui permettra aux élèves / étudiants de créér du lien entre leurs différents apprentissages. Surtout, tout un chacun en apprendra un peu plus sur l’histoire de la Terre, sur le corps humain et les grandes propriétés biologiques, et sera alors convaincu des liens intimes entre la vie et la Terre, cette planète qui l’a vu naitre, l’héberge, est marquée en retour par son développement en même temps qu’elle lui impose des contraintes et lui offre des opportunités.
Bien écrit, sans jargon inutile, agréable à lire, ce livre est à mettre entre les mains de tous les curieux de la nature au sens large. Il est à coup sûr à recommander à tous les élèves et étudiants du collège à bac+3, voire plus, car prendre du recul et se replacer dans un contexte plus large est souvent très utile dans des parcours disciplinaires spécialisés ou cloisonnés.

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Gérard Guerrier

Ce livre relate l'histoire de Frederick Cook, médecin de formation, aventurier et explorateur par vocation, qui a terminé sa carrière dans la prison de Leavenworth pour escroquerie et
est mort dans la misère.
Ce livre relate l'histoire de Frederick Cook, médecin de formation, aventurier et explorateur par vocation, qui a terminé sa carrière dans la prison de Leavenworth pour escroquerie et
est mort dans la misère.
Ce personnage de Frederick Cook est particulièrement intéressant de par sa soif d'aventures au Groenland, en Alaska et surtout au pôle Nord. La compétition qu'il mena toute sa vie durant avec Robert Perry pour la conquête du pôle Nord l'a amené à mettre en jeu sa vie personnelle ,
familiale , professionnelle jusqu'à la faillite .
La revendication de la conquête du pôle Nord par F. Cook contestée en particulier par R. Perry, est présentée en détail de façon passionnante , sans que l'on puisse trancher finalement sur la véracité des récits de l'un ou l'autre.
Cette biographie se lit comme un roman, le lecteur se trouve embarqué avec F. Cook dans ses différentes explorations, vivant les nombreuses péripéties, ressentant les conditions météorologiques extrêmes et la précarité de ces aventures .
Serge Chambaud
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Thérése Encrenaz et Athéna Coustenis - (Eyrolles, 29,90€)
Dans le cadre de la conférence au CNAM le 21 mai : ici
Ne dites plus E.T., pensez Z.H. Une vie extraterrestre ? Imaginez plutôt ce qu’est une “Zone Habitable” ! Vous aurez ainsi saisi la tendance et le vocabulaire scientifiques d’aujourd’hui, comme évoqués dans “L’énigme de la vie dans le cosmos” qu’ont fait paraître Thérèse Encrenaz et Athena Coustenis.
Soyons honnête, on ne va pas ici vous divulgâcher (“spoiler”) la lecture de cet ouvrage de premier plan, élaboré par deux éminentes astrophysiciennes françaises, l’une spécialiste des atmosphères planétaires, l’autre de l’exploration du système solaire (1). Non, on ne vous révélera pas leur avis donné au chapitre 12 (le dernier), à la page 214, sur les 240 que compte le livre… Mais on signalera pour les dépités trépignant à la question “ une vie extraterrestre est-elle possible ? ”, que les deux auteures ont un propos amène : “On trouve dans la littérature d’aujourd’hui des avis curieusement tranchés sur la question”, écrivent-elles. Autrement dit, il y a ceux qui croient à la vie ailleurs et ceux qui n’y croient pas.
Attachez vos ceintures. Si on en restait là, avec ce seul constat, on ne rendrait pas grâce à la qualité supérieure de cet ouvrage. Les attentifs auront sûrement remarqué qu’il possède un sous-titre majeur : « À la recherche d’autres mondes habitables ». Et ce que proposent en effet ces 240 pages n’est rien de moins qu’un grand voyage dans le temps et l’espace. Encrenaz et Coustenis elles-mêmes l’ont voulu, qui lancent page 31 à celles et ceux qui les auront suivies : “Attachez vos ceintures”. Car nous sommes toutes et tous invités à un dépaysement extrême. À (re)visiter autrement le système solaire, découvrir s’il s’y cache des sites habitables, recélant des trésors d’eau liquide (c’est mieux pour voir émerger la vie). Nos pilotes astrophysiciennes vont alors s’envoler vers les lunes de Jupiter, Europe, Callisto, Ganymède ; ou encore vers le monde de Saturne, Titan et Encelade.
