Sex-appeal. La scandaleuse vie de la nature

Collectif

(Muséo Editions/Muséum de Toulouse, 2023, 146 p. 24,50€)

 
Sex-appeal, la scandaleuse vie de la nature (Muséo éditions/Muséum de Toulouse, 2023)Le titre est délibérément racoleur, le sous-titre ironique, mais le sujet est traité avec rigueur. La vie sexuelle des plantes et des animaux, tel est l’objet inédit de ce livre qui accompagne une exposition présentée au Muséum de Toulouse. L’ouvrage assemble photos, images, entretiens et articles rédigés par des scientifiques.
Le premier article rappelle les fondamentaux de la génétique de la reproduction. Un prérequis indispensable avant de découvrir, au fil des chapitres, la prodigieuse créativité de la nature pour se reproduire, aussi bien dans le monde végétal que dans le règne animal.

On peut très bien se reproduire sans sexualité. Il suffit de se recopier à l’identique, par division cellulaire. C’est le cas des bactéries, de certains mollusques, et du lézard fouette-queue dont la population est intégralement femelle et où le mâle n’existe pas !
En comparaison, la reproduction sexuée combine les gènes de deux parents et engendre plus de diversité. Mais elle est beaucoup moins efficace. Seule la femelle enfante. Le mâle se contente de lui apporter ses gènes. Pour cela, il lui faut séduire par des combats, des chants, des parades, des danses, des offrandes, des constructions. Une véritable débauche d’énergie. C’est pourtant la reproduction sexuée qui est largement majoritaire dans la nature. Ce qui rendait Darwin perplexe : «Il n’y a pas de plus grand mystère au monde que l’existence des sexes», a-t-il déclaré. Une énigme encore entière aujourd’hui selon Pierre-Henri Gouyon, professeur émérite au Muséum d’histoire naturelle. La nature n’a pas encore dévoilé tous ses secrets !

Jusqu’au XVIIIe siècle, on a cru que le monde végétal se reproduisait sans sexualité ; il était symbole de «virginité et de chasteté». En fait, la «sexualité discrète» des végétaux existe depuis un milliard d’années et n’a cessé de se diversifier. Ainsi de nombreuses espèces alternent, d’une génération à l’autre, reproductions asexuées et sexuées, dans un curieux schéma assez complexe.
Depuis 100 millions d’années, la fleur est l’organe de reproduction principal des plantes et porte généralement les organes des deux sexes. «Lorsque vous offrez un bouquet de fleurs, vous offrez des organes sexuels !», observe malicieusement Ali Akbari, responsable de l’exposition. La fleur peut s’autoféconder : c’est le cas du blé ou du pois. Généralement, le pollen d’une fleur va féconder une autre fleur, en prenant les moyens de transport disponibles : vent, eau, abeilles, papillons, oiseaux, mouches, chauve-souris, lézards. La fleur doit parfois faire preuve de créativité pour s’assurer les services de ses pollinisateurs, en mimant l’odeur de leur femelle, par exemple. Ceux-ci peuvent être très spécialisés : un papillon nocturne a développé une trompe de 30 cm pour collecter le pollen au fond d’une orchidée de Madagascar.
Sous une apparence calme et sereine, le monde des plantes est agité en permanence par une activité sexuelle trépidante : les 360 000 espèces de plantes à fleurs sont pollinisées par 130 000 espèces d’animaux, dont 20000 espèces d’abeilles !

Avec le règne animal, la discrétion n’est plus de mise. Les jeux de séduction sont exubérants et toujours d’une diversité incroyable. Le mâle utilise parfois la ruse : il offre un cadeau factice à la femelle convoitée et s’accouple pendant qu’elle le déballe. Le manchot papou est plus vertueux : il se présente à l’élue de son cœur avec un galet dans le bec. Une marque d’affection indéniable que la belle apprécie. Il s’enhardit alors, va quérir d’autres galets et construit le nid conjugal.
Le chapitre «Kamasutra animal» dévoile une inventivité débridée dans les pratiques de copulation. Ainsi le ver lombric, hermaphrodite, à la fois mâle et femelle, s’accouple tête-bêche avec son semblable et réalise une fécondation croisée.
L’intimidation, les violences, l’inceste sont communs chez les animaux, mais aussi la douceur et la tendresse. Le couple hippocampe reste enlacé pendant des heures avant que la femelle ne dépose ses œufs dans la poche du mâle, lequel se charge de l’incubation jusqu’à la naissance.
Les oiseaux sont plutôt fidèles en couple (à vie pour les cygnes) et les mammifères généralement polygames.
L’homosexualité est présente et rarement exclusive. Elle concerne 1500 espèces animales, tels les lions qui se câlinent pendant que les lionnes sont à la chasse,
Quant au poisson-clown, il change de sexe au cours de sa vie !

La conclusion des auteurs est limpide : tous les goûts sont dans la nature, laquelle n’a pas de morale et ne peut servir de référence aux comportements humains.
L’ouvrage fourmille d’informations amusantes ou sérieuses, agrémentées de nombreuses illustrations. Le texte est accessible, pimenté d’une bonne dose d’humour, sans jamais tomber dans le piège de la grivoiserie.
Un livre plaisant à lire et instructif.