Les membres de l’Afas publient régulièrement des notes de lectures. Elles sont à retrouver ici.
Kathryn Harkup
Flammarion, 2026

L'idée originale de cet ouvrage est de réinvestir les 25 films de James Bond , en relevant les différentes scènes faisant appel à des notions scientifiques ou techniques en les analysant du point de vue d'un (ou d'une) scientifique afin d'en examiner la vraisemblance et faire la différence entre ce qui est vrai ou du ressort de l'imaginaire .
Ainsi dans chaque film, une scène particulière est isolée, permettant d'aborder une thématique qui se retrouve dans la plupart des autres films de James Bond.
Le premier chapitre consacré au Docteur No (premier film de la la saga) sert de prétexte à raconter la vie de Lancaster Fleming qui a donné naissance au personnage de James Bond. Le second chapitre intitulé " Bons Baisers de Russie et la chaussure de Rosa Klebb," aborde un point majeur des films de James Bond : les gadgets et l'innovation technologique . L'auteure analyse de façon critique, un par un, les divers gadgets tels que : la lame empoisonnée de la chaussure de Klebb, la machine cryptographique de Bons baisers de Russie ou le recycleur d'air d'Opération Tonnerre .
Le troisième chapitre est consacré aux lasers omniprésents dans les différents films et déjà en vedette dans le premier "Docteur No" dans lequel le méchant Goldfinger menace de couper en deux James Bond...etc. Sont abordés les thèmes suivants : le gaz Gamma, le repaire volcanique, le bioterrorisme, les diamants, les animaux dangereux pour l'Homme , le rôle des cascadeurs , le saut en parachute , l'explosion d'une station spatiale, l’électrocution, la bombe atomique, la relation de James Bond avec les femmes, James Bond et les moyens de transport, les drogues , l'électromagnétisme , les véhicules furtifs, les particularités physiques des héros, l'aspiration en plein vol, la résilience aux dommages physiques, les différentes manière de tuer quelqu'un, le rôle particulier du cyanure , la profession d'agent secret et les nanoparticules.
La physique, la Chimie ou la Biologie sont utilisées pour expliquer le fonctionnement ou l'impossibilité des différentes situations. Cela est fait avec une rigueur scientifique incontestable mais aussi avec beaucoup d' humour et de recul. L'auteure truffe son récit de nombreuses anecdotes sur les péripéties qui ont émaillé la fabrication des films : accidents des cascadeurs ou même des acteurs , incidents météorologiques ou difficultés matérielles pendant les tournages.
Un livre facile à lire indispensable pour tous les amateurs de James Bond qui s'interrogent sur la vraisemblance des différents moyens techniques utilisés par le héros et ses adversaires .
Serge Chambaud (2026)
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Sam Kean
Flammarion, 2026

Voici un livre qui a déjà bénéficié d’un certain succès puisqu’il en est à sa quatrième édition française. La publication originale américaine date de 2010 et son auteur, Sam Kean, est un vulgarisateur scientifique reconnu.
Dès la première page, l’ouvrage s’ouvre sur le tableau périodique des éléments, celui-là même qui pendait jadis dans nos salles de classe. Une des plus belles manifestations de l’esprit humain, a-t-on écrit. Les 92 éléments chimiques naturels qui constituent la matière de notre univers, y sont inscrits, de l’hydrogène à l’uranium, suivis des 26 éléments artificiels. Cheminant d’un élément à l’autre, l’auteur mêle explications techniques, histoires et anecdotes. Chaque chapitre regroupe une brochette d’éléments sous des thèmes parfois inattendus : généalogie, guerre, santé, poison, tromperie, politique, argent, art, folie, froid, bulles. En voici quelques morceaux choisis.
La plupart des éléments n’existent pas à l’état pur dans la nature, mais sont enfouis dans des composés. Leur découverte nécessitait donc des expériences chimiques parfois longues et infructueuses. L’invention de la spectroscopie par Robert Bunsen en 1850 a été un formidable progrès : un élément chauffé émet des raies lumineuses bien précises, qui sont la signature de l’élément. La recherche de ce dernier s’en trouva fortement accélérée.
En 1869, Mendeleïev publie son fameux tableau périodique. Il a 35 ans et il vient de loin. Sa mère, veuve, avait emmené le jeune Dimitri à cheval sur 2500 km depuis leur Sibérie natale jusqu’à l’université de St Pétersbourg ! Le tableau contient 66 éléments rangés par « masse atomique » croissante. Sur une même colonne, les éléments sont chimiquement similaires. Pour obtenir cette périodicité, Mendeleïev a eu l’intuition de placer des cases vides d’éléments à découvrir : « Encore un effort, chimistes et géologues ! » écrit-il. Lorsque le Français Boisbaudrian annonce sa découverte du gallium en 1875, Mendeleïev a le culot de le corriger sur la densité annoncée car non conforme à ses prédictions. Et il avait raison ! Cet épisode assura sa gloire.