Plus de 7500 exoplanètes. Si ça ne suffisait pas, cap hors de chez nous ! Car la recherche est désormais majeure pour découvrir si la vie a pu émerger autour de lointaines étoiles, sur les exoplanètes – 7500 confirmées à l’automne 2025. Grâce aux télescopes les plus puissants, type James Webb (Nasa), et avec la compréhension fine de quelles molécules rechercher, l’espoir est là de détecter des “biosignatures”. L’ouvrage détaille les difficultés de ces détections, les images souhaitées qui ne deviendront possibles que dans le futur… L’enthousiasme et l’allant dont les deux spécialistes font preuve dans leur écriture est à la hauteur. L’édition aussi, qui scinde les entrées illustrées des 12 chapitres en propos personnalisés et directs et explications scientifiques posément formulées. Exemple des premiers : “Sans doute vous posez-vous – comme nous tous – la question : existe-t-il dans l’Univers des formes de vie intelligente ? Et si la réponse est oui, serons-nous un jour en mesure de communiquer avec des civilisations extraterrestres ?” Et pour les seconds, ces phrases sur la définition de la vie (dont on ne saurait minimiser la difficulté à la formuler !) : “Un ensemble de matière organique [...], qui se combine avec l’eau liquide et, grâce à des sources d’énergie, conduit à l’émergence d’organismes vivants”. Aimez-vous les CHNOPS ? Ces composants chimiques (carbone, hydrogène, azote, oxygène, phosphore, soufre) qui forment la matière organique, sont ainsi à retrouver dans le chapitre 2 sur l’apparition de la vie, où il est question aussi bien de chimie prébiotique que de code génétique, de chimie atmosphérique que de serpentinisation (2)... On se plaît à penser que des professeurs de lycée, et pourquoi pas certains professeurs des écoles, s’emparent de ces textes pour faire rêver et impliquer leurs élèves !
Zone habitable galactique ? D’autant qu’à travers l’ensemble de l’ouvrage, on peut découvrir d’autres pépites : une centaine d’infographies de tailles variables (moins d’un quart de page comme double page), dont certaines sont très étonnantes : ainsi, cette figure pages 48-49 de “la zone d’habitabilité (ZH) d’un système planétaire (barre grisée) exprimée en unité astronomique, en fonction de la masse d’une étoile quelconque (exprimée par rapport à la masse solaire)”. Ou encore ce “schéma de la zone habitable galactique (en vert), placée à une distance moyenne de 25000 années-lumière du centre galactique”. La zone habitable galactique ? En aviez-vous jamais entendu parler ? De fait, cette ZHG a “suscité un certain scepticisme” et la notion “reste très spéculative”, précisent Encrenaz et Coustenis.
Leur ouvrage ne cache rien des multiples interrogations des scientifiques, c’est d’ailleurs ainsi qu’avance la science. De pensées audacieuses – Epicure, au IVe-IIIe siècle avant notre ère, écrit qu’il y a un « nombre infini de mondes semblables au nôtre et un nombre infini de mondes différents », Giordano Bruno qui “suggère que les étoiles sont des soleils, sans doute entourées de planètes peut-être habitées”, idées hérétiques qui le conduiront au bûcher - jusqu’aux preuves apportées par l’observation et les expériences – la fameuse découverte de Michel Mayor et Didier Queloz, en 1995 - de la première exoplanète orbitant autour d’une étoile, nommée 51 Peg, similaire à notre Soleil. Cela leur a valu le Nobel.
Colonisation spatiale. L’ouvrage consacré à la recherche de la vie en dehors de notre planète ne pouvait pas ne pas poser LA question “à rebours” : celle de la “colonisation spatiale” par les humains. De la découverte de nouveaux mondes, pas seulement par une exploration robotique. Un long encadré “L’homme sur Mars, est-ce possible, est-ce souhaitable ?” du chapitre 10 “Voyager toujours plus loin”, est à lire, qui renvoie vers des ouvrages détaillant les difficultés techniques de pareille épopée, promue ces derniers temps par Elon Musk (3). Les auteures, en début de chapitre, ne dorent certainement pas la pilule au lecteur.. Ce rêve millénaire de colonisation spatiale a des motivations prosaïques : “Le prestige d’une nation, sa puissance économique et politique”. Et de constater qu’alors, “les aspects scientifiques sont loin d’être prioritaires, et la communauté scientifique est divisée sur la colonisation spatiale”. Une chose est sûre : ces deux scientifiques, avec cet ouvrage si riche, permettent à un grand public d’accéder à la compréhension d’une multitude de recherches de pointe, portées par cette question de la vie extraterrestre qui hante l’humanité depuis l’Antiquité.
