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Boris Laurent

(Éditions Delachaux et Niestlé, 2025, 17,90€)



Pourquoi s’intéresser aux astéroïdes, ces quelques millions de gros cailloux qui tournent autour du Soleil ? Pour plusieurs raisons : D’abord, les astéroïdes sont liés à notre histoire depuis la nuit des temps et on leur doit quasiment notre existence. Ensuite, ils sont potentiellement dangereux et doivent être surveillés de près. Enfin, ils sont riches en minerais rares, et pourraient devenir les eldorados de demain. Tels sont les thèmes explorés dans ce petit livre par Boris Laurent, sous les angles scientifique, économique, technologique et géopolitique.

Les astéroïdes sont les débris restants après la construction du système solaire. Ils ne se sont agrégés ni au Soleil, ni aux huit planètes, ni à leurs 288 lunes. L’analyse de leur composition chimique est précieuse pour tenter d’expliquer les étapes de la formation du système solaire, et même de l’apparition de la vie sur Terre. Leurs orbites se situent principalement entre celles de Mars et de Jupiter, et ne croisent donc pas l’orbite terrestre.

Mais les orbites ne sont pas immuables. Sous l’influence de Jupiter, et de l’action des rayons solaires, certains astéroïdes glissent vers des orbites qui croisent l’orbite terrestre. Ce sont les « géocroiseurs » : ils peuvent entrer en collision avec la Terre. C’est un géocroiseur qui a anéanti les dinosaures, il y a 65 millions d’années, ainsi que 75% des espèces de la planète, ouvrant la voie au développement des mammifères, et des êtres humains ! On doit beaucoup aux astéroïdes ! Plus récemment, en 1908 à Toungouska en Sibérie, un géocroiseur de 60m a explosé à 10 000 m d’altitude. Il n’y eut pas de victimes dans cette zone de taïga inhabitée, mais l’onde de choc a balayé 80 millions d’arbres.

Un système de surveillance a été mis sur pied avec la participation de toutes les agences spatiales du monde. On a répertorié 14 géocroiseurs à risque d’impact (de 0,2% à 10%) dans le prochain siècle ; ils mesurent 40m ou moins. Des chiffres rassurants. Mais la surveillance doit être maintenue car on découvre 3000 nouveaux géocroiseurs par an !

Comment ferions-nous pour dévier un bolide qui fonce vers nous ? L’auteur décrit quatre solutions : Le frapper fort avec une charge lourde ; agiter une sonde dans son voisinage (action de la gravité) ; faire exploser une bombe nucléaire (action des rayons gamma) ; le remorquer (en y ancrant des propulseurs)

On en vient à la partie prospective du livre avec l’éventuelle exploitation minière des astéroïdes. L’auteur rappelle le fameux rapport du Club de Rome de 1972, qui pose le problème plus que jamais actuel de la croissance continue dans un monde aux ressources limitées, en particulier en métaux. La solution passerait-elle par la colonisation des astéroïdes ? C’est cette dernière que la suite du livre décrit.

Les astéroïdes recèlent en abondance des métaux communs dont on prédit la rareté prochaine sur Terre : fer, cobalt, nickel ; mais aussi nombre de métaux rares : argent, or, titane, platine, palladium et autres ; et enfin les fameuses 17 « terres rares », qui ne sont pas si rares, mais produites à 97% par la Chine, et indispensables dans les semi-conducteurs et les batteries.

Des chiffres incroyables circulent sur la valeur des gisements. Un seul astéroïde est souvent estimé à des centaines de milliards de dollars (Md$). Mais la palme revient à Psyché, long de 280 km, estimé à 10 000 Md$ ! Évidemment, tous ces chiffres sont encore très préliminaires.

Malgré ces incertitudes, la colonisation des astéroïdes est en route, cadrée par le programme Artémis qui regroupe les USA, le Canada, l’Europe et le Japon. Le chemin pour les astéroïdes passe par la Lune et Mars. Le retour de l’Homme sur la Lune est prévu à partir de 2027. On assemblera ensuite la Lunar Gateway, orbitant autour de la Lune., qui servira de base avancée pour aller sur Mars. L’Europe en fournira le module de service.

L’auteur brosse un panorama des engins, capsules, navettes, fusées, sondes, existantes ou en développement, ainsi que des acteurs impliqués, publics et privés, y compris quelques start-up françaises. Il énonce les nombreux défis techniques à résoudre pour le transport, l’amarrage, le forage et l’extraction du minerai, et la protection contre les radiations. Se poser sur une surface rocheuse, inégale, glacée, en rotation, relève de l’exploit technique : le harpon propulsé ou les microgriffes, inspirées des insectes, sont les solutions à l’étude.