En 1911, Rutherford bombarde les atomes d’électrons et met en évidence un noyau central très concentré. Avec la découverte de la radioactivité, la mutation naturelle ou artificielle des éléments n’est plus un fantasme d’alchimiste. Beaucoup de cases vides qui correspondaient à des éléments instables disparus se remplissent, grâce au canon à électrons de Rutherford.
C’est un autre type de canon dont les Allemands se préoccupent au début de la guerre 14-18. La « grosse Bertha » s’avère défaillante, et la société Krupp décide de doper l’acier de ses tubes au molybdène (une solution adoptée par les fabricants de sabres samouraï japonais dès le 14e siècle). L’unique source mondiale de molybdène se trouvait alors dans une mine du Colorado. Les USA n’étant pas encore en guerre, les Allemands cherchèrent à s’emparer de cette mine, par tous les moyens : Squatters, harcèlement juridique, menaces sur les femmes et enfants des mineurs, destruction de campements. Le propriétaire de la mine, Otis King, fut attaqué et précipité au bas d’une falaise. Il survécut, mais vendit sa mine. Le molybdène arriva à flots en Allemagne et la grosse Bertha, dopée au molybdène, bombardait Paris en 1918 à la distance stupéfiante de 120 km.
En 1934, Enrico Fermi, à Chicago, annonce la création des premiers éléments artificiels dits 'transuraniens' car au-delà de l’uranium sur le tableau. Irène Joliot-Curie, en France, confirme. Elle ajoute que ces nouveaux transuraniens se comportent étrangement comme le lanthane, ce qui parait incongru. Otto Han, en Allemagne, trouve les mêmes résultats. Ébranlé, il rencontre à Copenhague sa collègue de toujours, Lise Meitner, exilée car d’origine juive. Celle-ci lui donne la clé : nous ne sommes pas en présence de nouveaux éléments transuraniens, mais de la fission de l’atome d’uranium en éléments naturels plus légers. Découverte fondamentale qui va bouleverser la marche scientifique et politique du monde en cette année 1939. Interdite de publication, Meitner accepte que Hahn publie son article seul, et c’est également seul qu’il reçoit le prix Nobel de chimie 1944. Hahn va toujours garder un silence éhonté sur le rôle réel de sa collègue. Probablement la plus criante injustice dans l’histoire des prix Nobel. Juste compensation : l’élément 109 du tableau périodique a été baptisé (pour toujours) : le meitnerium.
Ces quelques paragraphes n’illustrent évidemment qu’une infime partie de cet ouvrage de 400 pages fourmillant d’informations techniques et historiques sur tous les éléments, dans un langage souvent imagé : Le carbone « qui saute sur n’importe quoi » ; le germanium à la base du premier transistor; le cuivre et ses bienfaits dans les conduits ; le lithium synchronisant l’horloge interne des maniacodépressifs ; le titane hypnotisant les globules sanguins et métal idoine des prothèses; le béryllium qui creusa la tombe de Fermi ; l’iode qui contraria les visées de Gandhi et convainquit Russell de la non séparation de l’esprit et de la matière ; le hafnium et sa querelle de paternité nationaliste ; le sinistre cadmium et la maladie itaï-itaï au Japon ; l’étain et ses rapports étranges avec le froid, fatals pour les soldats de Napoléon en Russie (les boutons des costumes) et pour Scott en Antarctique (les soudures des bidons de pétrole); l’aluminium, plus cher que l’or en 1860, métal des couverts dans les réceptions haut de gamme de Napoléon III ; le sélénium rendant folles les vaches qui en abusent (« la came au ras des pâquerettes ! »).
A noter également : de bonnes explications techniques sur le rôle des couches d’électrons sur les propriétés chimiques, sur la supraconductivité, le laser, le condensat Bose-Einstein, la chiralité des protéines qui tournent à gauche, la méthode Monte Carlo du projet Manhattan, le réacteur à fission nucléaire naturel d’Oklo en Afrique, et le canular de la fusion froide.
Un livre à la portée de tous, très instructif et agréable à lire, malgré les digressions nombreuses. Cette diversité un peu brouillonne est aussi un atout car le lecteur est toujours tenu en haleine. Celui-ci appréciera probablement, comme l’écrit joliment l’auteur « la symétrie du tableau avec ses répétitions enrichies de variations comme une fugue de Bach ».
Pierre Potier (août 2026)
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Yasmine Belkaid
CNRS éditions, 2026

Ce texte court, comme ceux de cette collection ( CNRS Éditions / de Vive Voix) dédiée aux témoignages de chercheurs sur leur parcours, nous entraîne, à travers celui de Yasmine Belkaid, au cœur d’un des grands domaines de l’immunologie : les relations avec les microbes.
Née en Algérie où elle a obtenu une maîtrise de biochimie, aujourd’hui directrice de l’institut Pasteur de Paris, après avoir dirigé le centre d’immunologie humaine du NIH, Yasmine Belkaid aborde à travers ses recherches l’interaction fascinante qu’a le système immunitaire avec le microbiote intestinal, ces ensembles de microbes commensaux, bactéries surtout, qui vivent en nous, par nous, et régulent nombre de nos fonctions. Ces milliards de cellules, infiniment plus nombreuses que les cellules eucaryotes humaines font partie de notre physiologie. Acquises dès l’accouchement, leur nombre et leur qualité fluctuent au cours de la vie et dépend de l’environnement. S’il en existe d’autres, cutané, vaginal, voies aériennes supérieures, le microbiote intestinal est le mieux connu.