Dominique Leglu
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1.“Nous ne vivrons pas sur Mars, ni ailleurs”, par Sylvia Ekström et Javier G. Nombela, préface de Michel Mayor https://www.editionsfavre.com/livres/nous-ne-vivrons-pas-sur-mars-ni-ailleurs/
2.La serpentinite est une roche dont l’altération hydrothermale conduit à des conditions propices à l’émergence de la vie.
3.Thérèse Encrenaz a dirigé le département de recherche spatiale de l’Observatoire de Paris-PSL. Athena Coustenis est directrice de recherche CNRS à l’Observatoire de Paris-PSL. Elle dirige ou a dirigé plusieurs comités à l’ESA (agence spatiale européenne) et au CNES (centre national d’études spatiales)
Abdel Aouacheria

L'auteur Abdel Aouacheria consacre les 400 pages de cet ouvrage à nous expliquer que : " la mort jusque dans la cellule ne nous parle que de vie", comme le dit, si justement, Edgar Morin dans sa préface !
Le livre commence par un récit historique de la prise en compte du concept scientifique de mort cellulaire ou apoptose (terme introduit en 1972 par Kerr, Wyllie et Currie) , histoire qui commence en 1842 avec le biologiste allemand Carl Vogt et qui connaît de nombreux développement durant le 19ième et vingtième siècle , aujourd'hui de nombreux travaux de recherche de par le monde sont consacré à l'apoptose, débouchant sur de nombreuses découvertes telles que le traitement du cancer, le soin de maladies neurodégénératives, la conception de nouveaux antibiotiques etc...
Ce livre est un plaidoyer argumenté pour la thèse "métabiologique" qui considère la mort comme un phénomène "vitafère" ( servant la vie) par lequel la vie se renouvelle : l'apoptose est un allié de la vie lui permettant d'éliminer les cellules dangereuses ou inutiles, créer les conditions du renouvellement de certains tissus ou à modeler les organes.
Tout au long de cet ouvrage, l'auteur éclaire la présentation scientifique de l'articulation vie-mort par des considérations sociales , culturelles et philosophiques qui donnent à réfléchir sur cette problématique fondamentale .
La lecture de ce livre implique une vraie concentration pour tous ceux qui n'ont pas de connaissances approfondies en biologie cellulaire , mais même si certains développements scientifiques seront , peut-être , survolés , la thématique mérite largement de consacrer le temps nécessaire à la lecture de cet ouvrage .
Serge Chambaud
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Co-auteurs : Tamara Ben Ari, Olivier Berné, Emmanuelle Perez Tisserant

Ce livre est un cri d’alarme. La recherche scientifique subit actuellement des attaques qui mettent son existence en péril, principalement aux USA, et dans une moindre mesure en France. Dans sa préface, la climatologue Valérie Masson-Delmotte cite cette pensée pénétrante d’Hannah Arendt :
« Quand tout le monde vous ment en permanence, […], plus personne ne croit rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion […].Et l’on peut faire ce que l’on veut d’un tel peuple »
Voici pourquoi une science libre, qui a pour mission de ne pas mentir, est l’ennemi des régimes autoritaires. Les trois auteurs, Tamara Ben Ari, Olivier Berné, et Emmanuelle Perez Tisserand, sont chercheurs respectivement en environnement, en astrophysique et en histoire. Ils comparent la situation actuelle avec celle du fameux roman 1984 de George Orwell, dans lequel Big Brother acquiert le contrôle total du peuple avec quelques lignes d’action simples et éprouvées : négation de la vérité, réécriture du passé, appauvrissement du langage, le tout au nom de la liberté. Le « moment orwellien » correspond au glissement d’une démocratie vers un autoritarisme assumé. L’ouvrage se divise en trois parties intitulées : « affaiblir la science », « en finir avec la vérité », « refaire d’Orwell une fiction ».