La panoplie des techniques de propulsion pour le transport témoigne de l’inventivité des ingénieurs : Moteur ionique, fission ou fusion nucléaire, voile solaire. La Chine annonce un moteur à fission nucléaire qui se déploie dans l’espace et prend la taille d’un bâtiment de 20 étages. Il réduirait le temps de voyage vers Mars de 180 à 90 jours. La voile solaire est lente mais économique : elle utilise la pression des photons rebondissant sur la voile. Elle a été testée par la Nasa et se manœuvre comme un voilier !

Dernier chapitre : la géopolitique. Quelles sont les lois existantes pour encadrer cette éventuelle nouvelle ruée vers l’or ?Le Traité de l’espace a été signé en 1967 par 115 pays, en pleine guerre froide. Il affirme la primauté de l’intérêt commun sur l’intérêt d’un pays, interdit les bases militaires, exclut toute appropriation nationale, mais ne mentionne pas les acteurs privés. Aux USA, le Space Act (2015, renforcé en 2020) soutient l’exploitation de ressources spatiales par des compagnies privées américaines. L’ Accord Artémis, signé en 2020 par 55 pays dont la France, réfère au Traité de l’espace, mais ouvre la porte à l’exploitation commerciale. La Chine et la Russie ont signé un accord avec 11 pays, pour l’établissement d’une base lunaire en 2030. La Commission européenne a introduit à l’été 2025, un projet de loi pour « améliorer l’accès au marché et la sécurité spatiale ».

En conclusion de ce chapitre, l’auteur souligne les dangers de la présence des acteurs privés et plaide avec force pour une reprise en mains totale de l’espace par les autorités étatiques, similaire au modèle en cours pour l’Antarctique.

Ce petit résumé ne donne qu’un aperçu incomplet de l’ouvrage, qui fourmille d’informations diverses. Le texte est accessible, dépouillé de tout jargon scientifique, et complété par de nombreuses illustrations. Ce livre fera le bonheur de tout lecteur curieux, et l’aidera à mieux comprendre les énormes enjeux de la nouvelle aventure spatiale.

Pierre Potier


Marie Calmet et François Sarano

(Éditions Actes Sud, 2025, 12€)



Impossible d’oublier la page 39: « Si, après avoir écrasé votre chien, un chauffard proposait de vous dédommager en vous achetant un autre chien, la proposition vous paraîtrait aberrante, voire choquante, car votre relation avec votre chien était unique, singulière, irremplaçable. Ce chien n’est pas une chose fongible ».

Fongible, le terme décrit « les choses qui peuvent être remplacées par n’importe quelle autre chose du même genre », rappelle l’avocate Marine Calmet1, autrice avec l’océanographe et plongeur François Sarano2 du livre « Justice pour l’étoile de mer » (éd. Actes Sud). Est-ce à dire que n’importe quelle étoile de mer peut en remplacer une autre, n’importe quel poisson un autre poisson, n’importe quel dauphin un autre dauphin ? Peut-on faire fi des écosystèmes, à l’instar de la pêche industrielle... Les êtres vivants marins sont-ils fongibles ? Et n’avons-nous finalement pour eux « pas plus de considération que pour les grains de sable du désert » (page 14) ?

Le titre, aussi intrigant soit-il, donne la clé du propos : droit et science ici sont intriqués. Et ce, dans un plaidoyer vibrant des deux auteurs pour l’Océan, aujourd’hui « pillé et empoisonné ». Vite, il faut saisir toute l’importance de ces invisibles sous la surface, tous ces êtres vivants « que nous ne croiserons jamais, tous ceux dont nous ignorons jusqu’à l’existence » qui font de l’Océan « le cœur battant de notre planète ».

Les propos de Sarano et Calmet entrent en résonance. La biologie d’abord : « Le scientifique naturaliste ne hiérarchise pas », rappelle le plongeur océanographe. A quelles espèces faudrait-il sinon accorder notre considération ? Aux cachalots ?3 [...] A l’éponge (Monorhaphis chuni) qui peut vivre onze mille ans ? » Et de poursuivre son questionnement : « Où placer l’étoile de mer dont on ne connaît presque rien ? ». Faisons du juridique, ensuite : « Les animaux sauvages, sur terre comme en mer, ont le statut de ‘’res nullius’’, c’est-à-dire de ‘’choses sans maître’’ », explique l’avocate. Mais une fois hissée sur le pont d’un bateau, une étoile de mer, par exemple, « passe du statut de ‘’res nullius’’ au statut de ‘’bien’’ ». Et là, celui qui l’a attrapée a le droit d’en disposer comme bon lui semble (sauf si statut d’espèce protégée). Qu’elle soit rejetée à la mer, morte ou vive, et elle redevient une chose sans statut juridique.