Toléré par le système immunitaire et même retenu par lui - à la différence des microbes pathogènes qui sont rejetés - le microbiote intestinal intervient sur sa différentiation, sa fonction, et son éducation, contrôlant cette homéostasie tissulaire entre « soi et non soi ». Or ce microbiote intestinal, part importante des travaux de Yasmine Belkaid, est fortement influencé par la nutrition. Aliments, molécules et vitamines modulent la composition et fonction du microbiote intestinal, agissant alors directement par les métabolites qu’il produit sur la santé humaine et, indirectement, sur le système immunitaire et les relations qu’il a avec les autres tissus.
D’un autre côté, la destruction du microbiote, notamment par les antibiotiques, son dysfonctionnement, l’émergence de populations de microbes plus agressifs, sont à l’origine de diverses pathologies tels que les cancers, maladies auto-immunes, allergiques ou inflammatoires sans compter les relations passionnantes avec celles du cerveau. À ces interactions entre immunité et germes à travers le microbiote, sont venus s’ajouter les travaux de l’équipe sur les relations mère-enfant et celui des infections lors de la grossesse sur le développement fœtal du système immunitaire. Autant de recherches qui sont l’occasion, pour Yasmine Belkaid, de parler du rôle de la science dans la société, des carrières féminines, des rencontres, des talents et de l’action des grandes institutions, dont aujourd’hui celui de l’institut Pasteur; sans oublier les vaccins et la liberté académique en péril. Un livre : celui d’une femme qui a consacré sa vie à la science qui nous conduit au cœur de l’immunologie, aux microbes qui nous gouvernent, et plus largement à l’histoire d’une carrière qui en est le meilleur plaidoyer.
Patrice Debré
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Cătălin Pavel,

Ce livre est un exemple d’ouvrage érudit qui montre une volonté claire de l’auteur de s'adresser à un large public. Universitaire et chercheur, Cătălin Pavel dédie ce travail à ses étudiants de l’université Ovidius de Constanța. L’archéologie est au cœur de cet écrit, construit comme une enquête allant de la Préhistoire à l’Antiquité. À travers la présentation de nombreuses fouilles, l'auteur explore les relations entre les humains et les animaux, avec pour objectif de montrer le « rôle catalyseur des animaux dans notre développement cognitif et émotionnel ».
L'auteur emploie un style personnel et s’implique directement dans son texte, comme l'indiquent les formules : « je dirai d’ailleurs », « je suis prêt à accepter », « je n’aurais jamais imaginé d’ailleurs » ou « j’ai peut-être un peu trop insisté ». Cette approche interpelle le lecteur et l’invite à réagir, donnant parfois l'impression d'une conversation avec l'auteur. Ce ton est accompagné de touches d'humour, notamment lorsque Pavel explique avoir testé le confort d'une niche pour chien qu'il avait lui-même fabriquée. Il formule également des remarques ironiques sur sa propre discipline (page 428 : « trop d’os, quand même ») et termine son ouvrage par une comparaison avec des chaussettes. Le livre, qui compte près de 460 pages, est organisé en huit chapitres. Le premier est consacré à l’archéozoologie, tandis que les sept suivants traitent d’une espèce ou d’une catégorie d'animaux :
- Chapitre 2 : Baleines, dauphins et un petit poisson
- Chapitre 3 : Le chat
- Chapitre 4 : L’ours
- Chapitre 5 : Le chien
- Chapitre 6 : Le hérisson
- Chapitre 7 : Le cheval
- Chapitre 8 : Les oiseaux
La bibliographie d’une vingtaine de pages apporte des références pour chaque chapitre. Elle rassemble des travaux anciens (remontant à 1909) et d'autres plus récents (jusqu'à 2020), l'ouvrage étant paru en 2021. En revanche, le livre contient peu d'illustrations – au mieux une par chapitre –, bien qu'il mentionne des pièces muséales visibles à New York, Rome ou Athènes. Au fil des chapitres, on apprend que la domestication du chat se situe vers l’an 2000 avant J.-C., que les hommes ont joué avec la plupart des animaux et qu'ils les ont « presque tous mis en rapport avec les dieux ».
Le chapitre d'une trentaine de pages sur le hérisson indique que cet animal aurait joué un rôle notable dans l’évolution humaine. L’auteur formule des hypothèses quant à la présence de mandibules près de corps inhumés à la fin du Paléolithique, ou sur l’utilisation de la graisse de hérisson à partir de chantiers de fouilles situés en Italie, en France ou au Danemark. On y retrouve aussi une mention d'Aristote qui, dans l’Histoire des animaux, écrivait qu'il était possible de prédire les changements de temps selon la position des hérissons dans une maison. Des questions sont également posées sur l’efficacité des huiles extraites de leurs piquants ou de leur chair contre la calvitie, l’incontinence urinaire ou la folie.
