Cătălin Pavel,

Ce livre est un exemple d’ouvrage érudit qui montre une volonté claire de l’auteur de s’adresser à un large public. Universitaire et chercheur, Cătălin Pavel dédie ce travail à ses étudiants de l’université Ovidius de Constanța. L’archéologie est au cœur de cet écrit, construit comme une enquête allant de la Préhistoire à l’Antiquité. À travers la présentation de nombreuses fouilles, l’auteur explore les relations entre les humains et les animaux, avec pour objectif de montrer le « rôle catalyseur des animaux dans notre développement cognitif et émotionnel ».
L’auteur emploie un style personnel et s’implique directement dans son texte, comme l’indiquent les formules : « je dirai d’ailleurs », « je suis prêt à accepter », « je n’aurais jamais imaginé d’ailleurs » ou « j’ai peut-être un peu trop insisté ». Cette approche interpelle le lecteur et l’invite à réagir, donnant parfois l’impression d’une conversation avec l’auteur. Ce ton est accompagné de touches d’humour, notamment lorsque Pavel explique avoir testé le confort d’une niche pour chien qu’il avait lui-même fabriquée. Il formule également des remarques ironiques sur sa propre discipline (page 428 : « trop d’os, quand même ») et termine son ouvrage par une comparaison avec des chaussettes. Le livre, qui compte près de 460 pages, est organisé en huit chapitres. Le premier est consacré à l’archéozoologie, tandis que les sept suivants traitent d’une espèce ou d’une catégorie d’animaux :
- Chapitre 2 : Baleines, dauphins et un petit poisson
- Chapitre 3 : Le chat
- Chapitre 4 : L’ours
- Chapitre 5 : Le chien
- Chapitre 6 : Le hérisson
- Chapitre 7 : Le cheval
- Chapitre 8 : Les oiseaux
La bibliographie d’une vingtaine de pages apporte des références pour chaque chapitre. Elle rassemble des travaux anciens (remontant à 1909) et d’autres plus récents (jusqu’à 2020), l’ouvrage étant paru en 2021. En revanche, le livre contient peu d’illustrations – au mieux une par chapitre –, bien qu’il mentionne des pièces muséales visibles à New York, Rome ou Athènes. Au fil des chapitres, on apprend que la domestication du chat se situe vers l’an 2000 avant J.-C., que les hommes ont joué avec la plupart des animaux et qu’ils les ont « presque tous mis en rapport avec les dieux ».
Le chapitre d’une trentaine de pages sur le hérisson indique que cet animal aurait joué un rôle notable dans l’évolution humaine. L’auteur formule des hypothèses quant à la présence de mandibules près de corps inhumés à la fin du Paléolithique, ou sur l’utilisation de la graisse de hérisson à partir de chantiers de fouilles situés en Italie, en France ou au Danemark. On y retrouve aussi une mention d’Aristote qui, dans l’Histoire des animaux, écrivait qu’il était possible de prédire les changements de temps selon la position des hérissons dans une maison. Des questions sont également posées sur l’efficacité des huiles extraites de leurs piquants ou de leur chair contre la calvitie, l’incontinence urinaire ou la folie.
Le chapitre consacré au chien, d’une centaine de pages, présente également de nombreux récits. Cet animal est apparu vers la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 12 000 ans, et on dénombre environ quatre cents races de chiens aujourd’hui. C’est l’animal que l’Homme a le plus souvent enterré, mais aussi l’espèce domestique sur laquelle l’auteur note le plus grand nombre de fractures du crâne. À partir de découvertes faites entre 1985 et 1992 dans le plus grand cimetière de chiens de l’Antiquité, l’auteur avance des hypothèses religieuses (offrandes à un dieu), fonctionnelles (exportation de chiens par les Phéniciens) ou liées à la perception des chiens comme des personnes. En Bretagne, région qui fournit un matériel archéologique important, une étude suggère une corrélation entre les chiens et la guérison.
En conclusion, cet ouvrage est susceptible d’intéresser les archéologues, les historiens ainsi que les scientifiques, car il y est question d’ADN, d’os, d’anatomie et de descriptions d’espèces. Si l’on peut regretter l’absence de supports visuels complémentaires — notamment une frise chronologique qui aurait aidé le lecteur non spécialiste à se repérer dans les périodes archéologiques —, cette lacune est atténuée par la structure de l’ouvrage. Les animaux et nous, une enquête archéologique propose différents niveaux de lecture selon le degré d’érudition et de curiosité du lecteur. Les spécialistes y trouveront des données scientifiques précises, tandis que les lecteurs profanes pourront suivre le texte grâce au ton direct de l’auteur et aux faits rapportés. En somme, Cătălin Pavel montre que l’histoire de l’animal éclaire celle de l’évolution humaine, faisant de cette étude une contribution utile à la réflexion anthropologique actuelle..
Martine Courtois
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