Le témoignage de François Sarano qui fit une thèse sur les merlus à bord d’un chalutier a de quoi bouleverser. Car il constate aujourd’hui, à son grand désespoir, voire sa grande honte (?), qu’il n’a jadis pris aucune note sur « les autres vivants. Les oursins, les poulpes, les éponges, les coquillages, les crabes, l’étoile de mer... » qui furent coincés dans le chalut, vus comme des détritus. « Leur existence et leur mort ne seront jamais prises en considération ». Et de constater avec la juriste qu’« il y a des béances dans notre droit qui s’accordent mal avec la complexité du vivant ». Alors que « nous sommes, que nous le voulions ou non, cousins de l’étoile de mer ».

Aucune sensiblerie ici, et foin de tous ceux que les termes de biodiversité et écosystèmes continuent d’insupporter. C’est tellement plus grave, alertent les auteurs qui dénoncent « la surexploitation halieutique, la course écocidaire pour l’exploitation des fonds marins ». C’est notre survie à nous humains qui est aussi en jeu. « L’absence d’égards [envers les êtres vivants marins] n’est plus uniquement un problème éthique regrettable mais un réel obstacle à la fois biologique, pour notre survie en tant qu’espèce, et ontologique, en tant que civilisations », estiment-ils. On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.

Dominique Leglu

Cet événement a eu lieu jeudi 18 décembre2025 à 18h à l'Hôtel de l'industrie à Paris et sur YouTube

Avec les interventions de :

  • Frédéric Caille, Maître de conférences en Science Politique à l’Université Savoie Mont Blanc
  • Pierre-André Aubert, fondateur du premier restaurant solaire Le Présage à Aubagne

2025 est l’année du bicentenaire de la naissance d’Augustin Mouchot (1825-1912) à Semur en Auxois. Cet Innovateur mondial d’applications pratiques du soleil, dans son livre paru en 1869 "L'utilisation de la chaleur et ses applications industrielles", écrit : "Si dans nos climats l’industrie peut se passer de l’emploi direct de la chaleur solaire, il arrivera nécessairement un jour où, faute de combustible, elle sera bien forcée de revenir au travail des autres agents naturels. Il convient d'utiliser les rayons du soleil."

Avec Abel Piffre et Louis de Royaumont (également natif de Semur en Auxois) ils vont développer des concentrateurs qui, sous forme de paraboles, utilisent les rayons solaires pour faire chauffer de l’eau, cuire des aliments et utiliser la pression obtenue pour la motricité.

Honoré lors de l’exposition universelle de 1886, ses inventions seront oubliées au profit du charbon et du pétrole.

INSCRIPTION


Frédéric Caille, Maître de conférences en Science Politique à l’université Savoie Mont Blanc, Chercheur au Laboratoire Triangle de l’ENS à Lyon. Auteur de : « L’invention de l’énergie solaire, la véritable histoire d’Augustin Mouchot le pionnier de l’utilisation de l’énergie solaire en France », et de « La moisson du soleil ».

Pierre-André Aubert : fondateur du premier restaurant solaire "Le Présage" à Aubagne. Après quelques années comme ingénieur aéronautique en France, en Allemagne et en Inde. En 2010 il se tourne vers la gastronomie : la cuisine des produits locaux et de saison. Pour la cuisson, dans sa ville de Marseille, baignée par le soleil, il s’oriente dès 2013 vers la cuisine solaire et fonde le Présage. Qu’il développe avec le fourneau solaire professionnel Scheffler-Aubert, pour une cuisine et un système alimentaire innovant.


 

Cycle de conférences
Pour le Développement des Sciences et de l'Innovation (PDSI) au service des transitions

Rencontres d’information scientifique et technologique, à visée pédagogique et didactique, autour d’un scientifique et d’un acteur socio-économique, qui présentent une thématique à travers leurs connaissances et leurs expériences, contribuant à décrypter et présenter des solutions répondant aux enjeux de transition économique, sociétale, technologique, numérique et/ou environnementale.

Partenariat : AFAS – Société d'encouragement pour l'industrie nationaleSociété des ingénieurs et scientifiques de France (Ile-de-France)
Avec le soutien d'EcoLearn, MR21, e5t, BNI Saint-Germain-des-Prés, Pariscience, Cnes, CNRS, ABG

Cet événement s'inscrit dans un cycle de webinaires « Matériaux ».
Jeudi 18 décembre 2025 à 13h en visioconférence Zoom.

Corinne Chanéac (Sorbone Université) interviendra sur l' "Interaction réciproque entre structure et propriétés" et Christophe Volkringer (Centrale Lille) interviendra sur "Les MOFs pour la capture de radionucléides en cas d’accident nucléaire”.
 