Le chapitre consacré au chien, d'une centaine de pages, présente également de nombreux récits. Cet animal est apparu vers la fin de la dernière période glaciaire, il y a environ 12 000 ans, et on dénombre environ quatre cents races de chiens aujourd'hui. C’est l’animal que l’Homme a le plus souvent enterré, mais aussi l’espèce domestique sur laquelle l’auteur note le plus grand nombre de fractures du crâne. À partir de découvertes faites entre 1985 et 1992 dans le plus grand cimetière de chiens de l’Antiquité, l’auteur avance des hypothèses religieuses (offrandes à un dieu), fonctionnelles (exportation de chiens par les Phéniciens) ou liées à la perception des chiens comme des personnes. En Bretagne, région qui fournit un matériel archéologique important, une étude suggère une corrélation entre les chiens et la guérison.
En conclusion, cet ouvrage est susceptible d'intéresser les archéologues, les historiens ainsi que les scientifiques, car il y est question d’ADN, d’os, d’anatomie et de descriptions d'espèces. Si l'on peut regretter l'absence de supports visuels complémentaires — notamment une frise chronologique qui aurait aidé le lecteur non spécialiste à se repérer dans les périodes archéologiques —, cette lacune est atténuée par la structure de l'ouvrage. Les animaux et nous, une enquête archéologique propose différents niveaux de lecture selon le degré d'érudition et de curiosité du lecteur. Les spécialistes y trouveront des données scientifiques précises, tandis que les lecteurs profanes pourront suivre le texte grâce au ton direct de l'auteur et aux faits rapportés. En somme, Cătălin Pavel montre que l'histoire de l'animal éclaire celle de l'évolution humaine, faisant de cette étude une contribution utile à la réflexion anthropologique actuelle..
Martine Courtois
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Présentation des résultats d’un projet de recherche interdisciplinaire sur l’argent en tant que métal et monnaie.

Avec ce livre, Francis Albarède, géochimiste à l’ENS de Lyon au sein du laboratoire de Géologie de Lyon – Terre, Planètes, Environnement – et membre de l’Académie des sciences, propose à la fois le bilan d’un grand projet de recherche interdisciplinaire et une analyse à grande échelle, mais accessible à chacun, d’une question dont la simplicité n’est qu’apparente : pourquoi utilise-t-on de la monnaie et, plus spécifiquement, pourquoi a-t-on, jusqu’à récemment, utilisé un métal bien précis, l’argent, pour produire cette monnaie ?.
Cette question amène à un panorama plus vaste, alliant archéologie, histoire, économie, géologie et géochimie. L’auteur aborde toutes ces disciplines, sans aller au-delà de ce que peut en saisir un lecteur cultivé mais profane pour chacune. La géochimie n’y est présentée que comme une source d’informations parmi les autres, porteuse d’éclairages spécifiques et originaux, mais complémentaire plutôt que révolutionnaire.
Le propos du livre se concentre géographiquement sur le pourtour méditerranéen, mais se permet aussi des excursions vers la Chine. De même, historiquement, l’étude se penche principalement sur les civilisations antiques : empires mésopotamiens puis perse, cités grecques et empire macédonien, enfin période romaine, mais explore aussi l’époque médiévale et va finalement comparer le fonctionnement de ces économies anciennes, aux principes conservés pendant des siècles, à l’économie actuelle financiarisée, où la monnaie a perdu sa matérialité.
L’ouvrage commence par expliciter les raisons qui ont amené les civilisations antiques à utiliser des métaux, et un tout particulièrement – l’argent (Ag, numéro atomique 47, masse atomique 107,8681 g/mol), pour leurs échanges commerciaux ou pour payer les impôts et les tributs exigés des vassaux par les suzerains, puis pourquoi aux échanges d’argent au poids s’est substitué le monnayage, c’est-à-dire l’utilisation de morceaux de métal de poids et de teneur en argent convenus, portant des poinçons par lesquels l’instance étatique garantit leur valeur. À travers l’épisode historique de la conquête de la Perse par Alexandre le Grand en 330 av. J.-C., l’auteur oppose les deux stratégies étatiques de circulation de l’argent : la thésaurisation, sous forme d’immense trésor blotti dans les coffres des capitales perses, somme des impôts prélevés par la Perse sur ses vassaux, et par lesquels, en limitant leurs moyens monétaires, elle réduit leur activité économique et par là assure leur dépendance. Alexandre, en mettant la main sur cet « Everest d’argent » (p. 25), va financer ses opérations militaires mais aussi alimenter l’économie de son empire naissant par l’émission massive de monnaie, les tétradrachmes à son effigie.
La suite du livre s’intéresse à l’histoire de cette utilisation de l’argent, aux changements des sources d’approvisionnement en argent et aux conséquences sociales et économiques de cet usage. Il discute notamment de la concurrence que lui fait l’or avec le choix, dès Crésus puis par nombre d’autres états, du bimétallisme (or et bronze) au lieu de l’argent seul. Le bimétallisme semble notamment accompagner, ou susciter, une creusement des inégalités et la séparation d’une élite riche, utilisant l’or, et d’une population majoritaire moins aisée, échangeant des monnaies de bronze.