La première partie est d’abord consacrée à la recherche française, affaiblie, selon les auteurs par l’introduction de la sélection et de la compétition. Un chapitre est aussi consacré au récent feuilleton de la loi Duplomb qualifiée de « déni de science ».
Mais la science est aussi fragilisée lorsque ses résultats sont contestés. Souvent de façon organisée avec la mise en place progressive d’un « doute ». Un processus bien analysé dans un livre américain Les marchands de doute 1 devenu une référence. L’industrie du tabac inaugure la série dans les années 60, en contestant le lien du tabac avec le cancer du poumon. Puis viennent les controverses organisées sur les pluies acides, le trou dans la couche d’ozone, le climat, les pesticides, les vaccins. Les ingrédients de la fabrique du doute restent les mêmes : on conteste certaines données, on amplifie des controverses marginales, on demande des études alternatives, on convainc des personnalités charismatiques parfois scientifiques de témoigner, on établit un réseau de vulgarisateurs, blogueurs, influenceurs, on organise des débats. C’est ainsi qu’une petite minorité parvient à instiller un doute dans le grand public malgré un consensus de 95% des spécialistes du sujet.
La deuxième partie du livre décrit la phase beaucoup plus radicale, qui vient de surgir aux USA avec le second mandat de D. Trump. La diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux est désormais facilitée. Toutes les recherches sur le climat sont terminées, y compris les missions spatiales de mesures et d’observations. Un rapport officiel de 140 pages est émis, qui minimise les émissions des gaz à effet de serre : il contient pas moins de « centaines d’erreurs ou de fausses informations » selon un contre-rapport écrit par 85 scientifiques. Les échanges avec l’étranger doivent désormais être documentés. Certains mots sont interdits dans les documents fédéraux. Un sentiment général domine chez les chercheurs : la peur.
Dans le domaine de la santé, le mouvement MAHA2 regroupe militants anti-vaccin et critiques de l’industrie pharmaceutique. Sans aucune preuve, le ministre R. Kennedy Jr, prétend, qu’il y a un lien entre le paracétamol et l’autisme, et doute de l’efficacité du vaccin de la rougeole. Le responsable de la supervision des vaccins, P.Marks, démissionne et accuse : « il est devenu clair que la vérité et la transparence ne sont pas désirées par le ministre, mais qu’il souhaite au contraire une confirmation servile de ses fausses informations et mensonges ». La Directrice du Centre du contrôle des maladies (CDC) 3 allègue avoir été congédiée pour « avoir tenu la ligne de l’intégrité scientifique ».
Ces mesures et positions anti-scientifiques n’arrivent pas par hasard. Il existe aux USA nombre de mouvements idéologiques « libertariens » qui veulent réduire le rôle de l’état à presque zéro, casser le système universitaire (qui fait pourtant l’admiration du monde entier !), et réécrire l’histoire. Des programmes sont élaborés dans des think tanks, des congrès, des instituts de formation et un réseau mondial (Atlas) qui a ses relais en France. J.D.Vance est issu de cette mouvance et annonce : « Les universités sont l’ennemi » (2021) Un exemple : Le mouvement Dark Enlightment (Lumières sombres, en réaction aux valeurs des Lumières) est explicitement antidémocratique, inégalitaire, obscurantiste, et prône la suppression totales des universités.
Dans la troisième partie du livre, les auteurs sonnent le signal de la révolte, et du refus d’une neutralité de façade. Quelques actions sont en cours en France: bâtir un système numérique pour la sauvegarde des données climatiques en péril; construire des réseaux de solidarité, comme le mouvement Stand Up for science que les auteurs ont contribué à former. Mais c’est sur le plan politique que les actions seront les plus efficaces, et permettront de « refaire d’Orwell une fiction ». Paradoxalement, les auteurs souhaitent ne pas faire valoir les bienfaits de la science pour la défendre. Par ailleurs, ils reconnaissent (timidement) « une forme de supériorité des connaissances scientifiques » mais affirment plus loin que les scientifiques ne sont pas les « dépositaires d’une vérité supérieure ». Une ambiguïté amplifiée par leur référence au philosophe Bruno Latour, chantre du relativisme scientifique. Ce discours timoré parait peu compatible avec une défense fière et forte de la science, au niveau politique. Enfin, on peut regretter que nos voisins européens soient totalement absents de cette étude.