Interaction réciproque entre structure et propriétés
Cette conférence mettra en évidence l’interaction réciproque entre structure et propriétés dans les nanomatériaux. Elle évoquera la synthèse des nanoparticules, le contrôle des étapes de nucléation-croissance et les défis posés par la caractérisation de la structure cristalline et de ses défauts à l’échelle nanométrique. Souvent difficiles à détecter, ces défauts jouent pourtant un rôle déterminant dans les propriétés fonctionnelles, dont l’étude fine permet de mieux comprendre la structure locale à cette échelle où certaines techniques de caractérisation de l'ordre périodique restent muettes. L’exemple de nanoparticules luminescentes d’oxydes dopées viendra illustrer cette relation intime entre structure et propriétés.

Les MOFs pour la capture de radionucléides en cas d’accident nucléaire
Durant cette présentation, plusieurs résultats concernant pour la capture de molécules radioactives générées lors d'un accident nucléaire, comme les dérivés de l'iode (I2, CH3I), les oxides métalliques volatiles (RuO4) ou les gaz rares (Xe, Kr) seront présentés. Afin de connaitre la solidité de ces matériaux en situation accidentelles, leur résistance en conditions radiatives (irradiation aux rayons gamma) seront également discutées.

Modérateurs : Sylvie Lartigue, Jean-Paul Itié et Daniel Neuville, FFM



Corinne Chanéac : Professeure en chimie des matériaux, sa carrière est consacrée à l’élaboration et à la compréhension des nanomatériaux, en associant synthèse, caractérisation et modélisation. Ses recherches récentes portent sur les nanoparticules luminescentes, explorées pour leurs applications en imagerie biomédicale, en thermométrie optique et dans le développement de capteurs innovants. Elle a exercé des responsabilités de structuration dans le domaine des nanosciences, en particulier à travers ses fonctions de direction du Centre national de compétences en Nanosciences, C’Nano.

Christophe Volkringer : Professeur des universités à Centrale Lille Institut, et chercheur dans l’équipe Matériaux Hybrides au sein de l’Unité de Catalyse et Chimie du solide (UCCS, UMR 8181). Membre honoraire de l’institut Universitaire de France. Travail de recherche dédiés au solides poreux, principalement de type MOF, avec pour application le nucléaire, le militaire et la décontamination virale.

Marie-Odile Mergnac

(Éditions Archives&Culture, 2025, 15€)



« Je m’appelle Jean. Je suis né en 1700 à la campagne, où vivent plus de 8 Français sur 10. La maison de mes parents ne compte qu’une pièce, avec un sol en terre battue [...] Je m’appelle Marie, comme une fille sur 5 à ma génération. A la naissance, mon espérance de vie est à peine de 20 ans ». C’est dans un ouvrage fascinant titré « Portraits types des Français sur trois siècles », publié par Marie-Odile Mergnac dans la maison d’édition « Archives&Culture » qu’elle a créée1, que l’on découvre comment nos ancêtres (assez récents) ont vécu. Quelle nourriture, quel travail, quelles fêtes, quels déplacements, quelle espérance de vie, combien d’enfants... Les statistiques, c’est bien, leur traduction concrète, c’est mieux ! Si la généalogie est « le troisième loisir favori des Français après jardinage et bricolage », comme le précise l’historienne, il n’est pas sûr en effet que nos compatriotes se représentent avec exactitude le mode de vie de celles et ceux qui peuplent leur arbre généalogique ! Aimeraient-ils y remédier ? L’autrice propose ici... une moyenne de ce que cela devait être à l’époque.

Dès son introduction, elle pose la question : « Qui a retenu, par exemple, qu’en 1900, le logement « moyen » en France était à peine plus d’une pièce alors que les films nous montrent toujours de belles fermes cossues ou des appartements bourgeois ? » Ne comptez pas sur cette passionnée du passé pour nous dorer aujourd’hui la pilule. Non, ce n’était pas mieux avant. Quand l’AFAS a pu la rencontrer (voir notre vidéo), à l’occasion d’un nouveau Forum2, elle n’a pas hésité à rappeler que ce qui l’a frappée, sur trois siècles, « c’est la pauvreté des gens ». Mais pour ceux nés en l’an 2000 (dont on ne connaît pas encore tout le cheminement, malgré les nombreuses études de sociologues), « ils ont tous un bac + 2, alors que ce n'était même pas le cas pour ceux nés en 1980 », indique-t-elle. « On a l’impression que tout le monde autour de nous fait des études supérieures, en fait, non ! C’est seulement la génération des 2000 qui dépasse le bac. »