Le dernier chapitre, quant à lui, se concentre sur l’économie et sur la transformation consécutive à l’abandon du métal comme étalon de valeur de la monnaie.
Les explications de ce livre sont donc accessibles à quasiment tous les lecteurs et encore facilitées par un glossaire, court mais utile, et plusieurs frises chronologiques qui permettent de faire les liens nécessaires entre les histoires antiques mésopotamiennes, grecques, égyptiennes et romaines. Mais on peut a contrario reprocher à l’auteur de n’en dire que très peu sur le programme de recherches pluridisciplinaires SILVER, évoqué en avant-propos et dont l’ouvrage constitue une sorte de résumé conclusif. De même, le géochimiste comme le géologue paraissent s’être réfrénés, ou s’être volontairement mis en retrait en écrivant ce texte : si les isotopes de l’argent ou du plomb, et leur intérêt dans cette recherche des usages de l’argent au cours de l’histoire, sont bien mentionnés, le lecteur ne trouvera pas ici les principes de base de leurs fractionnements, ni le moindre détail des longues procédures de purification chimique et de mesures spectrométriques nécessaires pour les « faire parler ». Et pas grand-chose non plus sur les hypothèses effectuées ou les modèles privilégiés dans ces recherches. Ce qui, finalement, fait de ce livre un objet un peu étrange, touche-à-tout sans aller vraiment dans les détails, utile comme une introduction vers des champs d’étude plus vastes, mais peut-être un peu court pour le novice intéressé et trop léger ou trop simplificateur pour le connaisseur de l’un ou l’autre des domaines. Évidemment, la bibliographie en fin d’ouvrage permet à chacun d’aller plus loin. Si, donc, un expert peut rester sur sa faim concernant son domaine, c’est pour tous une vision interdisciplinaire intéressante qui permet d’appréhender la richesse d’une telle combinaison d’approches et d’aborder les bases de disciplines diverses.
F. Albarède, 2026. La Naissance de l’argent – Le métal qui a changé le cours de l’histoire, Armand Colin, 336p (livre et ebook)
Pour compléter cette lecture, on pourra visionner une présentation de ce travail lors d’un séminaire à l’ENS de Lyon fin 2023, suivie de la reproduction d’un entretien donné par l’auteur sur le projet de recherche, en consultant la ressource : Quand l’argent devint monnaie.

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Un livret géologique du Tour 2026 : pour les médias, les diffuseurs et tous les amateurs de géologie

Vous découvrirez, lors des étapes du Tour de France 2026, de magnifiques paysages qui racontent une histoire : celle de notre planète, du vivant et des habitants. Roches et reliefs renferment des indices pour lire l’histoire de la Terre et de la vie, et montrent les ressources et particularités géologiques locales qui expliquent certaines implantations historiques ou industrielles.
Pour accompagner cette épreuve cycliste de 21 étapes, du 4 au 26 juillet, un livret d’aide au commentaire géologique a été réalisé par Patrick De Wever (MNHN) avec la collaboration de Pierre Thomas (ENS de Lyon) et l’aide d’une quinzaine de géologues connaissant particulièrement certaines portions du parcours. Pensé initialement pour les médias et diffuseurs, il facilite l’insertion de commentaires géologiques lors des retransmissions, en complément des commentaires toponymiques, géographiques et historiques. Il intéressera aussi le grand public curieux de géologie et s’intéressant aux paysages et particularités naturelles de leur lieu de vie, de loisir ou de vacances.
Alors, journalistes, commentateurs et amateurs, emparez-vous du livret « Tour de France 2026 – Aide au commentaire géologique" (pdf)
La Société géologique de France propose aussi une carte interactive des 21 étapes du Tour de France 2026, permettant de visualiser ou télécharger ce livret par étape ou en intégralité.»

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Par LE PAPE XIV

Le pape, dans son encyclique récemment publiée, vante les vertus de la connaissance, c’est-
à-dire de ses acquis successifs, de ses progrès, de ses méthodes, de ses effets sur les individus
et les sociétés, de sa transmission de généraons en généraons. Autrement dit il vante les
vertus de la science. Cela jusfie que la présente note de lecture ait sa place parmi les notes
de lecture de l’Afas.
Voici deux citations à l’appui de ce constat :
« 24. Nourrie par ce dialogue fécond entre l’Évangile et les savoirs humains, l’Église a progressivement approfondi sa Doctrine sociale, faisant mûrir au fil du temps un patrimoine de sagesse doté d’une cohérence théologique et anthropologique enracinée dans la vision chrétienne de la personne. »
« 25. La compréhension de la vérité, comme un don à partager et non comme une possession à revendiquer. »
La tâche du pape n’est pas aisée.
Il y a plusieurs raisons à cela.