Malgré ces quelques réserves, cet ouvrage est d’un grand intérêt. Il est factuel, précis et bien documenté. Il est important pour quiconque veut comprendre les menaces qui pèsent sur la science, et par ricochet sur la démocratie.
Pierre Potier
1. The Merchants of Doubt Naomi Oreskes et Erik Conway Bloomsbury Press 2010; traduit en français par J.Treiner, Les Marchands de doute, Ed. Le Pommier 2012
2. MAHA : Make America Healthy Again
3. CDC: Center for Disease Control
(Antoine Balzeau et Tiphaine Derrey)
(Belin, 20 €)

Étudier le cerveau des humains préhistoriques alors que celui-ci ne se fossilise pas : un défi qui semble impossible. C’est pourtant celui qu’ont tenté de relever Antoine Balzeau et son équipe avec le projet PaleoBRAIN, une aventure relatée dans cet ouvrage illustré par Tiphaine Derrey. Le chercheur revient sur les coulisses du projet, une aventure scientifique visant à comprendre les empreintes laissées par le cerveau sur la surface interne du crâne pour reconstituer les cerveaux des humains disparus.
« Ressuscitons et faisons parler le cerveau des humains préhistoriques » : tel est l’objectif ambitieux du projet PaleoBRAIN, coordonné par Antoine Balzeau, et dont ce livre raconte le déroulement. Paléoanthropologue au CNRS et au MNHN, spécialiste de l’étude de la structure de crânes fossiles par des techniques d’imagerie, l’auteur dédie plus particulièrement ses recherches à l’endocrâne, un ensemble d’empreintes laissées sur la surface interne du crâne par les reliefs et les dépressions du cerveau. L’originalité de PaleoBRAIN repose sur son approche : pour mieux interpréter les endocrânes fossiles, il faut d’abord comprendre leur lien avec la morphologie et le fonctionnement du cerveau à partir de sujets vivants.
Très engagé dans la médiation scientifique, Antoine Balzeau n’en est pas à son coup d’essai et aime varier les formats : il est déjà à l’origine d’une BD et d’un livre jeunesse sur l’Homme de Néandertal, ou encore d’un escape game autour du fossile de l’humain de Florès. Dans ce dernier ouvrage, il livre une description particulièrement précise du quotidien d’un chercheur et du déroulement d’un projet scientifique, de sa conception à l’interprétation des premiers résultats, sans omettre les écueils les plus concrets, comme les difficultés de financements ou les obstacles techniques. Cette immersion doit beaucoup aux illustrations variées de Tiphaine Derrey : on découvre ainsi le vaste bureau de l’auteur au Musée de l’Homme et sa vue imprenable sur la tour Eiffel ; on y observe les chercheurs et chercheuses face à leurs instruments, du microtomographe au logiciel Brain Visa ; on y rencontre les 75 participants volontaires du projet, engoncés dans le tube exigu de l’IRM, ou en prise avec les tests ludiques conçus par l’équipe pour étudier le lien entre endocrâne et latéralité.
L’auteur relate les principaux enseignements du projet concernant les spécificités anatomiques des cerveaux de différents hominines, mais se montre plus avare sur le sujet du fonctionnement du cerveau des humains préhistoriques. C’est justement l’objet de la suite du projet, qui a obtenu un financement pour quatre années supplémentaires à compter de mars 2026. De quoi espérer un deuxième tome en 2030 !
Par Louis Mc Dougall

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Amélie Vialet et Emma Baus
(Albin Michel, 24.90 €)

Qui était cet Homme, ancêtre probable de Néandertal, qui a réussi à vivre dans une Europe froide sans maîtriser le feu il y a plus de 500 000 ans ? À quoi ressemblait-il ? Pratiquait-il l’art ? Ce sont toutes ces questions et bien d’autres encore auxquelles ce livre répond, en décortiquant point par point tous les indices laissés par Homo heidelbergensis, tous les os, tous les fragments associés et retrouvés dans la Caune de l’Arago (Tautavel, Pyrénées-Orientales). Une épopée magnifiquement illustrée et émouvante sur l’aube de notre humanité.