Nul besoin d’une lecture linéaire pour un tel livre. Chacun ira piocher au gré de ses envies dans les siècles et les générations qui l’intriguent (tous les 30 ans, 20 ans pour les plus récentes), 9 pages à chaque fois. Dont les doubles « coups de cœur », avec photos. On y retrouve « la nourriture du quotidien » de ces gens d’autrefois, « le déjeuner de fête », « les chansons ». Plus récemment « les films » ou « les cuisines du monde ». Jean et Marie nés en 1700 devaient avoir, eux, des repas qui « se ressemblent tous. Le pain bis ou noir reste l’aliment de base, avec près de 2 kg par personne et par jour [...]. On le consomme rassis – ‘’le pain dur fait la maison sûre’’, certifie le dicton – en le trempant de bouillon ou de lait pour en faire une soupe ». On apprend ainsi que l’ordinaire s’améliore en 1780, et ce, grâce à « une légumineuse toute nouvelle, originaire du Mexique, le haricot, qualifié d’aliment du pauvre mais très nourrissant ». Tant mieux, car le livre n’oublie pas de mentionner « la dernière famine que la France ait connue, en 1709-1710 ». Hiver rigoureux, jusqu’à « - 23° à Paris [...] 800000 personnes décèdent, de froid, de sous-alimentation ou de dysenterie. Des familles entières parties mendier meurent le long des chemins ». Le saut à l’an 2000 semble vertigineux : « Moins de pain (120 g par jour et par habitant), moins de pommes de terre (64 kg par an3) ». En revanche, beaucoup de « sucres rapides (35 kg par an) » et des « boissons sucrées, 50 litres par habitant et par an ».

On ne saurait relever toutes les précisions ou anecdotes qui jaillissent au fil des 125 pages. On aime à découvrir que dans les années 1720, nous dansions « principalement le branle, la courante, la gavotte, le passe-pied, le rigodon, la bourrée... » Qu’en 1790, l’estimation est qu’« il y a encore 20000 loups en France ». En 1870, le vin a « un faible degré « 5° à 8° » et la consommation moyenne est de « 200 litres par habitant et par an ». Elle va chuter pour cause de phylloxera destructeur de vignobles, mais aussi avec « les campagnes contre l’alcoolisme jugé responsable, selon l’État, de la défaite de 1870, des révoltes communardes et de la dénatalité » ! En 1900, la consommation moyenne est alors de « 150 litres par habitant et par an ». Et si on chante en 1920 « Dans la vie, faut pas s’en faire (Maurice Chevalier) », un siècle plus tard, en 2020, on regarde « Lupin » sur Netflix. « Découvrir le quotidien des Français de 1700 à nos jours, de leur travail à leurs loisirs », sous-titre de l’ouvrage, aide, comme le souhaite l’autrice, à ne pas faire une lecture anachronique du passé. Un passé brusquement redevenu vivant.

Dominique Leglu 

Nikita, Nathanaël et Auguste GIRES

(Éditions Delachaux et Niestle, 2023, 16,90€)

Ce petit livre d'une centaine de pages présente 50 expériences faciles et amusantes mettant en évidence des lois physiques ou mathématiques à partir de manipulations simples utilisant des matériaux disponibles pour tout un chacun.

Chacune de ces expériences est décrite avec des photographies et des schémas extrêmement didactiques, une liste du matériel nécessaire est fournie, ensuite la démarche à suivre pas à pas et les précautions à prendre complètent chaque fiche. Enfin, une explication permettant de comprendre ce qui se passe est donnée en se référant le cas échéant à une loi physique ou un raisonnement mathématique.

Ainsi, sont évoqués l'osmose, l'acoustique, l'optique, la thermique, la relativité, l'astronomie, la mécanique des fluides, le nombre d'or et bien d'autres matières !

Chaque expérience est notée de 1 étoile à 3 étoiles selon la difficulté de réalisation.

Destiné à être utilisé par des jeunes entre 8 et 15 ans, dans certains cas en présence d'un adulte, ce livre est idéal pour faire découvrir la démarche scientifique et développer la curiosité
scientifique et technique des jeunes à partir d'objets du quotidien.

Serge Chambaud

 

Jeanne Brugère-Picoux



Jeanne Brugère-Picoux Professeur honoraire de pathologie médicale du bétail et des animaux de basse-cour (Ecole nationale vétérinaire d’Alfort), membre de l’Académie nationale de médecine, présidente honoraire de l’Académie vétérinaire de France 

La DNC, due à un Capripoxvirus, a atteint la France cet été dernier dans les Savoie, suite à l’introduction d'un bovin infecté. La France métropolitaine étant indemne de cette maladie, la réglementation européenne (dépeuplement total des foyers bovins infectés, vaccination d’urgence, désinsectisation...) a permis de stopper la progression du virus dans ces deux départements dès le 21 août. La découverte de foyers ultérieurement dans d’autres départements français et vraisemblablement l'Espagne ne peut être liée qu’au déplacement illicite de bovins infectés provenant de zones encore infectées. Les départements des Savoie, du Rhône et de l’Ain ne sont plus considérés comme infectés; Le Doubs et le Jura semblent contrôlés par la vaccination. Mais la situation reste évolutive au 14 décembre dans les départements atteints en Occitanie (19 dans les Pyrénées orientales, puis un seul cas dans les départements de l’Ariège, de les Hautes-Pyrénées ou la Haute-Garonne), d’où la décision de vacciner un million de bovins dans toute l’Occitanie par précaution. Les points importants sont :