L’une de ces raisons est que, justement, il est pape et que, par la force des choses, il emploie un langage qui, bien que se voulant à valeur universelle, peut rebuter athées et rationalistes purs et durs. Il parle de dieu en effet, du dieu des Chrétiens, comment pourrait-il en être autrement ? Or qui est-il, ou qu’est-il, ce dieu créateur de toutes choses pour ceux qui ne croient pas en lui ? En première approximation, il n’est pas autre chose que la force téléonomique que Jacques Monod cherche à décrire dans Le hasard et la nécessité. Disons-le ainsi : il y a eu un commencement, il y a une évolution, les choses sont ce qu’elles sont… et nous ne savons pas pourquoi, et cela, que l’on personnifie ou non ce mystère, que l’on divinise ou non ce pourquoi sans réponse, n’interdit pas de réfléchir, tous, ensemble, aux causes et aux effets observables.
Une autre de ces raisons est que son domaine est l’anthropologie et que l’anthropologie, science humaine par excellence, ne fait pas partie des sciences dites « dures ». Son objet n’étant pas l’étude de corps inertes mais l’étude des êtres humains, l’objectivité du sujet observant est mise à rude épreuve. Il est d’autant plus important de faire cet effort d’objectivité auquel invite Magnifica Humanitas.
Une autre encore vient de la nécessaire humilité, indispensable à l’élaboration du savoir. Comment être pape, successeur de Pierre, chef d’une église qui compte près d’un milliard et demi de fidèles et, à la fois, être humble ? Léon y répond, et même s’il utilise à diverses reprises le « je », et même s’il assume certaines des fautes commises par l’Eglise au cours de l’Histoire, en se plaçant systématiquement dans la lignée de ses prédécesseurs, très abondamment cités, ainsi bien sûr que dans la lignée des textes bibliques, très abondamment cités aussi.
Une autre est l’idée-même de vérité qui, dans ce qu’elle a d’absolu, n’a pas bonne presse de nos jours, où opinions et certitudes tiennent lieu trop souvent de vérité et où chacun d’ailleurs, aveugle sur lui-même, est si prompt à accuser autrui de croire détenir, lui, la vérité. Le pape y répond par une jolie formule, voir ci-dessus : la vérité est un don à partager, pas un bien à revendiquer.
Une autre enfin vient de ce que son propos peut être lu comme un tissu de lieux communs pleins de bonnes intentions, comme une longue litanie moralisante de recommandations qui n’engagent que leur auteur… Il serait dommage de se limiter à une telle lecture.
Dès la première ligne de son encyclique le pape mentionne deux récits bibliques, celui de la tour de Babel dans la Genèse et celui de la reconstruction de Jérusalem dans le livre de Néhémie.
La tour de Babel est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire, à savoir se laisser guider par l’orgueil et se croire capable de réalisations surhumaines, extravagantes, démesurées, impossibles.
À l’opposé, la reconstruction, pierre après pierre, avec la participation de tous, de la maison humaine commune est l’exemple à suivre.
Cette alternative, Babel ou Néhémie, est présente en filigrane d’un bout à l’autre du texte. Soit l’orgueil de la foule guidée par quelques-uns, l’inévitable effondrement, le retour à la barbarie dans son flot de larmes et de sang, soit tout au contraire la modeste et opiniâtre participation de tous à une construction pérenne, solide, à échelle humaine. Le pape, par ces images venues de loin et dont l’actualité renforce la pertinence, nous montre le choix devant lequel nous sommes, tous et chacun, placés. Il insiste sur le « tous et chacun » et nous met tous, lui compris, devant nos responsabilités : que nous soyons nations, ou communautés, grandes ou petites, ou églises, ou autres institutions, ou associations, ou simples individus, la responsabilité est nôtre.
La si nouvelle et tellement toute-puissante IA est, comme on sait, au cœur de l’encyclique Magnifica Humanitas. Elle y est abordée comme toute technique toujours devrait l’être : en cherchant en elle, non pas d’abord l’efficacité et le profit, mais ce qu’elle peut apporter à l’humanité et à la dignité humaine.Deux citations pour conclure, en espérant avoir, par ce rapide aperçu, donner envie de lire et méditer, sur un sujet essentiel, ce long texte papal très riche et très rigoureusement construit :
« 233. Aucun système de calcul, aussi sophistiqué soit-il, ne génère un cœur qui se donne, ni une conscience qui discerne le bien. Même lorsque les machines excellent en efficacité, le centre de l’histoire reste un visage humain qui demande à être regardé. Ce visage humain est la plénitude vers laquelle l’histoire avance. »
« 238. Éduquer les nouvelles générations à croire que l’évolution des technologies ne suit pas un parcours inévitable, mais peut être orientée par la responsabilité personnelle et collective, constitue l’un des services les plus précieux au bien commune".
Denis Monod-Broca
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Par Marc Lachièze-Rey
(DUNOD, 21.90 €)

Depuis son élaboration relativement récente (environ deux siècles), aucun domaine de la physique n’échappe au concept d’énergie. Au-delà de ses applications scientifiques, l’énergie a largement envahi la sphère publique. Pas un jour ne passe sans que l’actualité nous rappelle notre entière dépendance à l’énergie : risques de pénurie, choix des modes de production de l’énergie électrique, impacts environnementaux. Elle est également au centre de notre vie privée : choix de notre mode de déplacement, de notre mode de chauffage.