Emma Baus a écrit et réalisé une vingtaine de documentaires pour la télévision tournant autour de la nature et des sciences. Amélie Vialet est paléoanthropologue. Les deux ont coécrit ce livre qui vient compléter un documentaire diffusé par Arte et intitulé Tautavel – Vivre en Europe avant Néandertal.
Le livre est magnifiquement illustré de très belles photographies, de dessins et d’images de reconstitution 3D des crânes, des visages, des os…
L’histoire que nous racontent les deux autrices reconstitue l’environnement complet de l’homme de Tautavel (Homo heidelbergensis), de la découverte de la grotte, à son portrait, ses conditions de vie, ses outils, ses proies, etc. Elles évoquent aussi ses capacités à parler et elles interrogent sur les fondements même de l’humanité, sur nos croyances et nos pratiques les plus ancestrales : la pratique du cannibalisme, la possibilité de rites mortuaires et la preuve d’altruisme, avec la découverte du crâne d’une fillette âgée de 9 à 11 ans souffrant d’une pathologie grave (la craniosynostose) qui la rendait complètement dépendante des autres membres du groupe.
Cette épopée se lit quasiment comme un roman policier, les autrices exposant comment les technologies les plus récentes utilisées décryptent et apportent des preuves de vie, de comportement. Le travail des paléoanthropologues est présenté de façon simple mais précise, dans toute sa complexité d’interprétation et les nombreuses interrogations qui subsistent ne sont pas du tout masquées mais au contraire contribuent à enrichir la réflexion du lecteur.
Petit à petit, cet ancêtre de Néandertal, qui vécut en Europe entre environ 700 000 et 300 000 ans avant le présent, nous devient plus familier et concret.
Son livre se lit donc comme une petite pépite, à déguster tranquillement, de préférence, installé à côté d’une rivière…
Par Valérie Boutin

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Bill François
(Albin Michel, 20.90 €)

Ce livre a comme sous-titre Confidences du peuple des rivières. Tout un programme ! Il fourmille de petites anecdotes naturalistes sur tous les habitants des rivières, dans le monde entier. L’auteur parle des mœurs des habitants aquatiques, de préservation d’espèces, de coutumes ancestrales, mais aussi de pollution, de bétonisation, de changement climatique… Une lecture pas si légère que cela et qui donne à réfléchir.
Bill François, ancien élève de l’École normale supérieure, a déjà publié plusieurs livres naturalistes ayant connu un beau succès, comme Les Génies des Mers, Le Plus Grand Menu du Monde et L’Éloquence de la Sardine. Celui-ci connaîtra probablement le même sort ! L’ouvrage traite de la vie dans les rivières et les fleuves et apporte une foison d’anecdotes sur les animaux, petits et grands qui les peuplent. Chaque chapitre débute par un petit aperçu de quelques moments de la vie de deux truites, Fario et Trutta, depuis leur éclosion jusqu’à leur fin. Puis, les chapitres détaillent l’un des aspects de leur vie en digressant sur d’autres animaux. L’auteur a réalisé quelques croquis qui parsèment les pages. Un flashcode au tout début apporte des images, des vidéos et des ressources documentaires complémentaires. C’est peut-être le seul bémol de ce livre. Le lecteur n’a pas forcément envie de prendre son téléphone ou son ordinateur avec lui quand il lit un livre papier, ni de passer de la page imprimée à l’écran pour compléter sa lecture. Il peut donc se sentir un peu frustré de ne pas avoir les informations disponibles sur la page directement.
Toutefois, le titre a un parfum de mystère, et il perdure longtemps avec cette histoire de perroquet : ce n’est certes pas le premier animal auquel on pense quand on doit citer des habitants des rivières… Ce mystère se résout à la fin du livre où l’on découvre comment la vie de certains perroquets est intimement associée à la vie de la rivière !
En tout cas, Bill François est passionné par les animaux aquatiques et il est passionnant. Ses histoires sur les deux silures du bras du Pont Marie, tailladés par les hélices des bateaux, ainsi que sur les bancs de gardons et de brochets du canal Saint-Martin ou encore sur tous les autres habitants de la Seine, donnent à voir un Paris bien différent de celui des cartes postales.
Son livre se lit donc comme une petite pépite, à déguster tranquillement, de préférence, installé à côté d’une rivière…
Par Valérie Boutin

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