1) Éviter absolument de déplacer tout animal hors d’une zone réglementée car l’on risque de déplacer "une bombe à virus" vers une zone indemne

2) La vaccination d’urgence n’est pas une vaccinothérapie (si l’animal est infecté avant ou pendant les 21 jours suivant l’injection vaccinale il peut présenter la maladie)

3) S’il n’a pas été infecté avant, la protection vaccinale sera obtenue en 21 jours

4) Il importe de déclarer toute suspicion clinique de DNC rapidement pour éviter de multiplier un risque accru de diffusion du virus dans l’élevage ou vers les élevages voisins

5) La désinsectisation n’est jamais suffisante pour éviter la diffusion du virus par les insectes, véritables « seringues volantes », dans un élevage

« L'invité du jeudi »
Jeudi 11 décembre 2025 à 18h30 en visioconférence Teams

Le replay de cette conférence est visible ici 

© D. Roudeau / Ifremer Momarsat 2022

Avec Pierre-Marie Sarradin, chercheur à l'Ifremer

L’océan profond est généralement défini comme situé à plus de 200 m de profondeur, là où la lumière ne pénètre plus et où se termine le plateau continental. En tenant compte de ces limites de profondeur, l’océan profond représente 65 % de la surface de la Terre et 95 % de son espace habitable ou biosphère.

Qu'est-ce qui se cache derrière les « grands fonds » : la dernière frontière à explorer sur terre, un environnement avec potentiellement 1 million d'espèces à découvrir, la zone la moins anthropisée à protéger, un vaste réservoir de ressources biologiques, énergétiques et minérales pour faire face à la demande mondiale croissante, une partie principale d'un océan unique jouant un rôle vital dans l'équilibre de la planète, une zone géostratégique à surveiller, le patrimoine commun de l'humanité ?

Les grands fonds marins ont longtemps souffert d'une méconnaissance due à leur difficile accessibilité, ce qui a perpétué l'image déformée d'une plaine abyssale calme, tranquille et quasi désertique, préservée des pressions anthropiques.

Une plongée dans les abysses avec Pierre-Marie Sarradin pour identifier les enjeux de leur exploration.


Pierre-Marie Sarradin est responsable de l'UMR6197 (Unité mixte de recherche 6197) Biologie et Écologie des Écosystèmes marins Profonds (Ifremer, UBO, CNRS)


INSCRIPTION 

Inscription préalable obligatoire, pour obtenir le lien informatique de la visioconférence

L'invité du jeudi

Rendez-vous mensuel en visioconférence, qui a pour objet d’alimenter la curiosité scientifique et technique des participants, de s'interroger sur de grands enjeux de société et de débattre collectivement des évolutions en cours.
Animées par des experts passionnés de leur domaine d’intervention, les conférences traitent de sujets d’actualité mais en prenant le recul nécessaire. Elles sont suivies d'échanges avec un grand témoin et le public.

Un jeudi par mois, de 18h30 à 20h, en visioconférence via l'application Teams
Inscription préalable obligatoire, pour obtenir le lien informatique de la visioconférence

En partenariat avec le Cnam Bretagne

Jeudi 27 novembre 2025 à 18h à l'Hôtel de l'industrie à Paris et sur YouTube

Avec les interventions de :

  • Jean-Gabriel Ganascia, vice-président de l'Afas et Professeur émérite à Sorbonne Université
  • Cédric Demeure, Directeur de CortAIx Labs,

Modérateur :

  • Philippe Robin, Président du Comité des Arts Physiques de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale.

L’intelligence artificielle transforme notre quotidien. Des modèles de langage (LLM) aux systèmes de vision et de décision automatisée, elle s’impose désormais dans tous les secteurs : industrie, santé, culture ou recherche.
Mais comment fonctionne réellement une IA ? Quels mécanismes d’apprentissage la rendent si performante ?

Cette conférence, ouverte à tous, vise à rendre l’IA compréhensible grâce à des explications simples et des exemples concrets. Ainsi, chacun pourra mieux saisir les enjeux de cette révolution technologique.

Les biais algorithmiques, la transparence et la fiabilité des systèmes automatisés suscitent de nombreuses interrogations. Comment garantir une IA éthique et de confiance ?
Par ailleurs, la question de la souveraineté numérique devient centrale. En effet, la France et l’Europe doivent préserver leur indépendance technologique face aux géants mondiaux.
Cette conférence abordera donc les défis liés à la construction d’une IA responsable et souveraine, au service du bien commun.