Au-delà de cette perception commune de l’énergie, le professeur Lachièze-Rey se propose d’en analyser les propriétés fondamentales. Au fond qu’est-ce que l’énergie ? Son exploration couvre les trois domaines de la physique moderne: physique classique d’abord, la plus familière à nos sens, puis les théories relativistes d’Einstein où gravitation et énergie se conjuguent, et enfin le domaine de l’infiniment petit, gouverné par les théories de la physique quantique.
Dès le 17ème siècle des machines exploitant la vapeur avaient été conçues. Le physicien Denis Papin (1647-1713) fut un précurseur, suivi par le pasteur Thomas Newcomen constructeur de la première machine industrielle en 1712. Comment transformer efficacement de la chaleur issue d’une ‘’source chaude’’ en travail utilisable ? Telle était la question que se posaient les physiciens au début du 19ème siècle. Les échanges entre chaleur et travail sont à l’origine de la thermodynamique. Le physicien Sadi Carnot (1796-1832) jette les bases de cette nouvelle discipline. William Thomson (1824- 1907 anobli Lord Kelvin) s’appuyant sur les travaux de Joule, énoncera la formulation des deux principes. Il en attribua la paternité à Joule, Carnot et au physicien Claudius (1822-1888).
Premier principe : l’énergie ne peut être ni créée ni détruite ; elle ne peut que changer de forme. Dans tout processus il y a autant d’énergie à la fin qu‘au début, mais sa valeur absolue n’est pas précisée, car on ne traite ici que des variations d’énergie. L’énergie intervient dans tous les échanges. Ainsi pour maintenir le travail du métabolisme, notre organisme absorbe l’énergie contenue dans les végétaux, eux-mêmes chargés d’énergie acquise par la photosynthèse des rayons du Soleil, seule et unique source d’énergie de la vie sur Terre.
Le second principe est analysé sous l’angle de l’entropie. Identifiée par Claudius en 1865, cette grandeur est difficile à interpréter. On se bornera ici à ne citer que deux corolaires du second principe : i) la variation d’entropie d’un système isolé ne peut être négative et conséquemment la chaleur ne peut être transférée que d’un corps chaud à un corps froid ; ii) inexistence du mouvement perpétuel. La thermodynamique et le concept d’entropie réapparaitront en trame de fond dans la suite du livre, montrant l’importance que leur accorde l’auteur.Anticipant sur la prochaine section qui établit l’identité entre masse et énergie, on retiendra que c’est la fraction utilisable de l’énergie d’un objet qui est évoquée dans le langage courant. Elle est infime par rapport à la masse de l’objet : à masse égale, elle est de quelques millionièmes pour l’uranium, de quelques milliardièmes pour le pétrole, nulle pour des gravats.
Changement d’échelle au chapitre 3 : l’énergie y est analysée à la lumière des théories relativistes. Un objet perd de la masse quand il émet de l’énergie. Cette constatation est à l’origine de l’équation d’Einstein E = mc2 ou, dans sa version débarrassée de c (facteur de conversion d’unités), E = m. Le statut de l’énergie semble définitivement scellé : masse et énergie se confondent (ce qui permet aux physiciens d’exprimer la masse d’une particule en unité d’énergie : 1 GeV pour le proton). Issue de la théorie de la relativité restreinte, c’est la théorie de la relativité générale qui donne son sens le plus profond à cette relation par le fait que masse et énergie produisent les mêmes effets gravitationnels ou encore, comme l’énergie, que la masse varie avec le mouvement.Dans le monde relativiste, l’énergie perd son caractère absolu : elle devient dépendante de l’observateur et de la gravitation. Elle ne peut-être isolée de l’espace et du temps. Elle y est formulée comme un objet mathématique: le quadrimoment. La loi de conservation de l’énergie devient alors la conservation du quadrimoment- énergie.
Le chapitre 4 développe amplement le rôle de la gravitation dans le cosmos. Les phénomènes les plus violents connus dans l’univers, telles les explosions de super nova ou la fusion de trous noirs s’analysent en termes de transformation ou de transferts d’énergie. Thermodynamique et entropie des trous noirs y sont traités pour poser les bases d’une thermodynamique gravitationnelle, qualifiée de discipline en devenir.Le chapitre 5 est une revue exhaustive de l’état des connaissances en physique quantique. A l’origine de la théorie : la quantification de l’énergie mise en évidence par Plank en 1900, confirmée par Einstein en 1905. Elle est consacrée par la formule E = hn. Les étrangetés de la physique quantique y sont revisitées sous l’angle de l’énergie, pour aboutir à la nécessité d’une thermodynamique quantique en lien avec l’entropie et l’information quantique. S’en suit une exploration de la relation d’incertitude temps-énergie.Le chapitre 6 explore la question fondamentale de la gravité quantique. L’auteur s’y montre critique à l’égard des approches visant à résoudre les difficultés actuelles de la physique quantique, plutôt que de s’occuper du temps et de la gravitation qui seraient traités dans le cadre d’une nouvelle théorie de gravité quantique. La gravité quantique en boucle semble avoir la faveur de l’auteur.