 

INSCRIPTION


Jean-Gabriel Ganascia, Professeur émérite à Sorbonne Université, chercheur au LIP6 et membre honoraire de l’Institut universitaire de France. Spécialiste de l’intelligence artificielle, des humanités numériques et de l’éthique du numérique, il préside le comité d’éthique de France Travail et le comité d’orientation du CHEC (Cycle des Hautes Études de la Culture). Auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique, il a récemment publié L’IA expliquée aux humains(Éditions du Seuil, 2024).

Cédric Demeure, Directeur de CortAIx Labs, le laboratoire central d’intelligence artificielle et d’innovation du groupe Thales. Diplômé de Télécom Paris et docteur en traitement du signal (Université du Colorado), il a dirigé le centre de recherche TRT de Thales à Paris-Saclay avant de prendre la tête du laboratoire CortAIx Labs en 2025.

 


 

Cycle de conférences
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Rencontres d’information scientifique et technologique, à visée pédagogique et didactique, autour d’un scientifique et d’un acteur socio-économique, qui présentent une thématique à travers leurs connaissances et leurs expériences, contribuant à décrypter et présenter des solutions répondant aux enjeux de transition économique, sociétale, technologique, numérique et/ou environnementale.

Partenariat : AFAS – Société d'encouragement pour l'industrie nationaleSociété des ingénieurs et scientifiques de France (Ile-de-France)
Avec le soutien d'EcoLearn, MR21, e5t, BNI Saint-Germain-des-Prés, Pariscience, Cnes, CNRS, ABG

Jeanne Brugère-Picoux



Jeanne Brugère-Picoux Professeur honoraire de pathologie médicale du bétail et des animaux de basse-cour (Ecole nationale vétérinaire d’Alfort), membre de l’Académie nationale de médecine, présidente honoraire de l’Académie vétérinaire de France 

Depuis la première apparition de la DNC découverte fin juin 2025 en Savoie, notre Ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire (MASA) a dû communiquer pour justifier les mesures d’urgence nécessaires pour éviter la propagation de cette maladie exotique de catégorie A dans le cadre législatif européen, comme c’est le cas de la fièvre aphteuse, également extrêmement contagieuse. L’objectif pour ces maladies est celui d’une éradication immédiate de l’ensemble des animaux au sein du foyer associée à l’instauration d’une zone réglementée (ZR) par arrêté préfectoral (zones de surveillance et de protection dans un rayon de 50 km et 20 km respectivement).

La propagation du capripoxvirus de la DNC se fait soit sur une courte distance (par des insectes hématophages, véritables seringues volantes, et une contamination de l’environnement), soit sur de longues distances par le déplacement d’animaux potentiellement en phase d’incubation ou subclinique. Malheureusement les discours scientifiques du MASA ou des vétérinaires pourtant relayés par les médias pour expliquer les risques de propagation de cette maladie qui était inconnue des éleveurs n’ont pas été compris par certains d’entre-eux. Par exemple, certains syndicats ont su convaincre un jeune éleveur à Cessens de refuser, par un recours administratif, le dépeuplement de son troupeau, l’un des premiers déclarés. Plusieurs manifestants, inconscients des risques encourus, sont venus le soutenir près de ses bovins en phase d’incubation comme le prouvera l’apparition de nouveaux cas cliniques dans son troupeau 13 jours plus tard au moment où le tribunal administratif rejetait sa demande. Ce retard du dépeuplement a vraisemblablement favorisé la multiplication de nouveaux foyers dans les élevages voisins (cf dépêche vétérinaire n°1762 du 30 août).

La possibilité de vacciner dès le 18 juillet en Savoie, grâce à la mobilisation de la profession vétérinaire (dont les retraités et les étudiants) et de nombreux éleveurs, devait nous permettre de prévoir l’arrêt de la propagation du virus en France pour fin août, même si le seul foyer identifié fin juillet dans le beaufortin témoignait que certains éleveurs pouvaient encore ignorer les conséquences du déplacement illicite d’un animal infecté. Malheureusement, alors que toutes les mesures appliquées dans les Savoie ont effectivement démontré leur efficacité fin août, des déplacements regrettables d’animaux infectés ont provoqué la progression du virus dans le département voisin de l’Ain. Un mois plus tard, l’apparition d’un nouveau foyer à St Laurent de Chamousset dans le Rhône à plus de 100 km des derniers foyers ne pouvait que susciter une inquiétude du fait que nous y connaissions l’importance de son marché de veaux vers différents pays européens. Inquiétude justifiée puisque l’on a pu constater l’inconscience de certains intermédiaires qui ont pu encore convoyer des animaux infectés vers des zones indemnes et l’on a identifié par génotypage qu’il s’agissait toujours la même souche dans les cas italiens, français et espagnols [souches Sardaigne (Italie), Savoie, Pyrénées orientales, Espagne) sans que l’on puisse déterminer l’itinéraire des animaux déplacés. Seule l’origine italienne des premiers cas français peut être fortement suspectée. Ainsi le 1er foyer espagnol a été identifié le 4 octobre en Catalogne, voisine des Pyrénées orientales et le 1er foyer du Jura a été notifié le 12 octobre à 100 km du foyer lyonnais… Ceci a justifié de la part du MASA de renforcer les mesures de lutte contre les déplacements d’animaux le 17 octobre, les amendes décidées pour les contrevenants étant peut-être les seules mesures non scientifiques qu’ils pouvaient comprendre.