D’une impressionnante densité d’informations scientifiques, le livre n’est pas d’un abord facile pour un lecteur étranger aux concepts qui y sont abordés, si ce n’est la partie portant sur la physique classique (70 pages sur 250). Par ses remises en question et ses propositions, l’auteur semble souvent s’adresser à la communauté des chercheurs en physique fondamentale. Toutefois une lecture patiente, facilitée par un style fluide et rigoureux, permettra au néophyte de découvrir les multiples facettes du concept d’énergie en même temps que les théories de la physique contemporaine.
Jean-Claude Richard
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Nicolas Coltice

Retrouver les traces des grandes étapes de l’histoire de la Terre dans les caractéristiques du corps humain.
Nicolas Coltice, professeur à l’Université Côte d’Azur nous propose d’appréhender l’histoire de la Terre par le biais des propriétés de notre corps, une manière de faire le lien entre géosphère et biosphère en prenant un exemple biologique hautement intéressant, puisque c’est notre propre corps. Il ne s’agit pas du tout de tenter de comparer la Terre à un être vivant mais bien de revoir les principales étapes et les grands évènements marqueurs de l’histoire de notre planète, de sa formation à aujourd’hui, tels qu’inscrits dans le corps humain, “invention” assez récente ayant intégré des innovations de la vie apparues pour certaines lors de changements majeurs de l’environnement terrestre.
Ainsi, si nous respirons sans y penser, on revoit ici les vertus du dioxygène mais aussi ses dangers (c’est un puissant oxydant dont les cellules doivent se prémunir) et comment ce gaz est apparu dans l’évolution de la vie puis a bouleversé l’environnement terrestre et amené au développement d’une respiration aérobie énergétiquement efficace. De même, notre rapport à l’eau, composé essentiel de notre corps et milieu chimique de réactions et échanges cellulaires multiples, est l’occasion de rappeler l’origine de l’eau terrestre, les étapes de formation des océans, milieu favorable à des réactions propices à l’émergence de la vie sur Terre. Chacun des 12 chapitres de ce livre replace un ou deux aspects “humains” dans son contexte terrestre d’apparition ou de développement. Seront ainsi passés en revue le développement placentaire, le développement des cerveaux, l’évacuation de la chaleur et la fascinante endurance du corps humain, notre horloge biologique et l’importance le la Lune non pas pour nous imposer le rythme des marées mais pour stabiliser la durée du jour terrestre que notre corps peut respecter un certain temps sans stimulation externe, l’émergence de la vie sur Terre et ses implications en termes de support et de squelette, l’importance des oligo-éléments minéraux…
Un biologiste verra d’un autre œil ses connaissances sur l’anatomie et le fonctionnement du corps humain en élargissant son point de vue. Un géologue retiendra les grands évènements terrestres connus grâce à des conséquences biologiques importantes faciles à retenir puisqu’inscrites dans son corps. L’enseignant de SVT y trouvera donc de quoi créer des liens entre ses connaissances variées et de quoi, peut-être, trouver des idées pour présenter certains cours ou les relier de manière non artificielle et inattindue à des connaissances antérieures, ce qui permettra aux élèves / étudiants de créér du lien entre leurs différents apprentissages. Surtout, tout un chacun en apprendra un peu plus sur l’histoire de la Terre, sur le corps humain et les grandes propriétés biologiques, et sera alors convaincu des liens intimes entre la vie et la Terre, cette planète qui l’a vu naitre, l’héberge, est marquée en retour par son développement en même temps qu’elle lui impose des contraintes et lui offre des opportunités.
Bien écrit, sans jargon inutile, agréable à lire, ce livre est à mettre entre les mains de tous les curieux de la nature au sens large. Il est à coup sûr à recommander à tous les élèves et étudiants du collège à bac+3, voire plus, car prendre du recul et se replacer dans un contexte plus large est souvent très utile dans des parcours disciplinaires spécialisés ou cloisonnés.

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Gérard Guerrier

Ce livre relate l'histoire de Frederick Cook, médecin de formation, aventurier et explorateur par vocation, qui a terminé sa carrière dans la prison de Leavenworth pour escroquerie et est mort dans la misère.
Ce personnage de Frederick Cook est particulièrement intéressant de par sa soif d'aventures au Groenland, en Alaska et surtout au pôle Nord. La compétition qu'il mena toute sa vie durant avec Robert Perry pour la conquête du pôle Nord l'a amené à mettre en jeu sa vie personnelle ,
familiale , professionnelle jusqu'à la faillite .
La revendication de la conquête du pôle Nord par F. Cook contestée en particulier par R. Perry, est présentée en détail de façon passionnante , sans que l'on puisse trancher finalement sur la véracité des récits de l'un ou l'autre.
Cette biographie se lit comme un roman, le lecteur se trouve embarqué avec F. Cook dans ses différentes explorations, vivant les nombreuses péripéties, ressentant les conditions météorologiques extrêmes et la précarité de ces aventures .
Serge Chambaud
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