Au 8 novembre 2025, la vigilance s’impose toujours puisqu’il y a encore trois derniers départements (Pyrénées orientales, Jura et Ain) comportant des ZR sous surveillance. Le contrôle des mouvements des bovins, à l’intérieur et à l’extérieur de ces zones touchées demeure donc une priorité. Les levées successives de la réglementation dans les ZR des Savoie et du Rhône démontrent l’efficacité de la stratégie de lutte qui été mise en place depuis le début de la crise mais confirment que seule une application rigoureuse des mesures contre la DNC permet d’enrayer l’épizootie (Figure 1).

Figure 1 : Zones encore réglementées pour la DNC
(Pyrénées orientales, Jura et Ain)
et levées de la réglementation pour les Savoie (22 octobre) et le Rhône (5 novembre)

Pourquoi les syndicats d’éleveurs demandant encore un « abattage partiel » ont tort

Tout d’abord il ne s’agit pas d’un abattage au sens strict du mot car les animaux sont mis à mort sur le lieu du foyer infecté (et non dans un abattoir) avec nettoyage, désinfection et désinsectisation du site d’élevage et du matériel (dont les véhicules).

Pour justifier leurs revendications, les contestataires ont avancé certains arguments:

  1. Une évaluation de l’EFSA en 2016 évoquant « l’abattage partiel »

Selon l’EFSA, la comparaison entre les dépeuplements total et partiel lors de DNC aboutit « à une probabilité similaire d’éradication de l’infection à la condition que les bovins soient vaccinés ». Le dépeuplement partiel n’était donc pas applicable en France où le virus atteint des bovins dans une zone indemne de la maladie donc non vaccinée. Le dépeuplement total reste donc une méthode privilégiée en urgence pour les foyers très localisés et en l’absence de vaccin comme la réglementation européenne l’impose lors de la première apparition de la DNC dans une région. Cette logique d’éradication rapide présente un impact économique élevé et peut expliquer aussi une opposition des éleveurs. Mais les exemples de ces derniers mois auraient dû permettre une certaine compréhension.

La réclamation actuelle de certains syndicats d’éleveurs pour une vaccination plus étendue à tout le cheptel français n’est pas non plus la solution pour le moment. Tout d’abord il faudrait qu’elle soit justifiée par une évaluation d’un risque éventuel de propagation du capripoxvirus vers une zone non réglementée (comme, par exemple, les vaccinations de précaution décidées en Corse du fait des nombreux cas en Sardaigne). Pour le moment le principal risque d’une propagation virale au-delà des ZR est un déplacement illicite de bovins infectés.

  1. Les dépeuplements totaux devenus partiels lors de la crise de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB)

A la différence de la DNC, on pouvait être tout à fait favorable au dépeuplement partiel d’un troupeau présentant un ou deux cas de « vaches folles » car il s’agissait d’une maladie non contagieuse et d’origine alimentaire. Le dépeuplement total n’avait été décidé que pour des raisons économiques permettant l’exportation d’animaux provenant d’un élevage indemne. L’augmentation des cas d’ESB liés à la mise en place de tests de détection dans les abattoirs ne permettait plus ces abattages coûteux et non justifiés pour la santé publique et il s’ensuivit les dépeuplements partiels limités à la période liée à un risque de contamination alimentaire par des farines de viandes.

En conclusion, il faut espérer que, après quatre mois de lutte contre la DNC en France, les enseignements issus des résultats du terrain sont suffisamment démonstratifs pour que les opposants au dépeuplement total comprennent qu’un « abattage partiel » aurait été une grave erreur dans une ZR en favorisant la progression du virus vers les élevages voisins. Il faut souligner que, s’il n’y avait pas eu de déplacements illicites de bovins à partir de Savoie, la France aurait déjà retrouvé son statut d’indemne de DNC depuis fin octobre … Il faut espérer que cela aura été enfin compris par tous (dont certains syndicats) mais la vigilance s’impose tant qu’il y aura encore des foyers notifiés en France.